VIDEO. Dans les Alpes-Maritimes, un éboulement coupe une route tous les quatre jours en moyenne

Depuis le début de l'année, près de 30 éboulements ont eu lieu sur les routes des Alpes-Maritimes, entraînant des fermetures de routes et des travaux de sécurisation. Un phénomène qui ne devrait pas diminuer à l'avenir.

C'est un phénomène de plus en plus récurent dans les Alpes-Maritimes. Régulièrement, des éboulements ou des chutes de pierres ont lieu, entraînant la fermeture de la route concernée, voire isolant des habitants.

C'est notamment le cas du village de Coaraze, dans la vallée du Paillon. Depuis un éboulement survenu le 12 mars sur la route départementale 15, la commune et ses 800 habitants sont "coupés du monde". Un mois après, une ancienne piste vient tout juste d'être aménagée pour permettre de quitter et rejoindre le village moyennant des convois à basse vitesse et gérés par la mairie.

Plus à l'est du département, le 13 mars dernier, une trentaine de mètres cubes de pierres et de terre s'est effondrée sur la route départementale 2566 qui rallie Sospel à Menton. Pas d'habitant isolé cette fois, mais 15 minutes de détour à réaliser sur des routes sinueuses en attendant la fin des travaux de confortement des lieux.

"Si ça tombe, il n'y a plus de route !"

Pour Isabelle Walker, une habitante de Sospel, tous les matins, c'est le même rituel : un café pour se réveiller. Puis elle monte dans sa voiture pour rejoindre son lieu de travail à Monaco. Cinq jours par semaine depuis plus de dix ans, elle emprunte cette RD2566. Une route où elle doit souvent slalomer entre les feux de chantier et les éboulements...

"Là, en fait", dit-elle en pointant des plots rouges et blancs sur le bord de la chaussée, "vous avez l'impression que ce n'est pas grave, mais c'est à flanc de falaise. Si ça, ça tombe, il n'y a plus de route !"

À un autre endroit, un feu tricolore régule la circulation car des pierres jonchent la chaussée. En levant la tête, on aperçoit la terrasse d'une maison suspendue dans le vide.

Au total, sur les quinze kilomètres de la route entre Sospel et Menton, trois chantiers sont en cours, dont celui de l'éboulement du 13 mars.

C'est anxiogène pour tout le monde. Le matin, on s'envoie régulièrement des messages entre habitants. Mon conjoint, qui part très tôt le matin, m'écrit s'il est bien arrivé et s'il y a des branches ou des rochers à tel endroit. Ce qui n'était pas le cas il y a dix ans en arrière.

Isabelle Walker, habitante de Sospel

"Ce qui me rassure et me soulage", poursuit Isabelle Walkner, "c'est qu'on n'a jamais eu un accident mortel, heureusement !"

27 éboulements depuis le 1er janvier

Dans les Alpes-Maritimes, depuis le 1er janvier, nous avons recensé 27 éboulements ou chutes de pierres, soit un tous les quatre jours.

Ce phénomène naturel ne devrait pas disparaître dans les prochaines années dans le département, conséquence du réchauffement climatique et des fortes pluies survenues en ce début d'année.

"Sur les trois premiers mois de cette année, il est tombé 550 millimètres de pluie, soit 150 millimètres de plus que toute l'année dernière", détaille Dimitri Schreiber, ingénieur géologue chez Ogéo. De l'eau qui s'est "infiltrée dans tous les massifs" et a "fragilisé" le terrain.

Grillages en acier

"Le territoire des Alpes-Maritimes est atypique de part sa topographie", poursuit Nicolas Portman, le chef de l’agence routière départementale Menton-Roya-Bevera. "Les dernières pluies ont été de plus en plus fortes, créant des aléas météorologiques importants et générant des désordres sur les routes."

À chaque éboulement, il faut alors sécuriser les lieux. Ainsi, le long des routes azuréennes, des kilomètres de grillages en acier ont fait leur apparition ces dernières années pour retenir les pierres. "Beaucoup de blocs sont retenus par ce type de dispositif : grillage, câbles et clous en acier. Ce sont des ouvrages résistants qui durent dans le temps", précise Dimitri Schreiber.

Ces installations, il faut donc les contrôler et les purger régulièrement pour enlever les pierres retenues.

Trois niveaux de danger

Dans les Alpes-Maritimes, les routes sont classées en trois niveaux. La route entre Sospel et Menton, par exemple, est de niveau 1, c'est-à-dire qu'elle fait partie des voiries les plus surveillées. "Ce sont les axes les plus importants, ceux qui génèrent le plus de circulation avec le plus de véhicules", explique Nicolas Portman.

Sur les routes de niveau 1, on réalise deux tournées de sécurité par semaine. Si on constate des chutes de pierres, on fait venir les géologues qui inspectent les lieux, soit en cordée, soit avec des drones.

Nicolas Portman, chef de l’agence routière départementale Menton-Roya-Bevera

Sur le territoire de la Communauté de la Riviera française (Carf), "20 à 25% des routes sont en catégorie 1", poursuit Nicolas Portman. Quant aux chaussées classées 2 et 3, des surveillances "une fois par semaine" sont réalisées.

3 millions d'euros

Avec son relief escarpé, le département des Alpes-Maritimes est l'un des plus exposés en France. Le Conseil départemental indique ainsi budgéter, chaque année, trois millions d'euros pour réparer et sécuriser.

"C'est beaucoup d'argent", continue l'ingénieur géologue Dimitri Schreiber.

Sécuriser toutes les routes me paraît difficile car il y en a beaucoup et elles sont quasiment toutes exposées à des mouvements de terrain. Il faut sécuriser les axes principaux et quand on observe des éboulements.

Dimitri Schreiber, ingénieur-géologue Ogéo

Pour les habitants vivant à proximité de ces axes, la récurrence de ces phénomènes n'est pas sans créer une certaine inquiétude. "On est tous suspendus à l’état de la route", répond Isabelle Walker, qui habite Sospel. "Savoir si je vais pouvoir aller travailler demain, quand je suis arrivée en 2012, ce n'était pas une question que je me posais. Mais je me la pose maintenant au quotidien."

Pour l'instant, la Sospelloise assure qu'elle a toujours "l'énergie" pour parcourir cette route, mais elle admet que la question d'un déménagement pourrait se poser à l'avenir. "Est-ce que, dans le futur, on pourra rester habiter là-haut, avec cette route qui est dangereuse, l'essence, l'usure de la voiture...? Effectivement, c'est une question que je me pose."

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