Témoignages. Présidentielle 2022 : ces électeurs de Mélenchon qui choisissent Le Pen, l'abstention ou Macron

Publié le Mis à jour le

Comme lors de la présidentielle de 2017, s'ouvre entre les deux tours, une consultation sur le site national "Mélenchon 2022". Elle devrait permettre aux 310 000 citoyens qui ont parrainé le candidat de la France Insoumise de s'exprimer, en ligne, pour leur choix du 24 avril. Tour d'horizon à Nice, dans les Alpes-Maritimes.

"Ne pas donner une seule voix à Marine Le Pen", a martelé trois fois Jean-Luc Mélenchon le 10 avril 2022, après sa défaite du premier tour. Si la consigne du leader des Insoumis est claire, comment vont réagir ses électeurs ? Notamment les 16,57% d'électeurs de la France Insoumise des Alpes-Maritimes.

Ce discours offre quatre  choix : 

  • voter Emmanuel Macron
  • voter blanc
  • voter nul
  • s’abstenir de voter

Il y a pourtant un autre choix qui émerge  : 

  • voter Marine Le Pen

Au second tour, pour moi c'est Marine Le Pen

Aya, étudiante à Nice en LEA

Improbable, direz-vous, d'imaginer qu'un électeur ayant voté pour la France Insoumise au premier tour, puisse glisser un bulletin pour Marine Le Pen au second tour ? Et bien si !

Comme en témoigne cette étudiante en langues étrangères de la faculté de Carlone de Nice qui, clairement, dit qu'elle votera pour Marine Le Pen au second tour : 

"Il y aura bien quelques bulletins Marine Le Pen"

Ce choix, certains chefs de file de la France Insoumise de Nice-Est l'ont bien pris en compte comme nous l'explique Olivier Salerno, " Nous sommes lucides, il y aura bien quelques bulletins "Marine Le Pen" , parmi les électeurs niçois qui ont voté "Mélenchon" au premier tour.

Ce sera un vote contestataire, un vote de ras-le bol, un vote rébellion. Olivier Salerno ajoute : "nous devons, comme pour le premier tour faire preuve de pédagogie. Nous devons faire comprendre que voter Le Pen n'est pas une solution. Cette candidate porte une politique raciste, elle veut faire inscrire dans la constitution une préférence nationale."

En effet l'un des points du programme de Marine Le Pen s'appuie sur la « préférence nationale », selon laquelle l'accès à l'emploi, aux logements et aux aides sociales devrait être réservé aux personnes ayant la nationalité française. La candidate l'a rebaptisée « priorité nationale », mais elle veut l'inscrire par référendum dans la Constitution, qui doit, selon elle, l'emporter sur les engagements internationaux de la France. 

Olivier Salerno reste néanmoins très citrique à l'égard du président sortant :

Macron, nous le savons bien, c’est aussi l’envoi des forces de l’ordre durant la crise des "gilets jaunes", des infirmières qui se font gazer lors des manifestations contre le pass sanitaire.

Propos identiques dans les rangs niçois (LFI), Anne-Laure Chaintron également cheffe de fil confie : "Oui il y a de la colère, de la souffrance. Avec cette consultation nationale nous sommes en pleine réflexion collective. Nous militants, n'essayons pas de convaincre, ni de dire pour qui il faut voter, mais juste de faire avancer la réflexion des uns et des autres." 

Elle ajoute 

Notre mandat ne nous autorise pas à dire s'il faut voter pour une telle ou un tel. Les gens sont adultes.

S'abstenir, n'est pas renoncer

Choisir serait donc renoncer ? Et ça, ce n'est pas simple pour les militants de la France Insoumise. Le vote de l'abstention serait-il alors la voix du milieu ?

Le choix du "moins pire" comme le disent certains. 

Anne-Laure Chaintron avoue hésiter :  "Aujourd’hui je veux m’abstenir mais je peux changer d’avis. Entre nous, ça discute beaucoup, ça argumente beaucoup. Il faut prendre le temps de réfléchir. Ici, à Nice,, on sait ce que c'est l’extrême droite. Nous l'avons connue avec Jacques Peyrat. Quand nous discutons, beaucoup me disent qu'ils pourraient voter blanc. Mais c'est insupportable pour eux et je comprends. Peu en revanche disent qu'ils vont voter Macron, mais qu’ils vont réfléchir dans l’isoloir.

La voie Macron

Alexandre lui a choisi. Etudiant à la faculté de lettres de Carlone à Nice, il a voté Mélenchon au premier tour. Au second tour, son vote se portera sur le candidat de la République en marche.

Selon lui, il n'y a pas d'autres possibilités :

Le terrible dilemme du choix

Olivier Salerno, chef de file de la France Insoumise Nice-Est et colistier d'Anne-Laure Chaintron pour la première circonscription, est honnête. Il avoue qu'à ce jour, il ne sait pas encore ce qu'il va faire. " Pas Le Pen c’est une évidence. Mais je ne sais vraiment pas encore ce que je vais voter ou pour qui. Il faut que je prenne en compte les sondages". Il ajoute :  "Ma seule certitude, impossible, pour moi, de donner le pouvoir à Marine Le Pen, mais je ne veux pas participer non plus au plébiscite d'Emmanuel Macron…"

Une situation qui lui rappelle les élections régionales en PACA : "Muselier/Mariani, les sondages donnaient 10 points d’écart entre les deux candidats. Au final, ça a été un raz-de-marée pour Muselier."

Le salut des mélenchonistes sera le troisième tour 

Si le choix du second tour, s'impose forcé et contraint, pour les électeurs de la France Insoumise, tous ont en tête la revanche des prochaines législatives. Ça sera le troisième tour de la présidentielle.

C'est ce qu'exprime clairement Olivier Salerno : "On a un Emmanuel Macron qui nous fait des appels du pied sur certains sujets en ce qui concerne la politique sociale de la France, mais il ne faut pas qu’il se méprenne. Avec 22% des voix à Mélenchon au premier tour de ces présidentielles, il y aura un troisième tour de toute façon. Á nous militants de garder cette dynamique pour les législatives. L’enjeu, pour nous, est maintenant de faire comprendre aux gens ce que c’est qu’une élection législative et qu’on peut faire évoluer les choses."

Les élections législatives se dérouleront les dimanches 12 et 19 juin 2022.