Allons-nous vers un nouveau reconfinement ? "On peut s'y attendre", explique un infectiologue du CHU de Nice

Selon le JDD, Emmanuel Macron pourrait annoncer mercredi un nouveau confinement de la population. Cette hypothèse ne surprend pas le Professeur Michel Carles, infectiologue au CHU de Nice. "La situation actuelle est au moins équivalente à celle de l'automne", explique-t-il.

Le Pr Michel Carles, chef du service d’infectiologie du CHU de Nice au chevet d'un patient.
Le Pr Michel Carles, chef du service d’infectiologie du CHU de Nice au chevet d'un patient. © FTV

"Reconfinement imminent" : voici les deux mots qui figurent ce dimanche à la une du Journal du Dimanche. Dans ses pages, l'hebdomadaire laisse entendre que le président de la République pourrait s'adresser aux Français mercredi, à l'issue du conseil de défense, et annoncer un nouveau confinement.

Sur les réseaux sociaux, les internautes s'affolent depuis quelques heures : le hashtag #reconfinement3 est en tête sur Twitter ce dimanche. 

Dans la région PACA, la situation reste critique : elle est même défavorable en comparaison avec les chiffres nationaux. En l'espace d'une semaine, le nombre d'hospitalisations a grimpé : 197 hospitalisations conventionnelles supplémentaires, 11 en réanimation et soins critiques et 33 en soins de suite et de réadaptation. 

La tendance se ressent aussi au CHU de Nice. Nous avons interrogé le Professeur Michel Carles, infectiologue, au sujet de l'évolution de l'épidémie.

Faut-il s'attendre à un nouveau reconfinement d'ici ces prochains jours ?

Ce que je peux dire c'est qu'on a une situation qui se dégrade, en tout cas sur la région niçoise et les Alpes-Maritimes. Il y a une réascension du nombre d'hospitalisations : on a dépassé le pic de novembre. À l'automne, ces chiffres avaient conduit les autorités à décider d'un deuxième confinement. Aujourd'hui, la situation actuelle est au moins équivalente, voire plus sévère pour ce qui est des Alpes-Maritimes. Je pense donc qu'on peut s'attendre à ce que les autorités décident d'un reconfinement.

Est-ce que ce serait une bonne idée ?

Ça dépend de quel point de vue on se place. Stricto sensu, il est certain qu'un confinement de la population arrêtera la circulation virale, mais cela se fera au prix de conséquences sociétales majeures. Ce sont des décisions politiques et il est difficile médicalement de se prononcer : on ne peut pas différencier la médecine de la société, car les médecins sont là pour aider la société. Mais si on est dans l'obligation de reconfiner, cela montre qu'on n'est pas capable d'améliorer notre système de santé pour relever ce genre de défi.

Si les politiques se décident en faveur d'un reconfinement, on espère au moins qu'il sera différencié en fonction des régions : il n'y a pas de raison qu'on reconfine tout un pays alors que certaines régions sont peu touchées et d'autres plus sévèrement.

Dans le scénario d'un reconfinement, les écoles pourraient rester ouvertes : c'est en tout cas la volonté du ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Qu'en pensez-vous ? 

Je pense que c'est bien, justement pour éviter des conséquences qu'engendreraient un potentiel reconfinement. On sait bien sûr qu'il y a des phénomènes de portage de virus par les enfants et qu'il y a risque de circulation virale au sein des écoles, c'est pourquoi il est important de renforcer les protocoles sanitaires. Les écoles doivent continuer à fonctionner pour ne pas sacrifier les jeunes générations. 

Est-ce que l'instauration du couvre-feu à 18 heures a eu des effets ?

On n'a aucun moyen de le démontrer : tout ce qu'on peut dire, c'est que nous n'avons pas observé de baisse très notable. Le couvre-feu a été mis en place début janvier et dans les quinze jours qui ont suivis, on a vu une augmentation constante des hospitalisations conventionnelles. Au niveau hospitalier donc, l'effet n'a pas été très net mais on ne peut évidemment pas exclure que la situation aurait pu être pire sans couvre-feu. 

Quelle est la situation au CHU de Nice en ce moment ?

On n'est pas dans une situation de saturation, mais dans une situation de forte tension. On a ouvert de nouveaux secteurs d'hospitalisation Covid, de façon à pouvoir répondre à cette augmentation de cas. Mais cela engendre la déprogrammation d'un certain nombre d'activités pour les pathologies non-Covid. Le système de santé étant ce qu'il est, on est obligé de faire la balance entre la prise en charge des patients Covid et les activités non-Covid. 

Quelles menaces représentent les variants du Covid-19, et notamment le variant britannique ? 

La menace est surtout quantitative. S'il y a une plus forte contagiosité, il va y avoir plus de patients atteints et donc mécaniquement plus de patients hospitalisés dans un état grave. En revanche, entre les personnes atteintes par la souche classique et les personnes atteintes par le variant, il n'y a pas de différence en termes de gravité de la maladie. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement santé société coronavirus/covid-19 politique