Procès de l'attentat de Nice : Chokri Chafroud aurait inspiré le terroriste à foncer dans la foule en camion, selon une avocate

Jeudi 24 novembre, deuxième jour des plaidoiries des avocats des parties civiles au procès de l'attentat de Nice. Dans la matinée, Maître Sabria Mosbah a décortiqué les messages Facebook entre Chokri Chafroud et le terroriste qui ont fait référence à plusieurs reprises à un poids lourd fonçant dans une foule.

Pour sa première plaidoirie devant une cour d'assises spécialement composée, Maître Sabria Mosbah, avocate de parties civiles, a décidé de concentrer son argumentaire sur les échanges Facebook entre le terroriste du 14 juillet 2016, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, et Chokri Chafroud, son ami proche et accusé d'association de malfaiteurs terroriste au procès de l'attentat de Nice.

Les deux Tunisiens se sont rencontrés à Nice entre l'été et l'hiver 2015 (les souvenirs de l'accusé sont flous). Après quelque temps passé à Nice, Chokri Chafroud décide de repartir quelques mois en Tunisie dans sa famille car il ne trouve pas de travail en France et a du mal à se loger. Durant cette période passée à distance, les deux nouveaux amis ne vont pas se perdre de vue. Bien au contraire, ils vont passer des heures à se parler sur la messagerie Facebook.

Au cours du procès, plusieurs avocats de parties civiles, menés par Sabria Mosbah et Samia Maktouf, ont demandé au président de la cour de faire traduire ces très nombreux messages - ils s'étalent sur 6000 pages de documents - afin de pouvoir les évoquer dans les débats. Après quelques tergiversations, notamment avec la défense de Chokri Chafroud qui dénonçait un déséquilibre de préparation, le président a finalement accédé à la demande des avocats des parties civiles.

Attaquer Masséna

Chokri Chafroud envoie des messages d'une grande vulgarité. Nul besoin d'accumuler les exemples, celui du 29 février à 11h33 se suffit à lui-même : "Mes couilles nique sa mère je viens tous vous niquer, nique Masséna, je vous nique tous j’arrive". Mais dans ce message, ce n'est pas la vulgarité que tient à relever Sabria Mosbah. Pour cette avocate de parties civiles, il est important de relever la mention de "Masséna", comme la place niçoise.

Ce nom de place est cité à plusieurs reprises par l'accusé dans ses messages. Le 8 mars 2016 : "Où est Masséna ?" ; "J’ai envie de réaliser mon rêve et monter à bord du tram à Masséna" ; "J’aimerais travailler à Masséna un soir". Et rebelote trois jours plus tard : "Massinaaa" (sic) ; "Je vais niquer Masséna". 

Ce même jour, il mentionne un "graaand camion" à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel toujours. L'avocate, faisant peu d'effort pour cacher son aberration, rappelle à la cour d'assises l'incongruité de la réponse de l'accusé lorsqu'il a été interrogé à ce propos plus tôt dans la semaine : "Il vous a répondu "je crois que j'ai vu passé un grand camion""

Le 20 mars, cinq jours avant que le terroriste n'effectue ses premières recherches pour la location du camion, Chokri Chafroud lui envoie : "Boujaafar est rempli de gens, t’as qu’une envie remplir un semi-remorque de ciment qui leur rentre dans leur cul de mère à tous ! Je ferai ça et j’irai à Masséna...". Boujaafar est le nom d'une plage à Sousse, où séjournait Chokri Chafroud à ce moment-là en Tunisie. "Boujaafar est le miroir de la Promenade des Anglais, dit Sabria Mosbah au président de la cour d'assises. Dès le 20 mars on projette déjà de tuer des gens !"

Un peu plus tard, il parle encore de Nice et plus précisément du marché près du Nikaïa : "Ce putain d’El-Oued de mes couilles, j’y entrerai avec un char et je le nique !".

Pour Maître Mosbah, ces messages du 20 mars sont "déjà un début d’acte de préparatoire"

Le camion revient dans un message du 4 avril, déjà évoqué plusieurs fois au cours de l'audience. "Charge le camion de 2000 tonnes de fer et nique coupe lui les freins mon ami et moi je regarde", a-t-il écrit à l'attention de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Lors de son interrogatoire le 11 novembre dernier, l'accusé avait répondu au président que ce message, "c'était de la blague à la tunisienne". "Je ne suis pas sure que la communauté tunisienne qui compte des morts et des blessés soit adepte de cet humour", rétorque Sabria Mosbah lors de sa plaidoirie.

Une posture de victime et un désir de postérité

L'avocate dénonce les mensonges répétés de l'accusé, lors de l'enquête et de son interrogatoire au procès. "En dépit de sa défense et ses conseils, Chokri Chafroud ment toujours", insiste-t-elle. Il parle d'un "rêve de travailler sur le chantier de la ligne 2 du tramway à Nice" pour justifier son message du 8 mars "mais en 2016, nous savions qu’aucune ligne 2 ne passerait par Masséna", dénonce l'avocate. Et d'appuyer encore : "Il n’y avait rien : le tramway c’est juste une invention, juste un mensonge".

L'avocate lui reproche "sa posture victimaire"

Lorsqu’il est vraiment en difficulté, il dit quoi ? "Vous savez, j’ai perdu un ami, il était sourd et muet, écrasé par un camion." C’est trop facile Monsieur Chafroud.

Sabria Mosbah, avocate de parties civiles

Elle dénonce également son "désir de postérité criant", dont il parle notamment le 8 mars dans ses messages. "Mais putain j’ai envie que l’histoire marque mon nom (...) place Garibaldi, place Chokri Chafroud", dit-il à son ami. "Oui M. Chafroud vous avez réussi, votre nom n’est pas en haut de l’affiche mais résonne dans une cour d’assises depuis le 5 septembre 2022", lui répond l'avocate sans le regarder.

Pour Sabria Mosbah, ces messages montrent que "c’est toujours Chokri Chafroud qui relance Mohamed Lahouaiej-Bouhlel". "C’est lui qui se plaint et planifie des messages avec une action violente", ajoute-t-elle. Elle parle d'un "ressentiment, une haine, un poison insidieux, distillé dans l’esprit de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel" au fil des échanges. 

Est-ce qu’on peut croire qu’il était au courant de rien lorsqu’ils parlaient plusieurs fois par jour ? Alors qu’il l’a fréquenté assidument jusqu’au 14 juillet ?

Sabria Mosbah

Pour cette avocate, "nous sommes loin de la théorie d’une tuerie de masse commise par un fou". Les éléments qu'elle a présenté à la cour prouvent, selon elle, qu'il s'agissait d'un "meurtre minutieusement préparé, inspiré et réfléchi, venant anéantir notre liberté, notre joie de vivre".

Pour conclure, elle enjoint les accusés à "soulager leur conscience" lorsqu'ils auront une dernière fois la parole, le lundi 12 décembre. "Le Coran nous dit "qui tue un être humain, tue l’humanité tout entière", profitez de de ce dernier moment qui vous sera offert", leur dit-elle.

Est-ce que l'accusé a inspiré le terroriste avec ses messages ? Cela constitue-t-il un acte préparatoire à l'attentat ? C'est à présent à la cour d'en juger.

L'actualité "Faits divers" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Provence-Alpes-Côte d'Azur
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité