La première photo de James Webb, dévoilée par Joe Biden avant l'heure, décryptée par un chercheur azuréen

Publié le Mis à jour le
Écrit par Gregory Bustori .

C’est une actualité scientifique tellement importante que c’est le président des Etats-Unis, Joe Biden himself, qui l’a annoncé dans la nuit de lundi à mardi : la première photo de James Webb est arrivée sur Terre. Un cliché que nous décrypte l'astrophysicien azuréen Eric Lagadec.

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Une multitude de tracés de couleurs, des étoiles et des galaxies… Le tout sur fond noir, témoignage des confins de l’espace où nul homme n’est jamais allé.

"James Webb Space Telescope; Deep Field SMACS 0723" est le nom du tout premier fichier reçu sur Terre par l'Agence spatiale américaine. 

Pour des yeux profanes, cette première réalisation de James Webb peut ressembler à mille autres. Et pourtant, ce cliché reçu par la NASA laisse entrevoir les capacités de cet outil exceptionnel.

C’est le début d’une belle aventure

Eric Lagadec est un astrophysicien heureux. Actuellement en vacances, il devrait décrocher sa tête des étoiles, mais, depuis cette annonce de la NASA, il n'a pas pu détourner son regard de ce cliché exceptionnel.

Ce mardi, il a prévu d'écourter sa séance à la plage pour pouvoir rentrer découvrir le nouveau jeu de données que l'agence spatiale américaine doit livrer à la communauté scientifique dans l'après-midi. 

Le pensionnaire de l'Observatoire de la Côte d'Azur, et président de la Société Française d'Astronomie et d'Astrophysique n'en revient toujours pas : "Déjà c’est la première image d’un télescope que l’on attend depuis 20 ans, c’est le plus grand jamais envoyé dans l’espace. Quelque part, j’ai envie de dire que c’est le début d’une belle aventure. C’est le début, et cela va durer encore 20 ans. Il y avait cet enthousiasme de la part des astronomes car nous avons un nouvel outil magnifique pour observer l'univers."

Comme lui, beaucoup de scientifiques européens et français travaillent sur les données produites par  le désormais célèbre James Webb Space Telescop, en anglais dans le texte.

La structure entière, elle fait la taille d'un terrain de tennis, je ne sais pas si vous imaginez.

Eric Lagadec, président de la Société Française d'Astronomie et d'Astrophysique

Un outil révolutionnaire 

Rien que d'y penser, on sent poindre un mélange d'émotions et d'émerveillement lorsqu'Eric Lagadec parle de JWST : "on a un télescope de 6 mètres 50 qui observe dans l'infrarouge, qui va permettre de découvrir plein de nouvelles choses."

Pour tenter de faire comprendre le minuscule fragment que représente cette photo hors du commun, l'astrophysicien niçois précise sa pensée : "cette première image est assez révolutionnaire car ce qu'ils ont décidé de montrer, ce sont des images de galaxies comme on en a jamais vu avant. Elles se sont formés juste après le big bang. C'est comme si vous preniez un grain de sable, vous le mettez sur le bout de votre doigt, vous tendez votre bras, et vous regardez le ciel. L'angle par lequel vous observez ce grain de sable qui est un tout petit angle, c'est cette portion du ciel que l'on regarde. C'est ce qu'ils ont regardé là, et ils ont vu des milliers de galaxies, c'est hallucinant. Certaines sont à 13 milliards d'années lumières".

Vous avez bien lu, on parle ici en milliards d'année, de quoi potentiellement changer notre savoir sur les origines de l'univers. 

"On voit un petit peu notre Histoire, on va comprendre un petit peu mieux, grâce à cela, comment se sont formées les galaxies, dont la nôtre" poursuit Eric Lagadec.

Des images riches d'enseignements

Sur cette seule image, les scientifiques tirent déjà des enseignements. En jouant sur la saturation de celle-ci, c'est une myriade de galaxies qui est déjà visible.

Cette photographie infrarouge révèle aussi la différence de résolution entre l'ancien outil Hubble, le télescope lancé en 1990, dont le seul coût de fabrication avait atteint les 2 milliards d'euros, en faisant l'objet scientifique le plus onéreux de l'époque, et la finesse des outils embarqués à bord de James Webb qui affichent une résolution largement inégalée.

Dans l'attente de nouvelles images de la NASA, les amateurs de ces aventures spatiales peuvent suivre le direct de l'agence basée à Houston.

James Webb doit tutoyer les confins de l'espace encore deux décennies. La qualité du lancement, par l'Agence spatiale européenne, a permis de mettre le télescope en orbite de manière si précise, qu'il a gagné en durée de vie, lui qui n'était promis à une vie dans l'espace que pour 10 ans.

"Ce mardi après-midi, il y a un spectre d'exoplanète qui va sortir, il y a une étoile qui est en train de mourir qui va avoir une image aussi, on va pouvoir voir un endroit où se forment les étoiles..." se réjouit le scientifique azuréen.

Quand Biden dévoile la photo avant l'heure

Cette image devait être révélée au public seulement ce 12 juillet. POTUS, l'homme le plus puissant du monde, n'a pu que s'incliner devant un tel cliché. A tel point que Joe Biden a souhaité la dévoiler aux yeux du monde bien avant l'heure.

Je l'ai appris dans la nuit, avec un collègue qui bosse pour la NASA à Baltimore. il m'a dit 'surprise', on a montré les photos à Joe et il était content, il voulait les montrer lui-même.

Eric Lagadec, astrophysicien niçois

"Ca m'a surpris, ça a surpris les gens sur place, et d'ailleurs pour moi c'était aussi quelque chose d'important. Ce n'est pas parce que c'est Joe Biden qui la montre que c'est n'est une réussite "que" américaine. Il y a aussi des Canadiens, des Européens qui ont travaillé à ça, et beaucoup de Français." renchérit Eric Lagadec.

L'exécutif américain a pris la parole depuis la Maison-Blanche pour le briefing de la NASA...

Il y a plusieurs programmes suivis par les chercheurs azuréens de l'Observatoire de la Côte d'Azur : formation des galaxies dans l'univers jeune, exoplanètes, études de la mort et de la poussières d'étoiles. Le travail ne fait que commencer, une bonne nouvelle pour ces scientifiques en ce mois de juillet.

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