Procès de l'attentat de Nice : "Le bleu azur s'est transformé en rouge sang", une avocate rend un hommage fort aux victimes niçoises

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Ce lundi 28 novembre, Sabria Mosbah, avocate des parties civiles, a rendu hommage aux victimes niçoises, qui vivent une "double peine" en habitant dans la ville où elles ont été meurtries.

"J’estime que les Niçois sont des double victimes", a déclaré Maître Sabria Mosbah à la barre du procès de l'attentat de Nice ce lundi 28 novembre, car ils n'ont pas pu "s’enfuir de leur ville après avoir vécu cette nuit mortifère".

L'attaque terroriste du 14 juillet 2016, qui a fait 86 morts, des centaines de blessés physiques et des milliers de blessés psychologiques, est survenue sur un lieu emblématique de la ville de Nice. "Cette Prom', elle est au cœur de la vie du Niçois", a expliqué l'avocate à la cour. "Vous pouvez la voir de partout, du haut de la colline du château, en atterrissant et en décollant de l’aéroport... C’est un point névralgique de la ville."

C'est "un lieu essentiel pour le Niçois et sa famille, poursuit-elle. On y fait ses premier pas, du vélo, du roller, on s'y retrouve entre amis et en famille pour célébrer un baccalauréat sur la plage, s’asseoir sur les mythiques chaises bleues pour regarder le bleu azur de la mer..."

Cette ville a vu le bleu azur se transformer en rouge sang, ce 14 juillet 2016. Beaucoup disent que la Promenade des Anglais a été souillée par le sang, les cris, les larmes, souillée par la mort.

Sabria Mosbah, avocate de parties civiles

"Combien n'empruntent plus la Promenade des Anglais pour aller travailler, quitte à faire des tours et des détours ? J’en fais partie", confie-t-elle. Elle parle d'une "espèce de sentiment de profaner le sol de cette Promenade en sachant ce qu'il s’est passé, six ans plus tôt".

"On connaît tous quelqu'un qui connaît quelqu'un..."

"Ce sentiment du 14 juillet, il pèse encore comme une chape de plomb sur la ville", décrit l'avocate du barreau de Nice. "On en parle sans en parler, on connaît tous quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a été touché..."

Sabria Mosbah évoque la difficulté pour les avocats niçois de traiter de cette affaire : "Ce sentiment est indescriptible. On est Niçois, on sait ce qu'il s'est passé. On est là pour défendre nos clients, mais il y a toujours un sentiment de tristesse, de mélancolie." Lorsqu'elle parle de sa consœur Maître Myriam Bellazouz, décédée lors de l'attentat, Maître Mosbah peine à cacher ses émotions.

Elle parle aussi du décalage qu'il y a eu par rapport à cet attentat et son retentissement dans le reste de la France. "Ah oui oui, le camion qui a tué tous ces gens sur la Promenade", se rappellent vaguement les gens quand on leur en parle, dit-elle. Sans comparer aux attentats du 13 novembre, l'écho se fait entendre dans son silence.

Elle s'offusque d'avoir entendu des journalistes parler de "lassitude de devoir traiter un nouveau procès d'attentat". "Vus de la capitale, on n'est que des provinciaux", résume-t-elle. "On ressent ce traitement différent." Pour elle, "ce traitement différent et ce ressenti différent" constituent une "double peine" pour les Niçois.

Notre ville a subi une onde de choc. Ça ne doit pas être oublié par votre cour. 

Sabria Mosbah, avocate de parties civiles

"Toutes les personnes à Nice ce soir-là ont eu peur pour leur vie à un moment donné", explique-t-elle. Pour les Niçois, "cet événement tragique a entaché notre vie à tout jamais". Elle espère qu'ils "pourront trouver un semblant de paix à travers ce procès".

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