Procès de l'attentat du 14 juillet 2016 : les enfants victimes pourront témoigner en visioconférence de Nice

Afin de ne pas rajouter du stress au traumatisme subi sur la Promenade des Anglais, les jeunes victimes pourront témoigner en visioconférence à partir du Palais Rusca de Nice. Une visite a été organisée pour les préparer à témoigner. Le procès doit durer 4 mois.

C'est une procédure inédite et exceptionnelle pour les jeunes victimes : faire témoigner les enfants victimes de l’attentat de Nice en visioconférence. Un dispositif qui s'est décidé à la fin de l'été. 

L'attentat du 14 juillet 2016 a touché des familles entières. Six ans après, ce lundi 5 septembre est marqué par l'ouverture du procès devant la cour d'assises spéciale à Paris. 

Mais pour les jeunes victimes, témoigner à Paris, cela nécessite d'être déscolarisé, de prendre l'avion ou le train, de séjourner dans une grande ville souvent inconnue. Les parents doivent aussi avancer les frais de ce déplacement.

L’idée est de ne pas rajouter le stress de l’audition judiciaire au traumatisme déjà subi.

Magistrats et avocats sont aussi conscients de la difficulté et de la fragilité des témoignages d’enfants.

Un cadre "plus serein" 

A la demande des familles de victimes, une visite a été organisée au Palais Rusca à la fin de l’été, le 30 août dernier.

C'est une grande bâtisse ocre qui fait partie des locaux du Tribunal d'instance de Nice.

Ce jour-là, parents et enfants ont été accompagnés par la présidente du tribunal et le procureur. Une façon de découvrir ces personnes et leur fonction avant le procès.

Cette procédure exceptionnelle est faite sur demande expresse des familles.

Hager Ben Aouissi, victime de l'attentat de Nice et fondatrice de l'association "Une voie des enfants" explique l'intérêt d'avoir un cadre "plus serein" : « c’est un peu plus apaisé pour eux, ils mettent une image sur un endroit et ça peut bien se dérouler, dans un cadre le plus paisible possible ».

Cette solution est à la fois un choix des familles et une façon de résoudre une question pratique : ne pas rater l'école quelques jours après la rentrée.

Les enfants pourront ainsi témoigner dans une salle moins impressionnante qu'à Paris. 

"Le porte-parole des enfants"

A l'issue de cette visite, certaines jeunes victimes ont accepté de témoigner au micro de France 3 Côte d'Azur. 

Ornella, âgée de 18 ans aujourd'hui, tient à assister au procès. D'une voix posée, elle explique : "en 6 ans d'après attentat, je trouvais ça normal pour moi d'assister au procès pour mettre fin à la boucle. Ça va me faire du bien psychologiquement et en même temps, je vais jouer le porte-parole des enfants, puisqu'ils ne peuvent pas parler, comme ils sont petits. Du coup, ça va me faire une charge en plus, mais ça va me faire du bien."

Pour Ornella, parler l'a aidée à se libérer. Elle viendra au procès avec un message d'espoir : 

Je vais montrer qu'on était peut-être des petits mais quand même qu'on va vivre avec, on va montrer le combat qu'on a vécu que malgré ça on vit, avec nos traumatismes, nos peurs. Ça fait 6 ans qu'on vit avec, on va faire avec jusqu'à notre mort.

Ornella, 18 ans, victime de l'attentat de Nice.

Sirine, âgée d'une dizaine d'années, est encore choquée et angoissée par cette nuit du 14 juillet. Ce procès, "Ça me rassure et ça m'angoisse en même temps. J'ai pas envie de voir les accusés parce que ça me fait rappeler des souvenirs... J'ai peur que ça recommence, que quelqu'un tire et que moi je me fasse tuer."

Une peur qui la hante encore tous les jours. Récemment, à la vue d'un camion blanc, elle a cru que "ça allait recommencer", dit-elle entre deux sanglots étouffés. 

Après cette visite, Kenza, 10 ans, "ne pensait pas que ça allait ressembler à ça". La perspective du procès lui fait peur "parce qu’il n’y aura pas papa et maman."

Une peur qu'elle peine à expliquer. Kenza avait 4 ans au moment de l'attentat, elle a des sentiments partagés sur ce qu'elle appelle des "histoires de grands". 

J’ai 10 ans. A 10 ans c’est encore trop jeune. Des fois j’ai besoin d'exprimer, mes peurs, mes cauchemars (...) Dès qu’il y a un bruit, dès qu’il y a un camion, dès qu’il y a un feu d’artifices, la police, les pompiers, je pleure et je fais un gros câlin à maman ou à mon doudou lapin.

Kenza, 10 ans, victime de l'attentat de Nice

 "C'est quoi un procès pour terrorisme en cour d'assises ?"

Les parents des victimes pourront solliciter différentes aides pour accompagner le témoignage de leurs enfants. 

En plus de cette visite, l'association Montjoye a préparé des outils pour expliquer les lieux et les rôles de chacun. Un livret pédagogique disponible en ligne permet de comprendre le fonctionnement de cette cour spéciale. Il s'intitule : "C'est quoi un procès pour terrorisme en cour d'assises ?"

Cet été, ils ont aussi créé des outils virtuels d’immersion pour visualiser une cour de justice. Une page internet de l'association Montjoye précise l'accompagnement prévu pour les victimes pour les victimes du procès de l'attentat du 14 juillet.

Pendant la durée du procès, des espaces seront aménagés à Nice pour les familles de victimes qui pourront parler, échanger entre eux pour s’écouter et se soutenir face à cette nouvelle épreuve.

Lors du procès, un dispositif spécifique est aussi prévu. Les psychologues sont habillés en chasuble bleue pour être reconnaissables. Ils peuvent intervenir en fonction des besoins des victimes. 

Certaines des personnes qui se sont déclarées victimes sont suivies depuis 2016 par l'association.

À ce jour, 870 victimes sont parties civiles dans le dossier. Les victimes qui ne se sont pas encore constitué partie civile ont jusqu’au procès pour le demander.

64 jours d'audience sont prévus par le parquet anti-terroriste. 

Ce procès hors-norme doit durer jusqu'au 16 décembre 2022.