Jérôme Kerviel de retour en France, attendu en fin de semaine au commissariat de Menton

Jérôme Kerviel, sur une route italienne mars 2014 / © AFP
Jérôme Kerviel, sur une route italienne mars 2014 / © AFP

Jérôme Kerviel doit franchir samedi la frontière italo-française à Menton, où pourrait se terminer sa marche entamée à Rome car l'ancien trader a été convoqué au commissariat de cette ville des Alpes-Maritimes, préalable à son incarcération.

Par Yves Lebaratoux avec AFP

2 mois après la décision de la Cour de cassation, qui a confirmé la peine de prison mais annulé les dommages et intérêts, Jérôme Kerviel est attendu à 15H00 au poste frontière désaffecté de la ville côtière.
Il y sera accueilli par l'évêque de Gap et d'Embrun, Mgr Jean-Michel di Falco, président de son comité de soutien.
Sera également présent le père Patrice Gourrier, qui s'est mis en congé de sa paroisse de Saint-Porchaire à Poitiers avec l'accord de son évêque et s'est engagé à terminer la marche de Jérôme Kerviel si celui-ci était incarcéré avant d'arriver à Paris.
Depuis sa brève rencontre avec le pape François au Vatican, le 19 février, le combat de l'ancien trader a trouvé un écho particulier auprès de plusieurs hommes d'Eglise, qui ont vu en lui la victime d'un système. J
érôme Kerviel a ainsi une nouvelle fois élargi le cercle de ses soutiens, après avoir déjà reçu l'appui public de personnalités politiques, telles Jean-Luc Mélenchon ou Eva Joly.
Samedi, à en croire les réseaux sociaux, plusieurs dizaines de personnes, anonymes venus de la France entière, pourraient également venir accueillir le marcheur barbu au coupe-vent rouge.
Paradoxalement, alors que sa peine de prison est désormais définitive, Jérôme Kerviel semble réussir ce qu'il avait peiné à faire en 6 ans: rassembler sur son nom et sa cause.
Reste à savoir ce qu'il adviendra de cet élan si l'ancien opérateur de marché est incarcéré. Car sa peine de 5 ans d'emprisonnement dont 2 avec sursis est aujourd'hui exécutoire et il est susceptible d'être interpellé à tout moment.

Lettre à Hollande :

Le parquet général de Paris l'a d'ailleurs convoqué, dimanche au plus tard, au commissariat de Menton.
Jérôme Kerviel fera savoir samedi, au moment de franchir la frontière, s'il compte déférer ou non à cette convocation, a déclaré à l'AFP son avocat David Koubbi.
Faute de présentation, "il sera requis directement l'assistance de la force publique à l'effet d'exécuter la peine prononcée à son encontre", a précisé le parquet général de Paris dans la lettre adressée à Jérôme Kerviel par le biais de son conseil.
"La justice avait la possibilité d'agir différemment", a regretté le comité de soutien, soulignant que "le parquet disposait de cinq ans pour faire exécuter la peine", en vertu de l'article 133-3 du code pénal. Il a ainsi dénoncé le "traitement tout à fait singulier de cette affaire par le parquet général de Paris". 
Pour repousser l'inexorable, Mgr di Falco a adressé lundi une lettre au président François Hollande pour lui demander d'intercéder afin que l'ancien trader n'aille pas directement en prison.
"Je me fais l'écho de nombre de nos compatriotes qui partagent avec moi le souhait de ne pas le voir incarcéré tant que la vérité ne sera pas faite quant aux responsabilités réelles encourues par la banque", écrit-il.
Il mentionne les 2 plaintes déposées en juin et juillet par Jérôme Kerviel, l'une pour faux et usage de faux, l'autre pour escroquerie au jugement, en cours d'instruction. Une 3ème a été déposée fin avril, pour subornation de témoin.
Jérôme Kerviel réclame également depuis plusieurs années une expertise indépendante des pertes enregistrées par la banque Société Générale,
son ancien employeur, ce qui lui a toujours été refusé par la justice.
La Cour de cassation ayant confirmé, mi-mars, la peine de prison mais annulé les dommages et intérêts de 4,91 milliards d'euros, équivalents à la perte déclarée par la Société Générale, un nouveau procès doit se tenir devant la cour d'appel de Versailles.

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