Covid : peut-on être allergique aux produits que contiennent les vaccins ? #OnVousRépond

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Écrit par Coralie Becq
Des vaccins Moderna anti-Covid-19, image d'illustration.
Des vaccins Moderna anti-Covid-19, image d'illustration. © Philippe Lopez/AFP

Le service d'allergologie du CHU de Nice dans les Alpes-Maritimes a dû mettre en place un protocole strict pour juguler la demande de tests. Pourquoi, quand et comment se faire tester ? Le professeur Leroy répond aux questions.

Brigitte Bardot en avait fait son argument antivaccin : "Je suis allergique à tous les produits chimiques". La star de 87 ans refuse ainsi de se faire vacciner.

Alors, peut-on être allergique aux produits que contiennent les vaccins ?

Le professeur Sylvie Leroy, du CHU de Nice, a mis en place une adresse mail pour regrouper toutes les demandes d'avis allergologiques. Cinq médecins reçoivent plus de 30 demandes par jour depuis la mise en place de ce service spécialisé. Une réponse est apportée au patient entre 24 et 48 heures.

Il fallait répondre à l'inquiétude des patients de manière individuelle. C'est notre mission de santé publique

Pr Sylvie Leroy, pneumologue et allergologue au CHU de Nice

Il faut comprendre qu'à la mise sur le marché des vaccins, les contre-indications allergiques potentielles étaient larges, les patients se sentaient facilement concernés par ces contre-indications. D'après le site internet géré par Santé Publique France :

"La Haute Autorité de Santé recommande d’éviter le vaccin à ARNm (Comirnaty et Moderna) chez les personnes présentant des antécédents d’allergies graves de type anaphylactique (réaction rapide et grave avec atteinte respiratoire ou digestive). Par ailleurs, la vaccination est contre-indiquée aux personnes ayant présenté une hypersensibilité à la substance active ou à l’un des excipients du vaccin.

Les antécédents de réactions allergiques à d’autres substances : venin d’hyménoptères (abeille, guêpe, frelon), allergènes inhalés (acariens, pollens, squames d’animaux, moisissures), aliments, médicaments, autres vaccins, quelle que soit leur sévérité, ne sont pas une contre-indication à la vaccination contre la Covid-19. Au cas par cas, la surveillance individuelle pourra être prolongée après l’injection."

Ce service a donc été mis en place pour aider les patients mais aussi les médecins : "nos collègues avaient du mal à répondre à toutes les inquiétudes des patients qui pensaient être allergiques au vaccin. J'ai considéré qu'il ne fallait pas laisser ces inquiétudes devenir un frein à la vaccination" explique le professeur Leroy.  

Sur les réseaux sociaux, l'inquiétude des patients se ressent, comme cet internaute qui imagine sa réaction allergique à l'issue de son rappel :

Ou cet avis, plus mesuré :

Une allergie à quoi ?

La réaction allergique intervient entre 3 secondes et 15 minutes après l'injection. S'il y a une réaction, elle est donc tout de suite repérée

Professeur Sylvie Leroy, CHU de Nice

Lorsque l'on parle d'allergie au vaccin, c'est en réalité une allergie aux excipients. Un excipient est un composant qui permet la conservation et la stabilisation du vaccin. Dans le cas des vaccins il y a trois excipients concernés : le polyéthylène glycol, le polysorbate, et le trométamol.

Le professeur Leroy explique que "ces excipients sont en très petite quantité dans les vaccins, (les vaccins ARN comme le Moderna sont conservés dans le froid extrême ce qui permet de réduire la part d'excipient NDLR). De plus, on retrouve ces excipients dans plus de 3 000 médicaments courants". 

Effectivement, en regardant la composition des médicaments que nous avons tous chez nous, on retrouve du polyéthylène glycol dans le paracatémol par exemple et du polysorbate dans le spray pour traiter le nez.  

La société Française d'Allergologie rappelle que le champ des allergies possibles est restreint à ces seuls excipients. Dès 2020, les données observées au niveau mondial ont permis d'exclure d'autres types d'allergies.

Un protocole strict

Seuls les médecins peuvent adresser leur patient à ce service une fois le formulaire rempli : 

Le formulaire reprend les recommandations européennes et permet de faire un premier tri. Au départ c'était surtout des inquiétudes pré-vaccinales et à présent avec la deuxième, puis la troisième dose, ce sont des inquiétudes post-vaccinales suite à des réactions. 

Il y a plusieurs cas de figure :

- Certains patients se savent déjà allergiques aux médicaments contre la constipation par exemple, qui contient les mêmes excipients, dans ce cas il est plus facile d'identifier le problème.

- Parfois c'est une suspicion d'allergie et dans ce cas le patient est invité à venir dans le service pour faire des tests plus poussés. Si son état le permet, il sera vacciné dans le centre d'allergologie sous surveillance. Selon le professeur ça représente 20% des cas qui leurs sont adressés.

- Enfin dernier cas de figure, le patient reçoit un avis défavorable, une contre-indication à la vaccination car il est allergique à ce polyéthylène glycol en particulier (car il en existe des différents). 

2 cas sur plus de 1 000 suspicions

Au CHU de Nice, sur les plus de 1 000 suspicions d'allergie, il n'y a eu que deux cas de contre-indication. Pour le professeur Leroy "ce qui est important c'est de répondre aux angoisses des patients, même si aujourd'hui on sait qu'il y a très peu d'allergies c'est important de faire cette démarche pour ne pas laisser certains dire n'importe quoi."

La réaction au vaccin est beaucoup plus faible que la réaction aux antibiotiques: c'est 6 cas suspects pour 1 million concernant les vaccins et 1 cas suspect pour 5000 patients avec les antibiotiques

Professeur Sylvie Leroy, allergologue, pneumologue, CHU de Nice

Quelles réactions allergiques, quels symptômes ?

Le délai de quinze minutes après l'injection du vaccin permet de surveiller un certain nombre de réactions : éruption cutanée vive, difficulté respiratoire, malaise, choc anaphylactique. 

Mais ces réactions, le professeur nous l'assure : "doivent intervenir dans les 15 minutes grand maximum après l'injection pour être imputées au vaccin". Elle tient aussi à rassurer certaines personnes, si on développe de l'eczéma, c'est un effet indésirable, mais il n'est pas considéré comme une manifestation allergique.

Selon l'institut Pasteur, une personne sur deux serait allergique en France, que ce soit aux piqûres, aux pollens à certains aliments... En revanche d'après le professeur Leroy, 1000 à 2000 personnes seulement seraient concernées par une allergie aux vaccins contre la covid-19.

La pandémie, l'incertitude vis-à-vis de la balance bénéfice-risque, et l'obligation vaccinale poussent les gens à se poser des questions qu'ils ne se poseraient pas forcément en temps normal.

Le CHU de Nice participe à donner des réponses à ceux qui ont des réticences basées sur des inquiétudes médicales, mais ne cherche pas à convaincre ceux qui sont contre, par principe. 

Depuis le début de la vaccination, 20 personnes ont été vaccinées sous surveillance au centre d'allergologie au CHU de Nice, les autres ont pu faire leur vaccin normalement. 

À noter que la contre-indication allergique est l'une des trois contre-indications qui existent pour les vaccins avec le syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique (une complication extrêmement rare qui a atteint certains enfants et adolescents) ou un antécédent de myocardite, de péricardite ou d'hépatite grave ayant nécessité une hospitalisation et faisant suite à une première injection de vaccin d'ARNm.

Il est donc peu probable d'obtenir une exemption de vaccin. 

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

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