Nice : des élus écologistes appellent à stopper l'extension de l'aéroport suite à un rapport alarmant du Giec

Suite à la publication d'un rapport préoccupant des experts de l'ONU, des élus écologistes appellent Christian Estrosi à s'opposer à l'extension du T2 de l'aéroport de Nice. D'ici 2030, selon eux, il devrait doubler le nombre de ses vols et s'étendre sur une zone menacée par la montée des eaux.

50% de vols supplémentaires d'ici 2030, et des milliers de tonnes de CO2 dans leur sillage : cela fait plusieurs années qu'élus de l'opposition et associations de défense de l'environnement combattent l'extension du terminal 2 de l'aéroport de Nice Côte d'Azur.

Sauf que la publication lundi 9 août d'un rapport catastrophique du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) vient encore accélérer l'urgence. Ce rapport prédit, entre autres, les terribles conséquences du réchauffement climatique sur le bassin méditerranéen, ce qui a poussé les élus écologistes de Nice Métropole à adresser une lettre à Christian Estrosi pour le presser à prendre position contre un projet "climaticide". 

"Nous vous appelons donc à votre sens des responsabilités et vous exhortons à renoncer à l'extension de l'aéroport", écrit le groupe des élus niçois de la métropole dans sa lettre envoyée mardi 10 août. 

D'abord, parce qu'avec 20.000 vols et 7 millions de passagers supplémentaires, les émissions de CO2 ne vont aller qu'en augmentant, s'inquiète Hélène Granouillac, conseillère municipale et métropolitaine à Nice. "Faire un choix qui favorise la dégradation de la santé humaine ou encore de l'environnement, c'est aller à l'encontre du sens de l'histoire", défend-t-elle.

Ensuite, parce que l'aéroport est lui-même situé sur une zone menacée par la montée des eaux. C'est ce qu'explique l'écologue du CNRS Wolfgang Cramer dans une interview à Nice-Matin : "Ce sera difficile de protéger des zones basses, comme par exemple l’aéroport de Nice, même avec des grosses digues", détaille-t-il. 

"À l'aune de tels bouleversements, votre obstination à soutenir cette extension pourrait s'avérer criminelle", concluent les élus. 

Un cri d'alerte au maire de Nice

Le projet d'extension du T2 a été validé en 2019 par le préfet des Alpes-Maritimes, mais si les élus s'adressent à Christian Estrosi, c'est qu'il s'est prononcé en faveur des travaux en y voyant un "soutien à l'économie". 

La crise sanitaire est aussi venue appuyer cette décision, le premier adjoint Anthony Borré précisant à France Bleu Azur début 2021 que l'extension permettrait de mieux accueillir les passagers en respectant la distanciation sociale. 

"L'heure est venue de revenir au bon sens et d'investir cet argent dans la lutte contre l'urgence climatique", estime Hélène Granouillac, qui déplore la "caution morale" que le maire de Nice apporte à ce projet. 

"Pour rappel, les émissions de CO2 de la métropole Nice-Côte d'Azur, que vous présidez, n'ont quasiment pas baissé depuis 2012", ajoutent les élus dans leur lettre. "L'extension du terminal 2 [...], le bétonnage de la Plaine du Var, tous projets anachroniques et carbonés doivent être suspendus".

Sollicitée, la mairie de Nice n'a pas souhaité réagir à ce courrier. Elle renvoie plutôt vers la préfecture des Alpes-Maritimes, qui est l'origine de cette extension du permis de construire. 

Des associations environnementales avaient d'ailleurs déposé un recours au tribunal administratif de Marseille pour tenter de le faire annuler début 2020, recours finalement rejeté le 28 février de la même année.  

Sur ses réseaux sociaux, le maire de Nice a réagit au rapport du Giec en défendant son plan Climat air énergie territorial, porté par la ville et la métropole Nice Côte d'Azur.

"Nous avons pursuivi nos efforts, notamment en accélérant la décarbonation des transports, en portant un plan vélo ambitieux ou encore en redonnant à la nature sa place au cœur de Nice", écrit-il. 

Péril climatique en Méditerranée

Publié lundi 9 août, le 6e rapport des experts climats de l'ONU met en avant les conséquences désastreuses du réchauffement climatique dès les prochaines années, insistant sur l'ifluence majeure des activités humaines et pressant à mener des politiques ambitieuses pour ralentir la catastrophe. 

Pour le directeur de recherche au CNRS Wolfgang Cramer, cela se traduira en Méditerranée par une multiplication des catastrophes naturelles, comme la tempête Alex qui a durement frappé la vallée de la Roya en 2020, et une hausse du niveau de la mer mettant en péril habitations et infrastructures.

Le littoral méditerranéen est, de plus, menacé par une forte sécheresse qui impactera l'agriculture et autres activités humaines. Un ensemble d'éléments qui aura de lourdes conséquences sur la santé et la stabilité des populations, qui pourraient être amenées à devoir se déplacer massivement.  

D'après les prévisions de Wolfgang Cramer, la presqu'île de Giens pourrait aussi être l'une des premières victimes de la montée des eaux dans le bassin méditerranéen.