L'Azuréenne Alexia Barrier fait le point sur son Vendée Globe : "ne pas avoir le vertige de ce qu'il me reste à faire"

A environ 3000 milles du point de l'arrivée du Vendée Globe, la navigatrice azuréenne Alexia Barrier, fait le point sur cette course. Elle témoigne également de son engagement pour la préservation des océans et de cette pollution qu'elle a pu constater. 

Alexia Barrier n'est plus qu'à 3500 milles de l'arrivée du Vendée Globe, après 96 jours de course
Alexia Barrier n'est plus qu'à 3500 milles de l'arrivée du Vendée Globe, après 96 jours de course © Vincent Curutcnet Alea

96 jours en mer. Ce vendredi 12 février, l’Azuréenne Alexia Barrier, skippeuse du bateau TSE-4myplanet, engagée sur le Vendée Globe, a quitté la terre depuis plus de trois mois.

Elle est actuellement au large des côtes brésiliennes, à environ 3000 milles de l'arrivée prévue aux Sables-d'Olonne en Vendée. 

"Les conditions météorologiques sont plutôt clémentes, avec des Alizés (vents d'est) qui me font avancer rapidement vers l'Equateur, je vais donc me retrouver dans l'Atlantique nord pour la dernière ligne droite", se réjouit cette navigatrice. 

Après quelques jours mouvementés, Alexia Barrier savoure ce "retour au calme" sur son navire, et rien de mieux que de déguster un bon pain au chocolat : 

Actuellement 24e de la course, elle ajoute :

je vis les choses au jour le jour pour ne pas avoir le vertige de ce qui me reste à parcourir, même si j'ai fait le plus gros : 24 000 milles !  

Alexia Barrier à bord de son bateau le TSE 4 my planet, elle devrait rejoindre l'arrivée dans quelques semaines, aux Sables d'Olonne.
Alexia Barrier à bord de son bateau le TSE 4 my planet, elle devrait rejoindre l'arrivée dans quelques semaines, aux Sables d'Olonne. © Lou Kévin Roquais

Sportive certes, mais aussi militante pour la préservation des océans 

La navigatrice espère passer rapidement l'anticyclone des Açores, après avoir évité les icebergs, ça sera maintenant au tour des Sargasses (ndlr : algue brune, très répandue au nord-est des Antilles), "c'est une des causes du réchauffement climatique, elles s'étendent de plus en plus", se désole Alexia Barrier. 

Passionnée par la mer depuis ses 3 ans, la navigatrice a toujours été fascinée par la faune et la flore des océans. Elle milite pour préserver ces écosystèmes marins et pour ce qu'elle appelle "notre planète bleue". Elle se souvient avoir été profondément choquée enfant, des déchets qui flottaient dans la rade de Villefranche-sur-mer.

A 41 ans, cette skippeuse professionnelle a participé à des dizaines de courses. Faire le Vendée globe était un rêve depuis son plus jeune âge : 

Depuis que j'ai vu cette course à la télé quand j'avais 10 ans, je me suis dis moi aussi je participerai un jour...

Alexia Barrier

Un rêve devenu aujourd'hui réalité. Une course qu'elle mène avec ténacité et courage, sans oublier son engagement en faveur de l'écologie. 

Malgré des conditions météo parfois difficiles, Alexia Barrier ne regrette rien
Malgré des conditions météo parfois difficiles, Alexia Barrier ne regrette rien © Vincent Curutchet Alea

Un engagement associatif fort 

Depuis 10 ans, Alexia Barrier milite pour la préservation des mers et des océans auprès de l'association 4myplanet. L'objectif est de sensibiliser les publics pour préserver la planète bleue. Des kits pédagogiques sont notamment distribués aux scolaires en plusieurs langues. "La jeune génération est très investie et très sensible à ces thématiques-là", témoigne-t-elle.

Des outils gratuits, qui permettent de mieux connaître l'univers des courses en mer et la vie de la faune et la flore, sous les eaux. L'association est en partenariat avec la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l’UNESCO.

En effet, depuis 2015, les deux institutions travaillent main dans la main pour la protection de l’Océan. Les skippers, en atteignant les régions les plus isolées, contribuent au déploiement des équipements scientifiques nécessaires à l’observation de l’espace marin.

En tant qu'ambassadrice, je suis un porte-parole pour le grand public et j'espère bientôt avec un écho politique, il y a beaucoup d'actions à mener pour les océans dans les années à venir.

Elle oeuvre également auprès d'IFREMER (Institut français pour la recherche de la mer), a qui elle rapporte des données aux scientifiques lors de ses virées nautiques.

"J'ai fait de mes bateaux des outils au service de la science, j'ai des capteurs pour rapporter des informations aux scientifiques qui observent les océans", explique-t-elle avant d'ajouter avec tristesse : "il n'y a pas une goutte d'eau qui ne soit pas composée de micro-plastique." 

Sur son site le Ministère de la transition écologique rappelle : 80% des déchets terrestres finissent dans les océans et les mers. Des particules qui polluent les eaux et qui affectent les animaux et donc les êtres humains : 

On mange l'équivalent d'une carte bleue par semaine...

Pour cette amoureuse de la nature, cette situation est incompréhensible : "il faut repenser nos habitudes de vie, 50 % de notre oxygène dépend des océans et ils nourrissent 60 % de la planète."

Le 9 février, elle partageait avec émotion sur ses réseaux sociaux, un moment unique, intime et privilégié avec des dauphins autour de son navire :

 

 

"Je suis contente de ne pas être restée sur mon canapé à regarder les autres bateaux" 

Cette course au large est considérée comme l'une des plus dures et des plus extrêmes au monde. Alexia Barrier s'estime chanceuse d'avoir pu y participer.

 

Alexia Barrier entrain de manoeuvrer sur son navire
Alexia Barrier entrain de manoeuvrer sur son navire © Lou Kévin Roquais

 

Sur cette vidéo elle venait de franchir son premier Cap Horn, un point difficile à passer en navigation : 

 

 

Malgré l'intensité de cette aventure hors-norme, ce tour du monde en solitaire, elle souligne avec fierté : "je suis contente de ne pas être restée sur mon canapé à regarder avec regret les autres bateaux, même si j'ai le plus vieux bateau de la flotte et pas le plus rapide. Ce n'est que partie remise pour 2024 ! 

Un sentiment de liberté 

Etre seule au milieu de l'eau, pourrait "en refroidir plus d'un", mais ce n'est pas le cas de notre skippeuse. Elle s'estime chanceuse de tous ces instants malgré des moments parfois difficiles, elle parle de "sentiment de liberté absolue." La possibilité de "rire chanter et pleurer tout naturellement sans être jugée." Une sorte de reconnexion à son "moi profond", un équilibre salutaire. 

"J'ai pu vivre en écoutant mes éléments biologiques, sans avoir de compte à rendre à la société" confie-t-elle. Et même si sa famille et ses proches lui manquent, elle reconnaît : "ce que je peux vous dire, c'est que cette vie là va me manquer, la lune et les étoiles à qui je parle tous les soirs"  

C'est pour revivre ces moments au plus proche de "son coeur et de son corps", qu'elle l'assure : "je repars en mer très prochainement." 

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