INTERVIEW EXCLUSIVE. Le pilote grassois Théo Pourchaire sur les chapeaux de roue avant ses débuts officiels en Formule 1

Publié le Mis à jour le
Écrit par Gregory Bustori .

Le Grassois Théo Pourchaire va faire ses débuts officiels en catégorie reine, ce 21 octobre aux Etats-Unis. Il a pris de son temps pour s'exprimer sur ce rêve bientôt synonyme de réalité, sa saison écoulée, et ses prochaines échéances en F1.

Accélérer pour gagner, Théo Pourchaire sait faire. Ses résultats dans l'antichambre de la Formule 1 parlent pour lui.

Le Grassois sera très probablement sacré vice-champion de Formule 2 en novembre, pour la 14e et dernière course de sa saison, aux Émirats arabes unis. 

Ce samedi 15 octobre, entre une séance de sports et un shooting photo, l'Azuréen apparait souriant lors de l'entretien en visio qu'il a pris le temps de nous accorder. Le visage barré d'un large sourire, on sent poindre l'impatience et le bonheur de vivre cette prochaine semaine qui va le mener, officiellement, à piloter une Formule 1 aux couleurs d'un constructeur mythique, Alfa Romeo.

Ce sera vendredi prochain aux Etats-Unis, à Austin au Texas.

La nouvelle a été rendue publique ce jeudi 13 octobre, il a été désigné pilote de réserve de l'écurie pour 2023. Il va rapidement côtoyer les deux actuels pensionnaires des baquets d'Alfa Romeo Team F1 Orlen : le Finlandais Valtteri Bottas et le Chinois Guanyu Zhou.

Pas encore 20 ans et déjà pétri de talent, Théo Pourchaire parle de son sport comme il pilote sa monoplace : avec brio. 

Comment te sens-tu à l'approche de tes débuts officiels en Formule 1 ?

Il y a de l'excitation, aussi un peu de stress. Globalement, je suis super content de l'opportunité que l'on m'offre. Je suis prêt à la saisir, à prendre un maximum de plaisir. Pour moi, de rouler sur un week-end de Grand Prix, c'est exceptionnel, c'est un rêve, et en plus, la dernière fois que j'ai roulé dans une F1, c'était il y a plus d'un an et demi. Là, ça va être une belle séance d'essais, c'est médiatisé, c'est un énorme pas en avant. J'espère que cela me servira pour le futur.

Quel va être le déroulé de cette journée du 21 octobre ?

C'est juste la FP1, les essais libres 1 du Grand Prix, à 21 heures, heure française. En heure locale, c'est 14 heures il me semble. Ça dure une heure, et puis il y aura plusieurs pilotes qui, comme moi, vont remplacer des titulaires (pour ces essais, ndlr). Je crois que l'on va être 5 ou 6 à faire notre première FP1, ça va être une grille un peu changée. Ça va être sympa, je vais essayer la voiture, découvrir le circuit.

Quel va être ton rôle au sein de l'écurie Alfa Romeo ?

Le pilote de réserve sert globalement à faire beaucoup de simulateur et à suivre l'équipe sur toutes les courses, ou du moins le plus souvent possible. Il est là pour, parfois dans l'année, faire des essais libres 1 comme je vais le faire à Austin, pour pouvoir essayer la voiture, pour comprendre aussi mieux le travail de simulateur. En cas de blessure d'un pilote, d'un problème... Ça peut être un pilote qui a le Covid, qui est malade, qui ne peut pas courir, et c'est le pilote de réserve, ce que l'on appelle le troisième pilote, qui prend la place. Dès qu'il y a une opportunité qui s'ouvre à nous, on peut être appelés.  

Est-ce que tout ceci est compatible avec un calendrier de Formule 2 ?

Alors l'année prochaine, je ne sais pas si je refais de la Formule 2 encore. Honnêtement, je n'ai aucune idée de ce que je vais faire exactement. Ce qui est sûr, c'est que je vais sûrement être troisième pilote d'Alfa Romeo. Après, si j'ai un programme sportif ou pas... Ça se discute pour le moment donc rien n'est fait. 

Mon objectif est d'aller en F1, je ferai tout pour y arriver.

Théo Pourchaire, pilote automobile

Il reste une course justement, en novembre, pour finir la saison de Formule 2... Quel bilan en tirer ? 

Il y a plusieurs enjeux qui sont présents. Je suis fier de moi, de ce que j'ai fait, je me suis battu avec ce que j'avais aussi, j'ai donné le meilleur de moi-même et je ne suis pas encore vice-champion officiellement, mais j'ai 29 points d'avance sur le troisième avant la dernière course. Prendre 29 points sur un pilote en un week-end, ça relève quasiment de l'impossible. J'y crois, je veux finir cette saison en tant que vice-champion, ce qui sera déjà très bien pour moi. 

Il y a beaucoup de représentants azuréens en rallye, en F1, ou en MotoGP, est-ce une terre fertile pour les pilotes ?

