Dans cet hypermarché de Nice, vous pouvez gagner de l'argent en recyclant vos déchets dits "non recyclables"

Depuis le 31 mars, un kiosque de recyclage est installé sur le parking du supermarché Carrefour de la zone commerciale Lingostière, à Nice. Pour encourager les consommateurs à y déposer leurs déchets non éligibles au tri sélectif, l'enseigne leur offre en échange des bons d'achat.

À première vue, il ne semble pas si évident à trouver. Il vous faudra peut-être même manœuvrer quelques minutes au sein du parking du centre commercial de la zone Lingostière de Nice avant de tomber dessus. Mais lorsqu'on l'aperçoit enfin, le nouveau kiosque de recyclage qui trône au pied du supermarché Carrefour saute aux yeux. 

Il faut dire qu'entre sa peinture bleu cyan et sa masse imposante (il occupe tout de même trois places de parking !), il a fière allure. Pourtant, l'esthétisme n'est pas sa principale vertu, et encore moins sa fonctionnalité première. Ce container sert en réalité à recueillir des déchets dits "non recyclables", mais qui le sont bel et bien. 

Stylos, rasoirs, poêles...

C'est donc en six catégories - chacune ayant son bac de tri respectif - que ces déchets que nous n'avons généralement pas le réflexe de jeter dans nos poubelles jaunes sont répartis.

Il y a une fente pour les brosses à dents et tubes de dentifrice, une pour les rasoirs manuels et les lames, une pour les "instruments d'écriture", une pour les collants, une pour les jeux et jouets (non électriques) et enfin une pour les poêles.

Depuis le 31 mars, il est ainsi possible de déposer ces objets qui peuvent vite devenir encombrants dans ce nouveau kiosque, afin qu'ils puissent être recyclés.

"Ils sont ensuite conduits jusqu'à notre centre de valorisation des déchets situé dans le département du Nord", explique Constance Cesareo, de TerraCycle, l'entreprise qui s'occupe du recyclage en suivant un processus bien précis : "d'abord, on les trie manuellement. Ils sont ensuite stockés puis nettoyés avant que l'on procède à la séparation des matériaux afin de réduire leur taille. À la fin, les métaux sont agrégés en lingots et les plastiques en granulés". 

Sous ces formes, les anciens déchets seront ensuite revendus à des entreprises manufacturières. Celles-ci les transformeront à nouveau pour confectionner des meubles, des revêtements de sol d’extérieur ou de terrains d'athlétisme, des palettes d’expédition en plastique, des dalles de sol... L'expérimentation est pour l'instant mise en place dans six villes françaises : Athis-Mons, Angoulins, Évreux, Laval, Nice et Vaulx-en-Velin. Elle pourrait être élargie si elle s'avère concluante.

Des bons d'achat... peut-être pas si bons

Utiliser ce nouveau kiosque est incontestablement un geste écolo, mais pas seulement, puisque le magasin de l'enseigne française de la grande distribution Carrefour propose de recevoir en échange des produits déposés des bons d'achat allant de 50 centimes à 15 euros. Ceux-ci sont utilisables uniquement sur les produits des marques partenaires au dispositif, à savoir BIC pour les stylos, DIM pour les collants et bas, Hasbro pour les jouets, Philips pour les rasoirs et les brosses à dent, et Tefal pour les poêles et casseroles.

Ces cinq entreprises "partenaires" financent le programme. Dans cette opération commerciale les associant au géant de la grande distribution Carrefour et à l'entreprise américaine Terracycle, on peut s'interroger sur les motivations de cette dernière à traiter avec des entreprises non réputées pour leur impact positif sur la pollution plastique.

Des questionnements déjà pointés par certains acteurs, lorsque ce ne sont pas carrément des polémiques.  

Un public à trouver

Assez pour rebuter les clients du supermarché Carrefour-Lingostière à utiliser ce nouveau kiosque de recyclage ? Pas certain. Et heureusement, car pour l'instant, ils n'ont pas l'air d'être très nombreux à être conquis. Bien qu'aucun chiffre ne soit dévoilé, "la mise en place du dispositif étant encore trop récente", Constance Cesareo de Terracycle en est certaine : "l'entrain est là".

On ne veut pas jouer les rabat-joie, mais lors de notre passage - certes éclair, d'environ une heure - nous n'avons pas vu grand monde s'arrêter, ni même s'intéresser, au gros container bleu. 

Cela nous est confirmé par Léa*. "J'ai passé trois heures à faire la promotion du kiosque et à indiquer aux gens à l'intérieur du supermarché qu'il y avait ce nouveau système, puis une heure à côté du kiosque pour évaluer l'affluence. Je n'ai vu personne", témoigne-t-elle. Engagée pour la première fois en tant qu' "ambassadrice" de l'opération par une entreprise d'intérim, la jeune femme termine son "shift" de 4 heures en changeant les sacs plastique dans lesquels sont jetés les objets déposés. Dans l'ouverture de la porte en fer qui permet d'accéder à l'intérieur du container, elle nous laisse jeter un œil pour les observer. 

Hormis une petite dizaine de brosses à dents, quelques stylos et une casserole avec son couvercle, nous constatons qu'ils sont presque vides. Aucun collant, aucun jouet... Nous le faisons remarquer à Léa. Elle acquiesce, pas étonnée. "Quand je déambulais dans le supermarché, il y a même des gens qui m'ont dit « je ne vous mens pas, moi le tri...", comme s'ils s'en fichaient", raconte-t-elle, avant d'ajouter, pour nuancer : "mais la plupart m'ont dit que c'était une bonne idée".

Une complexité numérique

"Oui, l'idée je la trouve géniale", confie Marie-Jeanne, rencontrée sur le parking du Carrefour, juste en face du kiosque de recyclage. "Plutôt que de jeter à la poubelle, c'est plus écologique. Et c'est aussi plus économique car si on a un petit bon d'achat en plus, même pas grand-chose, c'est pas mal ! Surtout en ces temps de baisse du pouvoir d'achat", continue celle qui travaille au magasin Leroy Merlin, tout proche du Carrefour. 

Marie-Jeanne a découvert le kiosque par hasard, en allant à son travail. Aujourd'hui, elle s'est arrêtée pour déposer une poêle qu'elle n'utilise plus. Mais les complications commencent au moment d'entreprendre les démarches pour recevoir le bon d'achat promis en échange. Il faut scanner sur une application, "Recycle+Save", le QR code affiché sur le container. "Ce n'est pas intuitif du tout, il n'y a aucune explication", déplore Marie-Jeanne.

Assise sur le siège conducteur de sa voiture, portière ouverte, elle doit créer un compte sur l'application. "J'ai essayé de rentrer mes deux adresses mail, il n'y en a aucune qui marche. Ils me disent « le format de l'adresse est incorrect, merci de recommencer »", s'exaspère-t-elle.

Au bout d'une dizaine de minutes d'essais infructueux, Marie-Jeanne désespère : "C'est dommage, quand on voit ça comme ça, on se dit que ça va être simple. Mais non !". Résignée, elle jette finalement tout de même sa poêle dans le container. Après elle, nous n'avons plus vu personne s'approcher du kiosque de recyclage.

Dans la même idée, l'agglomération Cannes Lérins déploie depuis 2018 une solution afin d’améliorer le recyclage du verre. Le principe est simple : si vous apportez au recyclage vos déchets en verre, vous remportez des points à convertir en bons-cadeaux. Grasse dispose du même système.

*Le prénom a été modifié

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