Assises: les jurés face à la vidéo violente du braquage d'un bijoutier niçois

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Écrit par Anne Le Hars

La Cour d'assises des Alpes-Maritimes, qui juge l'un des deux braqueurs présumés d'un joaillier niçois, a visionné ce lundi au 1er jour du procès la vidéo de l'agression perpétrée en septembre 2013 dans la modeste bijouterie, de quoi frapper les esprits sans révéler les visages des hommes casqués.

Le braquage dure 2,43 minutes derrière un rideau de fer à peine entrouvert, peu après l'arrivée matinale du bijoutier Stephan Turk, qui sera immédiatement frappé au thorax et au visage.

Le film ne montre pas la suite de ce fait divers très médiatisé : le joaillier avait fait feu à trois reprises depuis le seuil de son commerce avec un pistolet semi-automatique non déclaré. L'une des balles avait touché mortellement dans le dos Antony Asli, 19 ans, passager arrière d'un scooter, qui était tombé à terre tandis que son complice au guidon s'était enfui.

Le 25 septembre 2012, la bijouterie "La Turquoise" avait déjà été cambriolée > Voir photo d'illustration de cet article.

Reportage à l'ouverture du procès ce lundi :

durée de la vidéo: 02 min 10
La Cour d'assises des Alpes-Maritimes, qui juge l'un des deux braqueurs présumés d'un joaillier niçois

Stephan Turk sera jugé ultérieurement pour "homicide volontaire" dans un procès séparé, dont il sera cette fois l'accusé.
Ce premier procès qui doit durer jusqu'à vendredi, tentera de déterminer si l'homme dans le box, Ramzi Khachroub, 22 ans, est bien le deuxième braqueur casqué de la vidéo qui avait réussi à prendre la fuite ce jour-là.

Pour son avocat Frédéric Hentz, l'enquête de police a été orientée dès le départ: "La police a privilégié l'hypothèse que la personne violente sur la vidéo est gaucher" (comme l'accusé). Le principal enquêteur de police a d'ailleurs été durement questionné lundi sur les indices qui l'ont amené à désigner le suspect. 

"Ceux qui connaissent les sports de combat voient que c'est un droitier sur la vidéo", estime Me Hentz, en notant aussi que les bijoux sont ramassés avec la main droite.


Son client nie toute participation et a un alibi (il était avec sa petite amie), sujet à caution selon les enquêteurs. Il est jugé pour "vol avec arme" ainsi que
"port ou transport prohibé de matériel de guerre" et "recel de vol" du scooter du braquage. Il risque jusqu'à 10 ans de prison.

"C'est soit lui, soit moi"


Dans un Français haché, M. Turk, aujourd'hui âgé de 69 ans, a ensuite tenté de décrire la scène devant les jurés. "Les deux m'ont frappé. L'un m'a donné un coup au coeur, il a essayé de me tuer, heureusement je ne suis pas mort", glisse-t-il. 

"A la sortie, je prends le pistolet pour récupérer mes affaires" (un butin de 124.000 euros jamais retrouvé), dit-il à propos de cet instant qui a changé irrémédiablement sa vie. "C'est soit lui, soit moi", commente-t-il à propos du jeune homme qu'il a abattu. Le joaillier avait fui la guerre du Liban et s'était exilé à Nice dans les années 80 pour protéger sa famille.

Plusieurs témoins ont aussi été appelés à la barre. A l'époque du braquage, une page Facebook de soutien au bijoutier avait été plébiscitée par 1,6 million de "fans" défendant la légitime défense face à la montée de la délinquance.

Le bijoutier ne peut pas formellement reconnaître son agresseur casqué. Mais d'autres éléments vont être décortiqués, comme les traces ADN de l'accusé retrouvées sur un bidon d'eau de javel jeté près du scooter du braquage. 

Dans ce procès Alexandre de Matos, 28 ans, qui a admis avoir fourni "des gants et une cagoule trois trous" au braqueur abattu, comparaît, libre, pour "complicité de vol avec arme en état de récidive".

- avec AFP -