Rapport du Giec : l'aéroport de Nice et la presqu'île de Giens menacés, les réactions sur les réseaux sociaux

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Écrit par Aline Métais avec AFP.
Vue aérienne de l'aéroport Nice Côte d'Azur : les pistes de décollage et d'atterrissage sont situées au niveau de la mer.
Vue aérienne de l'aéroport Nice Côte d'Azur : les pistes de décollage et d'atterrissage sont situées au niveau de la mer. © Valéry Hache - AFP

Le nouveau rapport "terrifiant" des experts du climat de l'ONU a provoqué lundi une avalanche de commentaires. L'aéroport de Nice Côte d'Azur et certaines zones côtières pourraient disparaître. Responsables politiques et internautes réagissent.

On savait que la planète allait mal. Les prévisions effrayaient les citoyens, même les plus sceptiques. Mais dans ce rapport, les experts prédisent : le changement climatique, c'est maintenant. Incendies en Grèce, canicule au Canada, inondations en Allemagne et en Belgique... les événements tragiques de cet été 2021 semblent leur donner raison.

Des dirigeants de la planète aux militants climat, le nouveau rapport "terrifiant" des experts climat de l'ONU a provoqué lundi une avalanche de réactions, entre espoirs de ralentir le désastre par des actions immédiates et appels à la mobilisation citoyenne pour maintenir la pression.

"C'est de pire en pire et de plus en plus vite"

"Vous nous parlez depuis plus de 30 ans des dangers de laisser la planète se réchauffer. Le monde a écouté, mais n'a pas entendu. Le monde a écouté, mais n'a pas agi assez vigoureusement. Résultat : le problème que représente le changement climatique est là maintenant. Personne n'est en sécurité. Et c'est de pire en pire de plus en plus vite", a déclaré Inger Andersen, patronne de l'ONU-Environnement.

Ce lundi, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), a rendu public le premier volet de son 6ème rapport qui traite des bases physiques du changement climatique. Il sera suivi en 2022 des deux autres volets, portant l’un sur les impacts, l'autre sur les atténuations possibles.

Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS, à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale, à Aix-en-Provence, participe à ces travaux. Il évoque dans le quotidien local Nice Matin quelques-uns des aspects du changement climatique et ses conséquences dans la région avec "la hausse du niveau de la mer, (qui) risque de rendre nécessaire le déplacement de populations". La région a déjà subi des catastrophes naturelles : inondations en octobre 2020 (cf. photo), mais aussi en 2019 et 2015, ainsi que des glissements de terrain et des épisodes méditerranéens tragiques. 

Nous craignons qu’il y ait encore plus de morts, soit à cause des canicules, soit par le choc thermique, la déshydratation. On redoute aussi qu’il y ait aggravation de maladies déjà existantes. Et cela touchera surtout les personnes défavorisées, les personnes âgées, comme on l’a vécu en France, lors de la canicule en 2003. Mais il y aura aussi d’autres évènements extrêmes, comme on l’a vu dernièrement, avec les incendies et les crues un peu partout en Europe. Des crues comme celle de 2020 dans la Roya.

Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS

"Cela ne sera plus une presqu’île"

En région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, le chercheur précise dans le quotidien niçois les risques pour la population : 

La hausse du niveau de la mer risque de rendre nécessaire le déplacement de populations, par exemple en Camargue, aux Saintes-Marie-de-la-Mer. On ne peut plus exclure le risque de plusieurs mètres d’augmentation du niveau de la mer à la fin du siècle. Et dans ce cas, ce sera difficile de protéger des zones basses, comme par exemple l’aéroport de Nice, même avec des grosses digues. Et aussi la presqu’île de Giens, car dans le Var, avec un mètre de plus, c’est clair que cela ne sera plus une presqu’île. Mais aucune région côtière dans le monde n’échappera à des conséquences. 

Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS

Sur Facebook, le maire de Nice, Christian Estrosi, a aussi réagi dès la publication de ce rapport en mettant en avant la politique initiée par la métropole : 

Le 25 octobre 2019, notre Métropole s’engageait avec le Plan Climat Air Énergie Territorial pour apporter une réponse aux défis du changement climatique : favoriser les circuits courts et l’alimentation locale, les mobilités douces ou encore la gestion durable de ses ressources. Depuis, nous avons poursuivi nos efforts, notamment en accélérant la décarbonisation des transports, en portant un plan vélo ambitieux ou encore en redonnant à la nature sa place au cœur de #Nice06. Nous faisons le choix d'une écologie pragmatique, concrète et efficace.

Christian Estrosi, maire de Nice, président de la métropole Nice Côte d'Azur sur Facebook.

"Quid de l’extension de l’aéroport ?"

Sur Twitter, Robert Injey, responsable du PCF à Nice, réagit également à la conséquence de la montée des eaux : "il y a urgence à stopper tout projet d'agrandissement de l'aéroport de Nice et toute urbanisation de la plaine du Var. La tempête Alex doit nous servir de leçon."

Les internautes ont compris qu'il fallait changer de mode de vie : "Changer ses habitudes domestiques de consommation et de déplacement c’est un début mais si le trafic professionnel maritime, aérien et routier, lui, reste inchangé là encore, c’est un coup d’épée dans l’eau."

Nadine renchérit : "Alors les bateaux de croisière, les avions, la déforestation, la Chine et les Etats-Unis qui font n'importe quoi. Le bétonnage des territoires, le Brésil et l'Amazonie qui pratiquent la déforestation. Le problème c'est qu'il y a trop d'argent en jeu."

Alain pointe la contradiction entre circulation douce et développement du transport aérien : "Commencez par réduire l'afflux d'avions sur Nice, c'est bien beau de nous dire de prendre le vélo le tramway et autres, qui ne dessert pas tout sur Nice qui est faite de collines... j'aimerais bien vous voir grimper avec un vélo bleu 5 fois par semaine." Et Fabienne s'interroge : "Quid de l’extension de l’aéroport ?"

"Ce n'est pas chez Ikea qu'on va acheter nos légumes frais locaux, ça c'est sûr !"

Jérôme s'emporte : "en urbanisant et inondant de béton et de centres commerciaux au maximum la seule vallée et terre agricole de Nice ? La plaine du Var ? Ce n'est pas chez Ikea qu'on va acheter nos légumes frais locaux, ça c'est sûr !

Pascal s'interroge : "le fait de mettre les Niçois à vélo va t-il empêcher les français d’acheter des cerises au mois de janvier ou d’acheter des jeans qui ont parcouru 1,5 fois le tour de la Terre pour arriver dans nos magasins ? Arrêtez les croisières qui polluent un max et obligez les français à planter des arbres."

Mais pour Pierre, les autres pays doivent s'y mettre : "N'en demandons pas trop aux Niçois, mais soyons plus exigeants pour la Chine, l'Indonésie et le sous-continent indien !"

Prune est très pessimiste : "ça fait un moment qu’on avertit le monde du massacre de la planète... Bien trop tard pour changer notre façon d’être, c’est le début de la fin de l’humain... est-ce un mal ?

"Notre génération est la dernière à pouvoir arrêter ce processus"

Le débat n'est pas fini. Mais il n'y aura peut-être plus beaucoup de temps pour en discuter. Le scientifique prévient que la grande machine du dérèglement climatique est lancée : 

Même si dans le futur lointain, de nouvelles technologies permettront peut-être de mettre à zéro les émissions de gaz à effet de serre, une fois qu’on a déstabilisé la mer et les grands glaciers, on ne pourra pas arrêter la hausse du niveau de la mer. Cela veut dire que dans 200 ou 300 ans, certaines villes comme Venise ou Martigues, ne pourront plus être protégées. Notre génération est la dernière à pouvoir arrêter ce processus. 

Wolfgang Cramer, directeur de recherches au CNRS

En tirant la sonnette d'alarme au coeur de l'été, les scientifiques du Giec ont rappelé que la priorité était la sauvagarde de la planète. Ils ont réussi à faire passer le fameux virus qui empoisonne la vie de ses habitants au second plan. 

 

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