Pass vaccinal : "un outil mort-né" pour le médecin généraliste Guillaume Barucq à Biarritz

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Écrit par Christine Le Hesran
Le docteur Guillaume Barucq en consultation à Biarritz.
Le docteur Guillaume Barucq en consultation à Biarritz. © FTV

Favorable à la "vaccination consentie et éclairée", le Docteur Barucq au Pays basque s'élève contre le pass vaccinal qui doit être voté ce mercredi soir au Sénat. Hostile au pass sanitaire comme à l'interdiction de l'accès au plage au début de la pandémie, celui qui est aussi élu à Biarritz s'inquiète des limites de cet outil "qui ne devrait pas exister".

Non, il n'est pas contre le vaccin. Depuis le début, il vaccine avec discernement, avec son avis de médecin qui connaît son patient. Preuve qu'il n'est pas contre la vaccination pour lutter contre les effets dangereux du virus pour les plus vulnérables. 
Quant à exiger un pass vaccinal de tous les citoyens, projet de loi que les sénateurs doivent voter ce mercredi 12 janvier après les députés la semaine dernière, il n'en est pour lui pas question. Pas plus que le pass sanitaire pour lequel il s'est déjà positionné l'été dernier. 

Les pass sont plutôt pour le médecin biarrot une "fausse route".  "Je suis pro vaccination libre, éclairée, consentie et choisie. " argumente-il.

Le rôle du médecin, c'est d'évaluer la balance du bénéfice risque. Donc à chaque patient, il évalue en fonction de l'intérêt qu'il a à se faire vacciner.

Docteur Guillaume Barucq - Biarritz -

France 3 Aquitaine

"Par exemple aujourd'hui , j'ai un patient de 60 ans, diabétique, hypertendu qui hésite, je vais l'encourager à se faire vacciner. J'ai un jeune de 18 ans en pleine santé qui a fait le Covid il y a 7 mois. S'il veut temporiser, je ne vois pas quels arguments me forceraient à lui dire va te faire vacciner tout de suite." 

"Un pass sanitaire inefficace" 

Depuis le début de l'épidémie, le Docteur Barucq affiche au grand jour son point de vue de médecin généraliste, fut-ce-t-il différent de la politique sanitaire déployée dans le pays. Les plages fermées, l'interdiction de surfer ou de se baigner, il en a dénoncé l'absurdité. Par la suite, ce principe a été abandonné. 

De même, la mise en place du pass sanitaire obligatoire pour les soignants l'a fait réagir vivement. Toujours cette contrainte qu'il dénonçait l'été dernier et une certaine logique. "Il y a un danger à dire le vaccin sans test protège, alors qu'on sait très bien que le test avec ou sans vaccin protège."
Résultat croit savoir Guillaume Barucq : " Vous avez des soignants malades positifs qui travaillent au contact et qui ramènent le virus dans les structures de soin ". 

Un pass vaccinal "mort-né" pour Guillaume Barucq

Alors, le pass vaccinal en cours de discussion chez les parlementaires l'interroge tout autant, voire plus.
"On part d'une première mauvaise solution qui était le pass sanitaire, qui a été complètement inefficace puisqu'on voit aujourd'hui des records de contamination depuis le début de la pandémie en France en tous cas. La seule partie qui pouvait contenir une certaine cohérence, c'était de tester les gens. Aujourd'hui, avec le pass vaccinal, on ne teste plus personne et on se repose sur un vaccin qui n'empêche pas les transmissions. On voit du matin au soir des gens vaccinés qui transmettent à leur entourage. "

Donc aujourd'hui, oser faire croire que le pass vaccinal protégerait des lieux ou des personnes contre une contamination est une escroquerie intellectuelle jamais atteinte.

Guillaume Barucq - médecin généraliste à Biarritz

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Le docteur de Biarritz, par ailleurs conseiller municipal, le sait. Sa parole tenue publiquement est un peu isolée en France. "Ce discours me semble un discours de raison. En essayant de tenir un discours raisonnable, on se heurte à un dogme."

