Procès de l'attentat de Nice : 5 personnes sur la Promenade des Anglais mais toute une famille touchée par le drame

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Écrit par Pauline Thurier .

Odile Caleo, son compagnon Mathias et sa mère Jocelyne sont tous les trois décédés lors de l'attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais à Nice. Ils étaient venus au feu d'artifice avec deux de leurs nièces, Emma, 13 ans, et Soad, 15 ans. Leur famille a témoigné ce jeudi 22 septembre lors du procès au palais de justice de Paris.

Le jeudi 22 septembre dans l'après-midi, cinq témoins ont déposé à la barre devant la cour d'assises spéciale. Au fur et à mesure de leur récit, les liens familiaux qui les liens entre eux et à trois victimes décédées lors de l'attentat sur la Promenade des Anglais à Nice se précisent et leur témoignage montre l'ampleur des dégâts causés au sein de cette famille endeuillée.

Le 14 juillet 2016, Soad et Emma, deux adolescentes de 15 et 13 ans, qui vivent alors en Afrique avec leurs parents, se rendent au feu d'artifice en compagnie de leur grand-mère Jocelyne, leur tante Odile et leur oncle Mathias. Les deux soeurs s'étaient rendues en vacances en France avec leur mère et leur grande soeur Dina parce que "avec le contexte électoral en Afrique, c'était plus sûr de venir en France", explique Soad à la cour, avec un étranglement dans la voix. Ce soir-là, Dina et leur mère étaient parties en Bretagne.

Après le feu d'artifice, le groupe marchait sur la Promenade pour rentrer. L'arrivée du camion les prend par surprise et sépare le groupe. Soad raconte d'une voix précipitée qu'elle a eu un mauvais pressentiment et s'est retournée quelques instants avant de voir passer cette "grande forme blanche" à côté d'elle. Elle s'est mise à courir sans savoir où aller et se réfugie au West End Hôtel. Soad rencontre deux dames qui lui inspirent confiance et leur demande si elle peut utiliser leur téléphone. Elle connait un seul numéro, celui de son père, toujours en Afrique. "J'avais entendu le mot attentat, j'avais 15 ans je ne comprenais pas trop ce que ça voulait dire mais je lui ai dit "Papa, il y a eu un attentat"", retrace-t-elle devant la cour.

Toujours sur la Promenade, sa soeur Emma, qui a renoncé à témoigner au procès, se retrouve grièvement blessée. "Elle a été brulée sur les jambes, les bras et le visage, détaille Dina, sa grande soeur, qui témoigne en même temps que Soad. Elle avait de gros hématomes partout sur le corps." Juste après le passage du camion, un homme repère qu'Emma est encore vivante et s'empresse de venir auprès d'elle. Cet homme, Sébastien Lherbet, témoigne aussi ce mercredi devant la cour : 

J'ai tourné la tête j’ai vu cette petite fille par terre. Je lui ai pris la main et je ne l'ai plus lâchée. Elle était dans un état assez grave, j’ai compris que si je lui lâchais la main, il y avait des risques que je la perde. Elle avait perdu la vue. Je regardais le camion continuer à rouler et elle me répétait en boucle son âge, son nom et me demandait où était sa famille. J’avais peur de lui dire ce qui se passait. Il n'y avait que moi et tous les gens morts autour de moi. J’avais peur que sa famille soit autour de nous.

Sébastien Lherbet

Plusieurs jours de doute et d'espoir

Odile, sa mère Jocelyne et son compagnon Mathias sont décédés ce soir-là mais leur famille n'en aura le coeur net que quelques jours plus tard. Le père de Mathias, Jean-Pierre, raconte à la cour cette attente. "On est allés de bonne heure le lendemain à l'hôpital Pasteur pour voir si on pouvait avoir le nom de mon fils. Il n'y avait pas son nom. On est allés à L'Archet, Saint George, la Fontonne à Antibes et même à Monaco. On a demandé à la préfecture et au CUM..." Les noms de Mathias, Odile et Jocelyne n'apparaissent nulle part.

Valérie, la cousine d'Odile, fait le même parcours, en vain. Elle a recueilli chez elle les deux adolescentes, dont elle est aussi parente. La mère de Soad et Emma est arrivée le 15 juillet au soir chez Valérie également, avec Dina la grande soeur. C'est Dina qui a eu la responsabilité d'annoncer à sa mère qu'il y avait eu un attentat à Nice. En larmes devant le président de la cour, elle raconte : 

J'ai été la première à apprendre qu'il y avait un attentat à Nice, par mon père. Soad avait pu le contacter et il m'a appelé moi parce que notre mère est fragile psychologiquement. J'ai dû l'annoncer à ma mère et lui dire qu'on avait aucune nouvelle de la famille à part Soad.

Dina

La peine des victimes indirectes

Aujourd'hui, Dina se considère comme une victime indirecte de cet attentat. "Comme je n'étais pas sur les lieux, j'ai été mise à part dans cette histoire, explique-t-elle. Pendant longtemps, je ne me suis pas considérée comme une victime. Ça a été très compliqué de gérer les émotions de ma mère donc je me suis pas autorisée à ressentir les miennes." 

Dina a dû s'occuper des soins de sa petite soeur Emma qui ne voulait que Dina auprès d'elle, tout en soutenant sa mère. Elle raconte tout cela à la barre entre deux sanglots. "Je pense que c’est pour ça que je suis très émotive, s'excuse-t-elle. Je n’ai jamais pu parler pendant ces six années à qui que ce soit des émotions que j’ai ressenties et de ce que j’ai pu vivre en tant que victime indirecte." Soad aussi est habituée à retenir ses larmes. "C’est à nous de devoir garder la tête haute pour la famille, dit-elle. Je ne pleure jamais devant ma mère donc là c’est toute l’émotion qui ressort."

Ce n'est que le 17 juillet qu'on les informe de la mort des trois membres de leur famille. Devant les "débordements émotionnels" suscités par cette annonce, Valérie choisit de "complètement s'effacer" alors qu'elle était elle aussi très proche d'Odile et de Jocelyne, qu'elle considérait comme "une autre maman". Mais elle n'a pas été épargnée par la peine. Après avoir repris le travail, elle constate que son corps "ne suit plus". "Je n'arrivais plus à conduire, ni à dormir", explique-t-elle. Un an après, elle sort d'une visite à la médecine du travail en ayant "envie de mourir", dit-elle à la barre. Mais elle tient bon. Le fils d'Odile donne naissance à une fille, Valérie elle-même devient grand-mère d'une autre petite fille. Aujourd'hui, "je mets toute mon énergie dans la nouvelle génération qui arrive", conclut-elle avec un sourire timide.

Le père de Mathias, un homme grand, qui se tient droit devant la cour dans son costume noir, a lui aussi vécu ces jours suivant l'attentat comme une épreuve. Le moment où il a pu voir les corps de Mathias, Odile et Jocelyne à travers la vitre à l'institut médico-légal est resté gravé dans sa mémoire. Alors qu'il parvenait à raconter sa peine sans faiblir jusque là, lorsqu'il décrit cette scène au président, la voix de l'homme déraille. Mais il parvient à se reprendre. Il termine son témoignage : "Je vous remercie Monsieur le président, je pense que je vais mieux."

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