Election municipale à Menton : guerre de succession et crise sanitaire au programme

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Écrit par Nathalie Layani
La mairie de Menton (Alpes-Maritimes).
La mairie de Menton (Alpes-Maritimes). © Loïc BLACHE/FTV

Le 30 janvier prochain, les électeurs mentonnais devront élire leur nouveau maire, trois mois après le décès brutal de Jean-Claude Guibal, qui a régné en maître sur la ville pendant 32 ans sans vraiment préparer la suite. Une élection qui s’annonce tendue, sur fond de guerre de succession et de crise sanitaire, car la campagne se déroulera en plein coeur de la 5e vague.

Mise à jour ce 13 janvier :

Les listes définitivement enregistrées pour le premier tour des élections municipale et communautaire de Menton du 30 janvier sont, par ordre de dépôt :

  •     Liste "MENTON POUR TOUS" menée par Yves JUHEL
  •     Liste "UNIS POUR MENTON" menée par Sandra PAIRE
  •     Liste "MENTON AVEC VOUS" menée par Anthony MALVAULT
  •     Liste "RECONCILIONS MENTON" menée par Stéphanie LOISY
  •     liste "COLLECTIF CITOYEN MENTON AUTREMENT" menée par Marjorie JOUEN.

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Tout un symbole. Ce samedi 8 janvier 2022, Sandra Paire, l’ancienne première adjointe de Menton, inaugurera sa permanence électorale place de la Mairie, dans un lieu qu’elle n’a pas choisi au hasard : l’ancienne permanence de Jean-Claude Guibal.

« C’est ici, ensemble, que nous avons fait campagne et que nous avons gagné en 2020. Aujourd’hui nous sommes la liste de la continuité ». Celle qui a claqué la porte du conseil municipal le 9 novembre dernier, suivie par 20 autres élus de la majorité, l’assure : 

« Je n’ai pas démissionné pour renoncer, mais au contraire pour respecter le choix des Mentonnais,

Sandra Paire.

Ce jour-là, le conseil municipal est réuni pour élire celui ou celle qui succèdera à Jean-Claude Guibal, mort deux semaines plus tôt à l’âge de 80 ans. La première adjointe estime être l’héritière naturelle. Ça n’est pas l’avis du deuxième adjoint, qui la juge « trop inexpérimentée ». Yves Juhel se présente et l’emporte à une voix près, grâce au ralliement de la liste d’opposition, mêlant élus du centre, de droite et d’extrême-droite.

En réaction à cette alliance inattendue, les démissions en cascade provoqueront l’organisation de ce nouveau scrutin. Une élection précipitée par les circonstances, sur fond de guerre de succession qui ira jusqu’à la garde à vue de Sandra Paire et de deux proches, à la mi-décembre, accusés par Yves Juhel d’avoir dérobé des documents officiels.

Et comme si ça ne suffisait pas, le Covid s’invite aussi.

La campagne devrait atteindre son paroxysme en même temps que la 5e vague son pic : difficile, dans ses conditions, d’organiser des réunions publiques et de rassembler ses troupes.

Premier défi : constituer des listes en un temps record

Mais le premier défi, c’est déjà de constituer des listes complètes et paritaires, en un temps record. La date limite de dépôt des candidatures a été fixée au 13 janvier prochain.

« La  majorité des démissionnaires sera sur ma liste » promet Sandra Paire. On n’en saura pas plus : sa liste n’est pas encore aboutie, et ne sera dévoilée que la semaine prochaine.

Côté programme, elle promet de reprendre celui pour lequel elle a été élue avec Jean-Claude Guibal en 2020, « avec une touche supplémentaire de modernité ». Des propositions en lien avec la jeunesse et l’environnement : mais là aussi, elle préfère attendre avant d’en dire plus.

On veut des méthodes différentes : une gestion plus transparente, plus éthique, et moins clanique.

Yves Juhel, maire de Menton.

Yves Juhel, lui, assure que sa liste est bouclée, et qu’il a même fallu faire « des choix déchirants » car il y avait plus de volontaires que de places, 41 au total. Y figureront « la quasi-totalité des élus sortants », comprenez non démissionnaires le 9 novembre dernier, à commencer par Patrice Novelli, le chef de file de l’opposition qui a rallié Yves Juhel et permis son élection.

