Ce médecin de la réserve sanitaire sur le front anti-Covid depuis 1 an : "j’ai le sentiment qu'il fallait le faire"

A la retraite depuis deux ans, François Gross a longtemps exercé comme médecin à Beausoleil dans les Alpes-Maritimes. Depuis un an, il participe à des missions sanitaires liées au Covid. Il nous livre son témoignage, ses souvenirs, ses impressions.

Depuis un an, le médecin réserviste participe à de nombreuses missions pour lutter contre le Covid.
Depuis un an, le médecin réserviste participe à de nombreuses missions pour lutter contre le Covid. © François Gross

François Gross fait partie de la réserve sanitaire depuis de nombreuses années. Pour ce médecin généraliste qui a longtemps exercé à Beausoleil, à côté de Monaco, c'est une évidence.

Originaire d'Amiens, il est arrivé sur la Côte d'Azur après la mutation de sa femme dans un établissement de santé.

"Un appel de la réserve"

L'année 2020 a été particulièrement intense, apparition du Covid oblige. Il précise : "surtout, ne dites pas que je suis un héros !" l'homme est à la retraite depuis deux ans, à 72 ans, dans un petit village des baronnies provençales, Bellecombe Tarendol.

Mais le retraité n'est pas vraiment du genre à contempler le paysage ou à jardiner ! Il devient maire de ce village de 77 âmes... et continue à s'engager. "Je pars en mission dès qu’il y a un appel de la réserve." 

Les urgences de Mulhouse

En cas de manque de personnel, les Agences Régionales de Santé font appel à Santé Publique France. L'organisme centralise ces demandes et les répercute auprès des personnes inscrites sur la réserve sanitaire. L'hiver dernier, François Gross est contacté par mail. Direction : le service des urgences de Mulhouse pour 15 jours de mission. Le médecin y retournera aussi à la fin de l'épidémie. Il intervient en février, juste avant la réunion des évangélistes qui aurait propagé le virus dans la région du Grand Est. 

Quand j’ai travaillé à Mulhouse, on n’avait du mal à passer dans les couloirs, il y avait un manque aigü de personnel, c'était une situation de crise.

François Gross, médecin réserviste.

François Gross a participé à deux missions aux urgences de Mulhouse, avec des permanences de 12 heures d'affilée.
François Gross a participé à deux missions aux urgences de Mulhouse, avec des permanences de 12 heures d'affilée. © François Gross

12 heures d'affilée

Le rythme est intense : "quand on travaille en mission, c’est 12 heures d’affilée. Pas de pause, même pas une petite minute." Aux urgences, il a vu l'état des malades se dégrader en 40 minutes seulement. A l'époque, on connaît mal ce virus. Il reconnaît qu'il y a eu "des inquiétudes familiales". Mais pas de quoi changer son engagement : "Ça a toujours été mon boulot..."

Surveillance médicale 24/24, pendant 14 jours

Fin février 2020, il est encore sur le tarmac de Roissy pour accueillir 28 Français rapatriés de Wuhan, la ville chinoise foyer de l’épidémie de coronavirus. Il accompagne les Français placés en quarantaine. Ce seront les premiers Français testés au CHU de Caen. Avec ses collègues, il est chargé de leur surveillance médicale 24/24, pendant 14 jours : "on était une grosse équipe, on tournait toutes les 8 heures."

Briefing

Les équipes de la réserve sanitaire sont composées d'un binôme médecin - infirmière, d'un pharmacien, d'un épidémiologiste et d'un chef de mission, en dehors du planning. Le chef de mission fait remonter les informations via son propre canal. 

On a un briefing de toute l’équipe pour faire le point. On réajuste, on modifie les équipes en fonction des aptitudes de chacun.

François Gross, médecin réserviste.

Selon lui, "la personnalité du chef de mission est très importante, très souvent ils ont des formations en psychologie."Normalement, le nombre de jours de mission est de 3 mois maximum, mais la crise sanitaire a permis d'augmenter ce plafond". François Gross se rend généralement disponible : "J’arrive toujours à me dégager, sauf quand mon épouse (médecin également) doit partir en mission. Elle est actuellement à Cayenne."

Tous deux alternent donc les missions en France ou à l'étranger. 

9 mars 2020, service des urgences de Mulhouse - Les médecins prennent en charge un malade, la réserve sanitaire a été appelée en renfort l'hiver dernier pour faire face à l'épidémie.
9 mars 2020, service des urgences de Mulhouse - Les médecins prennent en charge un malade, la réserve sanitaire a été appelée en renfort l'hiver dernier pour faire face à l'épidémie. © Jérôme Jadot - MAXPPP

Engagement

Le médecin retraité perçoit une indemnité qui correspond à ce qu’il percevrait si il exerçait. Il ajoute : "C’est une bonne compensation au temps passé, sans plus. Pas un seul collègue ne le fait pour les indemnités". Des situations d'urgence, des missions intenses, dangereuses qui ne remettent pas en cause son engagement :

J’ai pris des risques que j’assume très bien. Maintenant je suis vacciné.

François Gross, médecin réserviste.

Endémie virale

En première ligne, en tant que soignant, François Gross n'a pas hésité à se faire vacciner. "Cela fait 12 ans que l'on connaît la technique de l’ARN messager qui sert dans le traitement des maladies inflammatoires, des cancers, de l'immunothérapie. Nous, le corps médical, on n'a pas été surpris que deux chercheurs mettent au point le vaccin en une demi-journée !" Pour autant, on n'en a pas fini avec ce virus : "c’est une endémie virale avec laquelle il va falloir composer."

Un mois à Mayotte

Toutes ces missions ne sont pas liées au Covid. Le réserviste est aussi parti un mois à Mayotte "car il y avait de grandes carences dans les PMI, de gros retards de vaccins chez les Maorés et les  réfugiés des Comores.

75 ans maximum

Et ralentir le rythme, à 72 ans ? Le médecin pense continuer encore 3 ans, "jusqu’à l’âge où on ne peut plus le faire". L'âge légal est de 75 ans maximum pour la réserve sanitaire. Mais le 'médecin globe-trotter' ne s'arrêtera pas là : deux généralistes vont partir à la retraite. Fidèle à ses valeurs, il pourrait donner un coup de main en attendant un successeur. 

Des appels toutes les semaines

Actuellement, il y a des demandes toutes les semaines. « Ce que je souhaite, c’est que ça incite à partir. On est demandeur : en ce moment, les appels pour repartir tombent toutes les semaines. Je pense que d’ici un mois, je repartirai sur une autre mission…"

Ravage

Abandonner ses administrés, c'est d'ailleurs sa seule limite. Dans ce village où se trouve la sépulture de l'écrivain René Barjavel, cette citation tiré du livre 'Ravage' lui correspond plutôt bien : "Reste toi-même, aime ton métier. Tâche d'y réussir brillamment. Mais n'en éprouve aucune vanité. Une seule chose compte, une seule chose est belle : l'effort."

 

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