"Ce n'est pas parce qu'on ne voit rien que ce n'est pas pollué" : des polluants éternels retrouvés en Méditerranée, entre la Corse et Monaco

Alors que l'explorateur Rémi Camus parcourait la méditerranée à la nage, des PFAS, ces polluants éternels ont été retrouvés en pleine mer par le laboratoire Wessling qui l'accompagnait. Pourquoi est-ce si inquiétant ?

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En juin 2020, Rémi Camus réalise l'exploit de traverser la méditerranée en solitaire à la nage. Lors de ce pari fou, le laboratoire Wessling et l'entreprise Capillum, des sponsors, s'unissent pour un mécénat dit "de compétence". 

L'idée, étudier les microplastiques, mais aussi les PFAS, ces polluants invisibles à l'œil nu et surtout éternels.

Qu'est-ce que les PFAS ?

Selon, l'ARS, l'agence régionale de santé, les per et polyfluoroalkylées, plus connus sous le nom de PFAS, sont des substances aux propriétés chimiques spécifiques qui expliquent leur utilisation dans de nombreux produits de la vie courante : vêtements techniques, mousses à incendie, emballages alimentaires.

Extrêmement persistants, les PFAS se retrouvent dans tous les compartiments de l’environnement et peuvent exposer et contaminer.

"Ce n'est pas parce qu'on ne voit rien que ce n'est pas pollué"

Voilà le mantra de Rémi Camus, après avoir parcouru la France à la nage en 2018 et avoir pu observer les (trop) nombreux microplastiques, en 2023 sa volonté lors de la traversée Calvi-Monaco était d'aller plus loin. 

C'est comme cela que le laboratoire Wessling et Capillum se sont réunis pour développer trois gros coussins de cheveux, tractés par le voilier qui suivait Rémi Camus.

Outre les multiples déchets visibles, et microplastiques présents en Méditerranée, l'équipe a fait d'autres découvertes. À l'aller, du zinc a été trouvé sur les coussins "on ne s'attendait à trouver des métaux lourds !"

Sur la traversée retour on a trouvé des PFAS, le XA pour être précis, c'est celui que l'on retrouve dans la vallée du Rhône, la vallée de la chimie.

Rémi Camus, explorateur.

Pour Stéphane Fievet, responsable recherche et développement au laboratoire Wessling, la présence des PFAS est en quelque sorte logique :" Ça fait 40 ans que ces molécules sont utilisées dans l'industrie, on sait que ce soit par le lavage ou le déversement, ces substances contaminent les fleuves et donc forcément la mer et les océans" explique-t-il.

Inquiétants et pourquoi ?

Après leur plongée dans la mer Méditerranée, les coussins de cheveux ont été analysés. Direction le laboratoire Wessling en Isère, où cette machine, une "LC/MS-MS (chromatographie liquide)" un appareil permettant de détecter les PFAS, a été utilisée.

La concentration retrouvée est de 18 microgrammes/kg de cheveux, en comparaison le seuil admis pour la consommation d'œufs est de 1,7 microgramme/kg. 

C'est quasiment, 10 fois plus. Honnêtement, on ne s'attendait pas à en retrouver autant ! Surtout pour une immersion aussi courte, 48h.

Stéphane Fievet, responsable recherche et développement au laboratoire Wessling

Pour le chercheur, ces données sont inquiétantes, car ces molécules sont éternelles, elles ne vont pas ou très peu se dégrader naturellement. "Tous les déversements sont toujours présents, ça ne fait qu’augmenter, ce sont des molécules cancérigènes quand même. Plus il y a en plus les poissons vont les manger, nous, on va les manger aussi" conclut Stéphane Fievet.

Le problème est que PFAS sont partout, selon l'ANSES : "l’utilisation variée de ces composés chimiques, combinée à leur caractère très persistant, entraîne une contamination de tous les milieux : l’eau, l’air, les sols ou encore les sédiments. Certains s’accumulent dans les organismes vivants et se retrouvent dans la chaîne alimentaire" et leur prolifération peut avoir des conséquences très graves sur la santé :" ils provoquent une augmentation du taux de cholestérol, peuvent entraîner des cancers, causer des effets sur la fertilité et le développement du fœtus. Ils sont également suspectés d’interférer avec le système endocrinien (thyroïde) et immunitaire" explique l'ANSES.

>> A LIRE AUSSI : le suivi de France 3 sur les PFAS.

Et après ? 

Les risques sont donc connus pour la santé humaine, pour le scientifique Stéphane Fievet, il faut plus de moyens :" bien sûr plus de réglementation, mais pour les PFAS déjà là, il faut de l'investissement pour la recherche et le développement, trouver des solutions de captages et de récupération". 

Que faire après ce triste constat ? Cette question, Rémi Camus se l'est posée. Pour lui, ces missions sont là pour sensibiliser la population, et pouvoir alerter les pouvoirs publics, les contraindre à agir. "La prochaine étape est de restreindre la zone de recherche, le projet est de descendre le Rhône pour cartographier ces PFAS, voir leur parcours. Il faut poursuivre ce combat pour continuer d’alerter et pouvoir mettre en plus des choses" explique l'explorateur.

Pour l'heure, bien qu'insuffisantes, des réglementations existent, comme la convention de Stockholm, au niveau international, qui limite plusieurs composés de la famille des PFAS au niveau mondial : le PFOS est restreint depuis 2009 et le PFOA est interdit à l’import, l’export et à la production, depuis 2020.