Covid : face au variant anglais, comment bien choisir son masque

Changement de virus, changement de masques. Face au variant anglais, le Haut conseil de la santé publique recommande d'éviter les masques en tissu maisons, moins filtrants. Ces masques "tous publics", en général sont moins chers et largement utilisés notamment par les populations précaires.

Lors d'une distribution de masques en tissus
Lors d'une distribution de masques en tissus © Denis Charler/AFP

Le gouvernement demande aux Français de ne plus utiliser de masques faits maison, jugés insuffisamment filtrants face à l'apparition de nouveaux variants plus contagieux du coronavirus, a indiqué le ministre de la Santé, jeudi 21 janvier.

"Le HCSP (Haut conseil de la santé publique, ndlr) recommande de ne plus utiliser le masque artisanal qu'on a fabriqué chez soi", a déclaré Olivier Véran, et d'éviter également les masques industriels en tissu les moins filtrants (dits "de catégorie2").

Afin d'adapter la réponse aux nouveaux variants du Sars-Cov2, les gouvernements des pays revoient leurs copies concernant les masques. Les derniers coronavirus apparus en Angleterre et en Afrique du Sud s'avèrent plus transmissibles.

Didier Lepelletier, coprésident du groupe de travail Covid-19 du HCSP, interpelle sur la qualité des masques en tissu. Il vaut mieux "porter un masque en tissu réutilisable de catégorie 1, plutôt que des masques de catégorie 2 qui filtrent moins bien, voire des masques fabriqués de manière artisanale où il n'y a aucun contrôle sur leur performance".

Le made in France, qualité privilégiée

Chez Protecto, petite entreprise arlésienne, reconvertie dans la fabrication des masques chirurgicaux depuis le début de la crise, cette recommandation va dans le bon sens. Forte d'une dizaine de salariés, cette structure spécialisée dans le textile technique pour des housses de protection s'est positionnée pour un filtrage optimum.

"Nous ne fabriquons que des FFP2 ou des masques de type 2R, qui filtrent jusqu'à 99%", précise Mourad Amara, PDG de Protecto.

"Les masques en tissus sont toujours recommandés à l'extérieur. Mais dans les endroits clos, il est préférable de mettre des masques chirurgicaux ou FFP2. Qui sont des masques avec filtres", précise le chef d'entreprise.

Une prudence extrême qui séduit les clients, entreprises et collectivités, qui passent commande. Et trouve un echo encore plus fort alors que les variants du covid se multiplient. Dans les premiers mois de la crise, ces masques arlésiens made in France, fabriqués dans les règles strictes européennes et françaises, ont rassuré par leur qualité.

Le contexte de forte demande a induit la circulation de masques non sécuritaires sur le marché international. L'entreprise a vite augmenté sa production, passant de 12.000 masques par jour en juin à 25.000 par jour en novembre, "grâce à l'acquisition d'une machine automatique", raconte Mourald Amara.

"Nous avons pu abandonner le flux tendu et créer un stock. Des pays comme l'Espagne, l'Autriche, le Liban, l'Irak commandent chez nous. Ils croient à la qualité des masques français".

Les FFP2 à condition "d'être bien portés"

Selon les normes élaborées par l'Afnor, les masques de catégorie 1 filtrent 90 % des particules, quand ceux de catégorie 2 n'en bloquent que 70 %.

"Les masques en tissu de catégorie 1, fournis par les industriels, validés par la direction générale des armées, en terme de performance, sont aussi efficaces que les masques chirurgicaux", assure le Pr Lepelletier. coprésident du groupe de travail Covid-19 du HCSP.

En revanche, il juge que l'usage des masques FFP2, filtrant au moins 94% des aérosols, dans la population générale "n'est pas forcément une bonne chose parce qu'on ne pourra pas contrôler" qu'ils sont "bien portés" et "adaptés à la morphologie du visage".

Le tissu, masque des populations fragiles

Utiliser deux masques par jour, selon les recommandations, même s'ils sont lavables puis jetables, représente un coût supplémentaire par rapport au masque en tissu de catégorie 1 ou de fabrication artisanale.

Pour les populations vulnérables et précaires, la recommandation du Haut conseil de la santé publique peut s'avérer être difficile à suivre.

"La question des moyens pour acheter ces masques est entière", explique Delphine Visentin, coordinatrice générale des missions de Médecins du Monde sur Marseille.

"Tout comme la question liée à l'accessibilité. Nous travaillons avec la mairie, et les associations pour distribuer gratuitement les masques aux populations les plus fragiles. Pour toucher le plus de public, il faut multiplier les modes d'action : en allant au-devant des personnes, ou en pratiquant la distribution dans des lieux fixes".

Une distanciation à deux mètres

Tout le monde est d'accord sur ce point, le masque reste l'un des outils dans la lutte contre le coronavirus. Tout comme le vaccin ou les gestes barrières.

Le groupe de travail du HCSP insiste aussi dans ses recommandations sur le fait d'assurer une distance de sécurité à deux mètres et non un mètre entre chaque personne.

"À l'occasion des avis du mois de décembre sur les commerces ou sur les fêtes de fin d'année, on est effectivement passé à ces deux mètres. La pénétration des nouveaux variants (...) est peut-être l'occasion d'officialiser ces deu mètres", a estimé le HCSP.

Le ministère de la Santé peut choisir de suivre ou pas les avis du HCSP. "Ce sont des avis qui sont scientifiques et qui ont pour but d'éclairer la prise de décision politique sanitaire", souligne le Pr. Lepelletier.

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