Covid 19 : "j'ai le sentiment qu'on a été oublié" témoigne un saisonnier, sans contrat pour toute la saison du ski

Les remontées mécaniques dans les stations de ski sont toujours à l'arrêt. De nombreux métiers sont impactés, en majorité ceux des saisonniers. Avec leur statut particulier, pas de chômage partiel. L'un d'entre eux nous livre son témoignage et ses difficultés à trouver du travail.  

Sébastien Lefebvre vit grâce aux jobs saisonniers depuis une dizaine d'années, avec le coronavirus il se retrouve sans emploi.
Sébastien Lefebvre vit grâce aux jobs saisonniers depuis une dizaine d'années, avec le coronavirus il se retrouve sans emploi. © Sébastien Lefebvre

Malgré la fermeture des remontées mécaniques, les stations de ski sont priées d'"embaucher leurs saisonniers" en février, pour qu'ils bénéficient comme à Noël d'un chômage partiel "pris en charge à 100%". C'est ce qu' a indiqué ce mercredi 3 février la ministre du Travail, Elisabeth Borne.

Justement, Sébastien Lefebvre est saisonnier à la station de Isola 2000 dans les Alpes-Maritimes depuis 2011. Le sujet le touche et ces annonces le concernent directement.  

Avant cette crise, c'était un bon moyen de gagner mon argent tout en ayant la possibilité d'organiser mon rythme de travail. C'est un mode de vie et j'y avais pris goût.  

Sébastien Lefebre, saisonnier

Pourquoi la situation sanitaire a totalement bouleversé vos plans pour la saison d'hiver ?

L'épidémie de coronavirus et les décisions prises par le gouvernement ont complètement cassé mon rythme de travail. Chaque hiver, en pleine saison, je prends ma voiture et je monte à la station Isola 2000 pour travailler au sein de l'établissement la Guérite.

A cause des mesures sanitaires, les restaurants sont à l'arrêt. De plus, la fermeture des remontées mécaniques rend la tâche compliquée pour faire de la vente à emporter dans les stations, il n'y a pas assez de clients. Mon patron ne m'a donc tout simplement pas embauché cet hiver. D'habitude huit saisonniers l'accompagnent, cette année ils seront deux salariés et c'est tout. C'est un vrai coup dur !  

Les hivers précédents, le restaurant La Guérite accueillait de nombreux touristes, les pieds directement dans la neige. Cette année, le restaurant est quasiment a l'arrêt.
Les hivers précédents, le restaurant La Guérite accueillait de nombreux touristes, les pieds directement dans la neige. Cette année, le restaurant est quasiment a l'arrêt. © Sébastien Lefevbre

Quelles perspectives avez-vous pour cette saison particulière ?

C'est très compliqué de se projeter ou de rebondir, ça m'a complètement découragé d'apprendre que les remontées mécaniques restaient à l'arrêt. Je sais qu'avec la situation pour les stations c'est quasiment impossible de trouver du travail actuellement. J'ai donc choisi de faire une formation en pâtisserie. C'était une occasion de me lancer dans un nouveau projet.

Je vais recevoir la confirmation prochainement d'une entreprise que j'ai sollicité pour faire un stage de sept semaines, j'essaye de rester positif. Cela va élargir mon champ de compétences, je suis vraiment content. Je m'organise comme je veux pour ma formation, donc la matinée souvent je fais les cours théoriques en ligne. L'après-midi, j'essaye de m'entrainer, de pratiquer, mais c'est plus compliqué. De plus, je n'ai pas les moyens financiers pour avoir tout le matériel et les produits nécessaires. 

Les saisonniers sont-ils les grands perdants des mesures sanitaires dans les stations de ski ?

Oui complètement. J'ai le sentiment qu'on a été oublié par le gouvernement. Je suis très inquiet financièrement, heureusement que j'ai mes parents pour m'aider, j'ai dû retourner vivre chez ma mère. J'ai des proches qui me disent que je profite de la situation, je trouve ça vraiment injuste comme discours, car je n'ai pas choisi de ne pas travailler. Nous sommes dans un entre-deux permanent.

