On vous dit pourquoi des communes des Alpes-Maritimes rejettent les posidonies mortes en mer

On pourrait dire : retour à l'envoyeur ! En ce moment sur une plage du centre de Golfe-Juan dans les Alpes-Maritimes, de gros travaux sont en cours. Il s'agit de préparer une opération de clapage : le fait de rejeter les posidonies mortes en mer et c'est bon pour l'environnement. Explications.

La posidonie est une plante marine à fleurs (et non une algue) qui possède des vertus essentielles pour notre écosystème.

Assez mal connue du grand public, elle colle aux serviettes de plage quand elle y termine sa vie et stresse les jeunes baigneurs qui ont trop souvent de l'appréhension à se baigner au-dessus ! Sans oublier, les "kiwis" qu'elle produit !

La posidonie a tout pour plaire, même morte

Et pourtant, en Méditerranée, elle a tout pour plaire. Pour la faune d’abord, à qui elle sert d’habitat et de «nurserie» pour les jeunes poissons. Elle représente également un outil de lutte contre le réchauffement climatique par sa grande capacité de stockage de carbone (jusqu’à 1 500 tonnes par hectare, plus que la forêt).

On la qualifie notamment de « poumon de la Méditerranée » pour sa production d’oxygène. À la fois pièges à carbones et producteurs d'oxygène, ce sont des régulateurs précieux de notre climat.

Enfin, elle protège aussi les côtes de l’érosion en formant des «banquettes de posidonie», des amas naturels sur les plages comme de gros matelas de plage !

Quand vient l'été, les mairies des Alpes-Maritimes sortent les gros moyens pour nettoyer le sable et rendre leur blondeur aux plages. 

A Golfe-Juan, la collecte est conséquente et en cours. "Durant l'hiver, sur nos plages dites du Soleil, nous ne touchons à rien", nous précises Kevin Luciano le maire LR de la commune. 

Ces "déchets" ne peuvent pas être jeté car protégés. Alors avec l'accord de la Direction départementale des Territoires, depuis le mois de mai, des tas sont réalisés puis les herbes sèches, sont mises en sac. Dans les prochains jours, ceux-ci seront vidés en mer. Tout ce procès nous coûtera 25.000 euros.

Kevin Luciano, maire de Golfe-Juan.

L'an dernier, 50 mètres cubes sont ainsi retournés couvrir les fonds. Cette année, les services techniques de la ville pensent traiter le double. 

C'est la deuxième année que la mairie de Vallauris-Golfe-Juan organise cette opération de ramassage et clapage. Le largage devrait comme l'an passé, se faire non loin des îles de Lérins au large de Cannes :

La posidonie est une espèce protégée au titre des réglementations internationale, européenne et nationale. Les "feuilles" présentes sur les plages ou en mer sont des abris et sources d’alimentation pour de nombreuses espèces, source de carbone et de nutriment, stabilisation/piège à sédiments, etc.

Leur retour ne serait donc que bénéfique. A Golfe-Juan, le rôle de protection des "banquettes" sèches est limité, car les plages ne souffrent pas trop de l'érosion naturelle.

La ville de Cannes (c'est d'ailleurs elle qui a inspiré sa voisine), assure aussi depuis 2020 pareille opération de largage de posidonies mortes. Cette année là, ce sont près de 4.000 mètres cubes de posidonies qui ont été rejetées en mer. Pour un coût total de 208.740 euros. 

La fosse sous-marine qui les accueille est située à quatre milles nautiques au sud de l’île Saint Honorat :

Un dispositif loué par David Lisnard, maire LR de Cannes lors du clapage de 2021 : "même mortes, les posidonies, connues pour être le « poumon de la Méditerranée » ont des propriétés environnementales essentielles : échouées sur les plages en période hivernale, elles permettent de lutter contre l’érosion et de maintenir le trait de côte. Une vertu non seulement écologique, mais également économique, puisqu’elles permettent ainsi de limiter les opérations de réensablement dans certains secteurs."

Une vraie bonne idée ? 

La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement - DREAL en région Provence-Alpes-Côte d’Azur préconise de ne pas déplacer les banquettes de posidonies, y compris en période estivale. "Exceptionnellement, à partir du printemps, elles peuvent être déplacées, si elles posent un problème de sécurité pour l’accueil du public par exemple", précise France Nature Environnement. 

En aucun cas les banquettes ne peuvent être détruites, évacuées en décharge ou valorisées. La DREAL propose des mesures de gestion, par exemple, les étaler sur une partie de plage moins fréquentée ou soumise à érosion, les déplacer vers une autre plage, les repousser directement en mer lorsque les conditions permettent leur entraînement loin de la côte…

Selon France Nature Environnement.

Dés la fin de saison estivale, les banquettes doivent être remises sur la surface de la plage initiale ou déplacées vers une autre plage qui serait soumise à érosion... Compliqué non ? La gestion des banquettes de posidonies est presque systématiquement prévue dans les contrats de concession de plage, signés entre l’Etat (propriétaire du domaine public maritime) et la commune ou l'intercommunalité.

En région Provence-Alpes Côte d’Azur, un autre souci se pose...

Des feuilles de posidonies mortes s’accumulent parfois dans certains ports, exutoires pluviaux, embouchures de fleuves, les rendant inopérants.

Le risque d'inondation est alors grand, des dérogations de destruction existent alors dans ces cas. Le Conseil national de la protection de la nature a rendu un avis favorable a ces exceptions le 23 mars 2021.