On vous explique la polémique autour de prières présumées dans des écoles de Nice

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La ville de Nice et le rectorat ont dénoncé une nouvelle série de prières dans des cours de récréations d'écoles primaires ces derniers jours. Des parents d'élèves ont été convoqués. On fait le point sur un sujet sensible.

Depuis les premières révélations de prières musulmanes dans l'enceinte d'écoles de Nice, en juin dernier, avec des soupçons de radicalisation religieuse, les dénonciations de faits similaires se sont de nouveau multipliés ces derniers jours, et avec eux les condamnations médiatiques et les convocations de parents d'élèves...

Que s’est-il passé dans plusieurs écoles de Nice ?

Lundi 13 novembre, dans un communiqué de presse commun, la Ville de Nice et l'académie révèlent une "atteinte à la laïcité dans une école niçoise". Le document précise que "deux enfants de CE2 (ont) organisé ce jour une prière dans l’enceinte de leur école".

Selon plusieurs sources, il s'agit de l'école Saint-Sylvestre située à Nice-Nord, et où un cas de prière avait déjà été signalé en juin. Il concernait alors des enfants en cours moyen.

Le lendemain, mardi 14 novembre, un nouveau signalement concerne deux autres élèves d'une école primaire de Nice, là encore.

Jeudi 16 novembre enfin, un nouveau cas est signalé à l'école Pierre-Merle, à deux pas du port de Nice. Cette fois, ce sont trois élèves de CE2 qui auraient participé à une prière dans la cour de l'établissement.

Un simple jeu d'enfants ?

Convoqués en mairie, les parents des trois élèves de CE2 de l'école Pierre-Merle, ont expliqué à l'adjoint au maire délégué à l’Éducation qui les a reçus qu'eux et leurs enfants ne sont pas musulmans et que ce qui a été pris pour une prière étaient un jeu autour d'une bâche blanche dans la cour, comme le révèle Nice-Matin ce lundi.

Ce lundi à la sortie des classes de 11h30, le père de l'un des garçons impliqués dans l'histoire confirmait à une équipe de France 3 Côte d'Azur les circonstances du quiproquo : "c'est un jeu d'enfant, il y a une bâche pendue à un arbre depuis plus d'une semaine, ils disaient que c'est un fantôme dans l'arbre..."

Pour ce parent d'élève, l'affaire est aussi absurde que grave : 

Je connais très bien les deux autres familles, aucun d'entre nous n'est croyant ou pratiquant ou quoi que ce soit. Après les excuses qu'on a reçu de la mairie ils ont pas dit qu'ils s'étaient trompés. C'est grave parce que ça décrédibilise l'école, qui est une bonne école.

Le papa d'un des élèves impliqués

France 3 Côte d'Azur.

Contactés, la Ville de Nice et le rectorat maintiennent qu'il s'agissait bien de prières, faits que les deux institutions condamnent. Dès jeudi dernier sur BFM Côte d'Azur, la rectrice Natacha Chicot affirmait : "Christian Estrosi et moi considérons que c'est très grave et qu'il ne faut rien laisser passer".

Que dit la loi au sujet de la prière à l'école ?

La rectrice d'académie rappelle, par la voix de son service de communication, que la base légale est "la loi de 2004 qui prévoit que les prières sont interdites, quelles qu'elles soient". Problème : la loi du 15 mars 2004 ne fait pas explicitement référence aux prières.

Elle prévoit simplement que "dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit".

Pour l'avocat parisien Louis le Foyer de Costil, spécialisé en droit de l'éducation,""un élève a le droit de prier à l’école (...) Le principe de laïcité ni aucun principe juridique n’y fait en effet obstacle".

Selon le juriste, la loi de 2004 ne peut être invoquée, "sauf à ce que la prière soit effectuée dans une tenue religieuse" précise-t-il sur son site internet.

"L’élève dispose (...) d’une liberté de culte qui lui permet, s’il le désire et à condition que cela ne trouble pas le bon fonctionnement de l’établissement, de prier à l’école" note son confrère Me Théo Clerc.

Selon cet autre spécialiste en droit de l'éducation, la prière à l'école n'est pas interdite, mais sa pratique "ne doit pas être ostensible, porter atteinte au bon fonctionnement de l’établissement ou porter atteinte aux libertés des autres élèves".

 Un établissement peut-il tout de même encadrer ces pratiques ?

S'il n'existe donc pas d'interdiction générale de prier à l'école pour les élèves, chaque établissement peut le faire via son règlement intérieur.

"Au regard des événements et des répercussions que pourrait avoir une prière dans l’établissement, souligne Me Théo Clerc, ce dernier pourrait encadrer ou restreindre le droit à la prière pour un élève".

Comme le confiait en juin Otmane Aissaoui, co-président du Rassemblement des imams des Alpes-Maritimes, "la prière doit être réalisée dans l'intimité avec son seigneur, sûrement pas sous le regard des autres." Une prière, par principe, ne se déroule donc pas dans une cour d'école.

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