Le pass vaccinal est en ce moment discuté et amendé par les sénateurs. Les principales formations politiques, majorité et opposition au Sénat et à l'Assemblée, ont informé qu'elles voteraient pour. Le médecin, rejoint par certains collègues qui observent les contaminations malgré un fort taux de vaccination dans le pays, pose un diagnostic. 

" Pour moi cet outil est mort-né. Imaginons qu'il soit mis en place la semaine prochaine, imaginons que ça convainc quelques non vaccinés, mais pas évident parce que ça les braque plus qu'autre chose, le temps qu'ils aient un schéma vaccinal complet, cette vague là sera déjà passée. "

Le risque de la contrainte vaccinale

Fort de son expérience dans son cabinet au contact des patients, le médecin s'inquiète car il constate une perte de sens : "Aujourd'hui, les gens se vaccinent plus pour une contrainte administrative que pour une raison médicale. Et certains ont même perdu de vue l'objectif médical. "  Or, pour lui, il est évident que dans les temps à venir, nous aurons besoin d'autres vaccinations pour combattre d'autres maladies.

Quelle sera alors la confiance des citoyens après cet épisode de pass vaccinal ? Ces rappels à répétition questionnent et Guillaume Barucq a sa réponse : "Est-ce-que la politique de vaccination tous les trois mois est soutenable, moi je pense que non." Précisément avec un vaccin qui a été conçu avant les variants qui circulent aujourd'hui.

Il rejoint ainsi l'OMS ( organisation mondiale de la santé ) qui affirment ce mardi 11 janvier que combattre la pandémie de Covid-19 à coups de doses de rappel des vaccins actuels n'est pas une stratégie viable. "Une stratégie de vaccination basée sur des rappels répétés" des premiers vaccins "a peu de chances d'être appropriée ou viable", indique dans un communiqué ce groupe d'experts en charge de superviser les vaccins contre le coronavirus.

Comment faire face à l'épidémie ?

Le Docteur Barucq constate déjà que l'aération dans l'intérieur des bâtiments doit être fait sans relâche. 

Il déplore le malaise à l'hôpital, les lits fermés au fil des ans. " Il faut revoir nos capacités hospitalières." prévient-il. A l'unisson des soignants qui manifestaient encore leur désarroi mardi 11 janvier à Bayonne, Bordeaux et partout en France. 

Et Guillaume Barucq est un adepte de la prévention : "Axer tout sur la prévention multi-factorielle". 
Il se rappelle volontiers l'histoire de la tuberculose et l'enfermement, la quarantaine qui ont été prônés par une partie du corps médical quand d'autres plaidaient pour une autre méthode "Mettons les gens à l'air libre, au grand air. Créons des sanatorium, faisons-les bien manger, faire du sport et complémentons ça avec un traitement et un vaccin." 

Et puis pour faire face à l'épidémie, il prône de revoir la copie sur le plan vaccinal. 

Plutôt que contraindre tout le monde de manière indifférenciée, il faut convaincre en priorité les populations à risque.

Docteur Guillaume Barucq

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Le Docteur biarrot pense à celles et ceux qui ne feront pas leur troisième dose. Ils ne devraient d'ailleurs plus disposer de leur pass sanitaire à compter de ce samedi 15 janvier. 
En décembre dernier, Guillaume Barucq a été reçu par la femme du Président, Brigitte Macron, avec quatre autres médecins qui défendent la même approche. "On a été très bien reçus, écoutés pendant deux heures et demi. Sur ce coup-là ( le pass vaccinal ndlr), ça va à l'encontre de ce qu'on a dit." se souvient le généraliste. " En face, on a eu une pression des alarmistes alors que ce sont des médecins qui représentent une minorité."
Il ne perd pas espoir que les voix comme la sienne puissent être audibles et entendues. "Je suis tranquille. Je sais que dans les semaines qui viennent, les mois qui viennent, on nous rappellera en disant : "écoutez on s'est plantés, notre stratégie n'est pas la bonne. De toute manière, ça s'est toujours passé comme ça." Alors, ce serait à l'image de la tuberculose justement. 

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