Mon patron à Isola 2000, ne m'a pas fait signer de contrat cette année car il n'était pas sûr que la situation s'améliore et il avait vu juste malheureusement. Je n'ai donc pas le droit au chômage partiel, car je ne suis pas salarié. Actuellement, je suis au chômage mais ça ne pourra durer qu'un temps. Je me sens terriblement délaissé. Nous sommes aussi beaucoup à ne pas avoir pu bénéficier de l'Aide pour la Précarité à l'Emploi promise par l'exécutif (ndlr : cette aide de 900 euros par mois est destinée à ceux qui ont travaillé plus de 60% du temps en 2019 mais qui n'ont pas pu travailler suffisamment en 2020 pour recharger leurs droits. Elle est attendue pour le 5 février.) 

Des télésièges, ici à l'arrêt à Isola 2000 (Alpes-Maritimes) pour cause de pandémie.
Des télésièges, ici à l'arrêt à Isola 2000 (Alpes-Maritimes) pour cause de pandémie. © Loïc Blache /FTV

Vous avez plus d'espoir pour cet été ?

Honnêtement, pour la saison hivernale je ne m’attends plus à rien, je n’ai aucun espoir. C'est une situation pesante émotionnellement mais je tente de rester positif. Si la restauration ne rouvre pas à l'été ça va être compliqué de tenir par contre. Pareil si la situation sanitaire se répercute encore pour l'hiver 2022, là je n'aurai plus le chômage pour survivre. Si c'est le cas j'essaierai de trouver un travail dans un supermarché à côté de chez moi même si ce n'est pas mon corps de métier.

120 000 saisonniers sont concernés 

L’annonce était attendue : les stations de ski n'ont toujours pas carte blanche pour reprendre pleinement leurs activités. Les remontées mécaniques resteront fermées en février, sans qu’une date de réouverture n’ait été fixée, a confirmé lundi 1er février Matignon à l’issue d’une rencontre entre le premier ministre, Jean Castex, et les acteurs de la montagne

Afin d’aider les entreprises des stations à survivre, les aides versées par l’Etat seront renforcées, a par ailleurs annoncé le gouvernement. Un montant qui s'élève jusqu'à 10 000 euros par mois et pouvant attendre 20 % du chiffre d'affaires. 

Les commerces de matériel de ski et des activités annexes seront éligibles aux aides versées par le Fonds de solidarité et à celles du plan tourisme, a t-il précisé. Mais la situation pour les saisonniers reste préocupante, leur statut particulier, ne leur permet pas toujours de bénéficier du chômage partiel.

Dans les stations de ski, le maintien à l'arrêt des remontées mécaniques pour les vacances de février va définitivement priver d'emploi une grande partie des 120 000 saisonniers qui viennent chaque hiver travailler dans les stations.

"Je relance un appel aux employeurs"

Ce 3 février, la ministre du Travail, Elisabeth Borne a lancé un véritable "appel aux employeurs." 

Je relance un appel aux employeurs en leur demandant d'embaucher leurs saisonniers, de les placer en activité partielle prise en charge à 100%,

Elisabeth Borne sur Radio Classique ce mercredi.

Poue elle,  les stations de ski sont priées d'"embaucher leurs saisonniers" en février, pour qu'ils bénéficient comme à Noël d'un chômage partiel "pris en charge à 100%".

"Globalement, on a à peu près 30.000 saisonniers, sur les 60.000 qui travaillent au moment des vacances de Noël, qui ont pu être embauchés", avec notamment un taux de recrutement de "95% dans les remontées mécaniques", a-t-elle précisé.
Avec les vacances d'hiver, qui débutent ce samedi pour la zone A (Paris), "on sait qu'on a à nouveau un pic au mois de février, où on passe en général à 120.000 saisonniers".

Dans ce secteur "très impacté par les restrictions qui font baisser la fréquentation des stations de ski", l'activité partielle prise en charge à 100% par les pouvoirs publics "sera maintenue jusqu'à la fin de la saison, donc jusqu'au 15 avril", a-t-elle ajouté.

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