Prisons : la maison d'arrêt de Nice est l'une des plus surpeuplées de PACA

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Écrit par Inès Guillemot avec Norbert Evangelista

La surpopulation carcérale a atteint des niveaux records, en France, en novembre. À Nice, la maison d'arrêt figure parmi les établissements les plus en tension, avec 152,6% d'occupation.

La maison d'arrêt de Nice avait déjà fait parler d'elle, cet été : dans certaines cellules, la température avait atteint 40 degrés au plus fort de la canicule, favorisée par la surpopulation carcérale, avec, derrière, des situations d'extrême tension, selon les syndicats.

Quatre mois plus tard, la canicule partie, la situation n'a guère évolué. Ils seraient bien souvent trois détenus à vivre dans des cellules de 9m².

"Vous imaginez bien qu'avec un lit gigogne, un bureau et deux petites armoires, il y a un réel problème de place", décrit Jean-Laurent Bracq, de l'association nationale des visiteurs de personnes sous main de justice (ANVP). Les cellules sont prévues pour deux détenus. Lorsqu'un troisième s'installe, un matelas est posé sur le sol.

"La journée, il est rangé sous le lit et tiré la nuit pour que la personne puisse dormir. Vous imaginez bien que dans un tel contexte, il puisse y avoir des problèmes de violences".

Parmi les 56 prisons françaises les plus surpeuplées

Les récentes statistiques du ministère de la Justice, parues en novembre, étayent ce constat : le taux d'occupation de la maison d'arrêt de Nice atteint 152,6%, avec 554 détenus pour une capacité de 363. L'établissement se classe ainsi parmi les 56 prisons françaises les plus surpeuplées, qui dépassent ce seuil des 150%.

En Provence-Alpes-Côte-d'Azur, il est le deuxième établissement le plus dense, après le centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet (Vaucluse), à 153,3%.

Le chiffre "n'a rien de surprenant" pour Charline Becker, coordinatrice de l'Observatoire international des prisons (OIP) dans le Sud-Est, qui alerte depuis des années sur la situation dans les prisons françaises.

Cela fait plus d'un an et demi que les prisons font face à une hausse inexorable de la surpopulation, sans que rien ne soit fait pour l'endiguer.

Charline Becker, coordinatrice de l'OIP Sud-Est

En France, le nombre de détenus a atteint un record absolu en novembre, à 72.809.

Le précédent record datait de mars 2020, à la veille du confinement décidé pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et qui avait entraîné une chute drastique du nombre de prisonniers, indique l'AFP: il y avait eu moins d'entrées en détention et des mesures de libérations anticipées. La maison d'arrêt de Nice avait alors atteint jusqu'à 142,7% de taux d'occupation (janvier 2020).

Depuis, les statistiques sont remontées régulièrement jusqu'à atteindre ce plus-haut historique au mois de novembre.

185% d'occupation dans le quartier des hommes

Mais "ces données cachent des réalités préoccupantes", relève Charline Becker : à Nice, le taux d'occupation grimperait à 185% dans le quartier des hommes. Le quartier des femmes afficherait, lui, 100%. En semi-liberté, il y aurait environ 20 détenus pour 40 places.

Une surpopulation carcérale "qui entraîne de la violence et des tensions", affirme Karim Tarrou, représentant syndical FO du personnel de surveillance sur le plateau du 19/20 de France 3 Côte d'Azur. Résultat : une hausse des arrêts maladie au sein du personnel et "du mal à recruter".

Nordine Souab, secrétaire local du syndicat UFAP UNSa de la prison niçoise, plaide pour la construction d'un centre de détention régional (destiné aux moyennes et longues peines, contrairement à la maison d'arrêt) dans les Alpes-Maritimes, avec 450 places, pour désengorger les établissements de Grasse et de Nice.

"Cet établissement pourrait voir le jour sur la plaine du Var, et non à Nice, pour limiter la pression foncière, car il n'y a pas besoin de proximité avec le tribunal judiciaire contrairement à une maison d'arrêt", rappelle-t-il. Un projet de ce type avait été évoqué en 2020 par Nicole Belloubet, alors ministre de la Justice.

Mais depuis, "rien n'est tranché", déplore-t-il. De nouvelles places de prison ont été annoncées, courant 2021, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur : construction d'un nouvel établissement au Muy (Var) ou encore de la prison des "Baumettes 3" à Marseille. Mais rien n'est prévu pour Nice, dans le cadre du plan prisons, regrette le syndicaliste.

"Fausse bonne idée"

Pour Charline Becker, de l'OIP, en revanche, "la construction de nouvelles prisons est la pire des fausses bonnes idées". "Depuis 30 ans, il a été démontré que plus on construit, plus on incarcère. Cela coûte très cher et accapare un tiers du budget de l'administration pénitentiaire. Quand les autres possibilités, tournées vers l'accompagnement et l'aménagement des peines, restent largement sous-exploitées".

À l'origine de l'engorgement des prisons, elle note "la pénalisation d'un nombre de plus en plus important de délits".

"On ne sait pas où cette surpopulation va s'arrêter", s'inquiète Charline Becker, qui rappelle que la densité dépasse les 200% dans six établissements pénitentiaires français.

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