C'est sûr que c'est une terre de sport automobile. Je pense que l'on a de beaux évènements sportifs avec le Grand Prix de Monaco, on avait le Grand Prix de France, malheureusement, j'espère qu'il reviendra dans le futur, le rallye de Monte-Carlo...

Il y a beaucoup de pilotes qui viennent du Sud de la France. Je suis fier de faire partie de cette région, ce sont mes terres, je suis né à Grasse, j'ai toujours vécu près de Grasse. Pour moi, quand j'ai gagné le Grand Prix de Monaco l'an dernier, c'était un truc de fou. Je l'ai refait encore cette année et je n'en revenais pas. Le fait d'avoir fait deuxième au Castellet, devant le public, c'était vraiment incroyable aussi. Je sens que je suis chez moi ici. Et le fait d'avoir des pilotes comme Quartararo, que je connais bien... On se parle sur les réseaux, je le suis... C'est exceptionnel d'être à son niveau, champion du monde.  

Monaco et le Castellet sont des circuits que tu connais bien, il y a une porosité entre le monde de la Formule 2 et celui de la F1. Est-ce que cela te donne un avantage ?

Le besoin de m'améliorer, je pense que je l'aurai toujours, tout au long de ma carrière, c'est normal. Si j'en parle directement et que l'on me demande si je suis prêt à aller en F1, si on m'offre ma chance, j'irai. Au fond, je sais que je n'ai seulement que 19 ans. J'étais encore le plus jeune cette année en F2, cela fait deux ans de suite que je suis le plus jeune du plateau. J'ai toujours des choses à apprendre, et c'est tant mieux. En tout cas, c'est bien, parce qu'avec mon petit manque d'expérience, ce que je fais n'est pas si mal. Maintenant, je donne tout, chaque jour, j'essaye de m'améliorer.

Je me sens prêt à aller en F1, en tout cas j'ai fait tout ce qu'il fallait pour y aller je pense. Tout le monde le sait, ce n'est pas un sport classique, on n'y accède pas "que" avec une victoire en championnat, ou un top 3. Ce n'est pas comme au basket, au foot... Ce qui est sûr, c'est que si je continue comme cela, on me donnera ma chance, du moins je l'espère.

Comment t'es venue la passion des sports mécaniques ?

Par ma famille. Enfin, personne dans ma famille ne travaille dans le sport automobile, mais mon père était un grand fan, il a pu faire du karting, mais sans plus. Ma soeur en revanche a été championne de France féminine en karting, donc on en faisait ensemble. On a 6 ans d'écart, moi j'étais dans les catégories de jeunes et elle dans les catégories 15-18 ans. C'est devenu une passion, je pense que mon père me l'a transmise, c'est exceptionnel, j'adore ce sport. Et j'ai toujours eu beaucoup de soutien de la part de mon père, de ma soeur, de ma mère, ils ont toujours fait beaucoup de choses pour moi. La famille, c'est hyper important. 

Tu as souvenir de ta première fois derrière un volant ?

On a des cassettes à la maison car ma mère filmait tout. Je peux me voir, me remémorer un peu des choses dont je ne me souviens plus trop, c'était il y a longtemps. J'ai commencé le karting à l'âge de deux ans et demi ou trois ans, c'est hyper jeune. Je pouvais voir quelqu'un me courir derrière avec une corde attachée au kart. Je n'allais pas vite mais c'était pour pas que je me trompe de virage ou que je me blesse. Je faisais des tours, et des tours, toute la journée.

Mon premier vrai souvenir, c'est surtout lorsque je suis allé voir le Grand Prix de Monaco, en 2006, avec Schumacher et Alonso qui couraient. C'était fou, avec le bruit des voitures... Elles étaient très... expressives. Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça, mais la Ferrari très rouge, avec la Renault jaune et bleu... C'était les deux pilotes les plus talentueux à l'époque, les plus victorieux. Et penser maintenant que j'ai roulé sur ce circuit, ça fait toujours plaisir.

 

La colère de Pierre Gasly il y a quelques jours au Japon, le décès de Jules Bianchi... Tout cela rappelle que ton sport est périlleux. Comment appréhendes-tu le danger ?

J'essaie d'y penser le moins possible. Honnêtement, cela fait partie de ma vie de tous les jours, je n'y pense pas vraiment. C'est un sport à risques, bien sûr. Il faut faire attention car cela peut arriver très vite. Il y a des aléas. Je prends l'exemple de Grand Prix du Japon (une dépanneuse se trouvait sur la piste au moment où des pilotes évoluaient sous une pluie battante, ndlr) , c'est inadmissible, ça ne devrait jamais arriver. 

Je n'ai jamais eu de grosses blessures liées au sport. L'an dernier, à Djeddah, j'ai eu un très gros accident mais pas trop de blessures graves, j'ai pu rouler juste la semaine qui suivait.

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