Confinement : la vie dans le village de Saint-Jeannet dans les Alpes-Maritimes

« Mon village confiné », rendez-vous à Saint-Jeannet au pied de son Baou dans les Alpes-Maritimes. / © Nathalie Layani FTV
« Mon village confiné », rendez-vous à Saint-Jeannet au pied de son Baou dans les Alpes-Maritimes. / © Nathalie Layani FTV

Blotti au pied d'un immense Baou, cette impressionnante falaise qui domine de toute sa hauteur le village, Saint-Jeannet est un lieu réputé pour la randonnée dans les Alpes-Maritimes. Plus de 4 000 Saint-Jeannois, comme ailleurs, y sont confinés.

Par Nathalie Layani & ALH

La vie normale à Saint-Jeannet, ça commence tôt, très tôt.

Au lever du jour, les premiers cyclistes partent à l’assaut des routes du moyen-pays; le mythique Col de Vence n’est pas loin. Les traileurs arpentent les rues du village avant d’affronter le redoutable Baou, cet éperon rocheux qui domine le village et attire aussi les passionnés d’escalade.

Les parents déposent leurs enfants et refont le monde devant l’école. Au bar du Peyron, on boit le café, on discute.
Saint-Jeannet vu de son fameux Baou. / © Céline Dolléans
Saint-Jeannet vu de son fameux Baou. / © Céline Dolléans

Ca, c’est la vie normale.
La vie confinée, c’est d’abord le silence. Les rois de cet isolement, ce sont les rouge-gorges et les merles qu’on entend chanter comme jamais on ne les avait entendus depuis l’avènement des voitures dans ce village situé près de Vence dans les Alpes-Maritimes.
Les Saint-Jeannois, eux, sont cloitrés chez eux.

Ils se croisent rapidement au petit supermarché du coin, dans une file indienne qui s’étire au fur et à mesure que la peur de la contagion gagne les esprits. Le patron du supermarché n’accepte que quelques clients à la fois, et uniquement munis de gants.

Avec les moyens du bord


Les caissières se protègent du virus par une bâche en plastique qui les séparent des clients. Il faut faire avec les moyens du bord.

Faire avec les moyens du bord, c’est devenu la devise du maire, Jean-Michel Sempéré. La campagne des élections municipales est-elle encore dans dans son esprit, lui qui a été mis en ballotage par deux listes concurrentes?
Dès le lendemain du premier tour, il s’est mis en tête de trouver des masques et du gel hydro-alcoolique.

Le gel : ça faisait déjà plusieurs semaines que la pharmacienne répondait, résignée, aux clients : « désolée, on en a commandé, mais on ne sait pas quand on sera livré ».
Les masques : n’en parlons pas.

Dans le village, un habitant a eu une idée : tant pis pour sa production personnelle de limoncello, il a utilisé tout l’alcool qu’il possédait pour fabriquer 6 litres de gel hydro-alcoolique. Il aurait pu continuer, mais il lui manquait de la glycérine.

Priorité aux Ehpad du village


Le maire, lui, a pris sa voiture, chaque matin, pour démarcher notamment les entreprises de la Plaine du Var. Il y a trouvé un peu de gel, quelques masques, tous redistribués. En priorité dans les deux Ehpad du village.
 
Les masques chirurgicaux y sont rationnés, les masques FFP2, précieusement conservés pour les heures les plus dures, celles d’une contamination que Chantal Dolle, infirmière coordonatrice à l’Ehpad « Les Chênes » espère à tout prix éviter.
C’est la phobie des soignants : contaminer les résidents âgés, dont beaucoup n’y survivraient pas. Des résidents déjà affectés par un isolement forcé qui les prive des visites de leurs proches.

Prendre soin des ainés. Dans le village, un policier municipal s’est donné une nouvelle mission : aller chercher les listes de courses de tous ceux qui ne peuvent plus se déplacer.
 

Si un jour on lui avait dit que ça ferait partie de ses missions !
En s’engageant dans la police, Rémi Roussel se préparait à veiller à la sécurité des biens et des personnes, à surveiller les chauffards sur la route, mais aller chercher des listes de courses.
Et pourtant, il se le dit chaque jour : protéger les plus vulnérables, c’est son coeur de métier.

Les plus jeunes et les plus sportifs, eux, trépignent. Le Maire a pris un arrêté interdisant l’accès au Baou. Impossible également de courir au-delà d’un kilomètre en partant de chez soi.

Les clubs de sport ont fermé leurs portes. Tout un village de runners, de traileurs, de cyclistes, de joueurs de tennis, à l’arrêt.
Heureusement il y a Sabine Silvestri.
 La coach sportive a mis en place des séances de fitness par vidéo. Plusieurs fois par semaine, elle donne des cours en direct.

Il m'a fallu apprendre et m'adapter... Ces live, c'est aussi échanger. On ouvre des créneaux de cours sur Skype. On échange, je les vois, on se retrouve. On partage ! "


De quoi vider la tête de parents stressés et débordés par l’école à la maison.
Beaucoup sont en télé-travail, un oeil sur leur ordinateur, l’autre sur les devoirs des enfants… quand ils y comprennent quelque chose. Heureusement, là aussi, la solidarité fonctionne. Céline Légal Rouger par exemple, est professeur d’italien dans l’enseignement secondaire.

J'ai d'abord pensé aux parents qui télétravaillent... Des amis me demandaient des conseils... L'objectif est de s'entraider."


Elle a créé un groupe de discussion avec tous les parents de la classe de son fils. Elle y dispense des conseils, des documents de travail, répond aux questions des parents et fait le lien avec la maîtresse.
Un clin d'oeil d'ailleurs vu sur ses réseaux sociaux :

Quand ils ont fini leur journée d’école, les enfants peuvent colorier les dessins spécialement créés pour eux par une artiste céramiste. L’un deux est une pieuvre soignante. Quelques coups de crayons, pour remercier le personnel hospitalier.
A Saint-Jeannet comme dans de nombreux villages de France, le silence est trompeur : il ne dit pas l’effervescence discrète des initiatives solidaires pour maintenir le lien social, plus que jamais.
 

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