L'extrême-droite en embuscade? 

Ralliée aussi au maire actuel, la RN Pascale Véran sera-t-elle elle également remerciée par une place sur sa liste ? « Je ne crois pas. Mais la liste sera déposée le 10 janvier. On verra. Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai refusé tout accord de parti avec le Rassemblement national » affirme Yves Juhel. Lui aussi revendique l’héritage programmatique de Jean-Claude Guibal, « mais on veut des méthodes différentes : une gestion plus transparente, plus éthique, et moins clanique ». Il promet d’enrichir son projet municipal en créant, notamment, un poste de police municipale et un parking-relais à l’entrée de la ville.

Qu’un maire de droite se fasse élire avec les voix du RN, c’est inacceptable. Aujourd’hui Menton c’est la honte de la France.

Laurent Lanquar-Castiel, candidat à la mairie de Menton (EELV)

Mais pour la gauche, depuis le vote du 9 novembre, le mal est fait. « Qu’un maire de droite se fasse élire avec les voix du RN, c’est inacceptable. Aujourd’hui Menton c’est la honte de la France. On est passé de Menton, perle de la France, à Menton, honte de la France » dénonce Laurent Lanquar-Castiel.

Le candidat écologiste éliminé lors du premier tour en 2020, repart en campagne, mais cette fois-ci uni à la gauche, sur une liste  EELV - PS - PCF - Génération(s).

La gauche et les écologistes parviennent à faire localement ce qu’ils échouent au plan national : l’union.  « C’est un message fort qu’on veut envoyer à 3 mois de l’élection présidentielle. On est capable de le faire ». Pour écarter toute question d’égo, Laurent Lanquar-Castiel s’engage à ne pas être tête de liste. Ce sera une femme, écologiste, dont le nom sera bientôt dévoilé. « L’équipe sortante a divisé Menton. Nous voulons réunifier et réconcilier les Mentonnais ». 

Quant au Rassemblement national, « s’il n’est pas officiellement présent à Menton, c’est qu’il se cache dans une autre liste » estime Laurent Lanquar-Castiel.

Officiellement en effet, le Rassemblement national ne présente pas de liste. Un élu de la droite populaire de Thierry Mariani, proche du RN, essaie tout de même de partir en campagne. Il s’agit d’Anthony Malvaux, conseiller municipal de … Roquebrune-Cap-Martin.

Sûr de son bon droit, évoquant l’article 30 du Code électoral et l’installation du siège social de son entreprise à Menton, il affirme pouvoir se présenter. Reste à trouver 40 autres colistiers. Il se donne encore un jour ou deux pour y arriver.

Dernière liste potentielle, celle d’un collectif qui espère recruter des citoyens motivés avant la date butoir du 13 janvier.

Les initiateurs de cette démarche sont d’anciens membres de « Menton autrement », la liste citoyenne emmenée par l’écologiste Laurent Lanquar-Castiel en 2020. Cette fois-ci, charte à l’appui, ils refusent le soutien de tout parti politique et revendiquent une autonomie totale. « Leur priorité à tous ces partis politiques c’est d’être sûr à l’avance des places qu’ils auront sur la liste.

Les projets, les valeurs communes, ça passe au second plan » dénonce Géraldine Antonioli, membre du collectif. « Ce collectif est animé par quelques personnes qui ont des ambitions personnelles. Et s’approprier le nom de notre ancienne liste, « Menton autrement », c’est une usurpation d’identité » rétorque Laurent Lanquar-Castiel.

Il y a bien une chose qui met tout le monde d’accord : la brièveté de la campagne - à peine deux semaines entre le dépôt des candidatures et le premier tour - et les contraintes sanitaires qui pèsent sur elle.

La plupart des candidats renonceront à tenir des réunions publiques, beaucoup misent sur les réseaux sociaux, le tractage dans la rue, et la couverture médiatique.

Et tous devront affronter un adversaire commun : l’abstention.

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