Un hôtelier niçois installé aux Canaries s'inspire de la tempête Alex pour gérer la crise suite à l'éruption volcanique

Aux Canaries, le volcan Cumbre Vieja est en éruption. Le Niçois Sébastien Boué, gérant d'un hôtel sur place, doit faire face : évacuation des clients, mise en sécurité du personnel, reconstruction. La directrice de l'Office du tourisme de Menton l'a aidé à naviguer dans l'urgence.

Le 19 septembre 2021, en début d'après-midi, le Cumbre Vieja, volcan de l'île de Palma aux Canaries, entre en éruption. À l'ouest de l'île, le Niçois Sébastien Boué, directeur de l'hôtel Sol La Palma lance l'évacuation de ses 500 clients et 110 membres du personnel. En alerte jaune depuis la veille, il s'était préparé. 

"L’évacuation s’est bien passée, on avait le matériel, et l’équipe était prête au cas où. On suivait les communications des autorités. J’ai participé à toutes les réunions avec les autorités pour être sûr de ce qu'il fallait faire. On a mis tous les clients dans des autobus qui étaient préparés. On les a tous évacués dans le gymnase de Santa Cruz qui est de l’autre côté de l’île."

Les touristes, des Allemands, des Belges, des Français seront ensuite évacués vers Tenerife dans deux hôtels du groupe. Certains ont préféré trouver un nouveau logement sur l'île. C'est un coup d'arrêt pour la haute saison qui commençait à peine. L'hôtel était occupé à 65 %. 

 

Elle a géré la tempête Alex, elle m'a rassuré !

  Sébastien Boué, Directeur de l'hôtel Sol La Palma

Vacanciers, personnels - et famille - mis à l'abri, il faut parer au moins urgent. Pour aider efficacement l'île et ses habitants, Sébastien Boué se tourne vers Marie Garcin, directrice de l'Office du tourisme de Menton, présentée par un ami commun. "Je voulais comprendre l'ordre des priorités " explique l'hôtelier. "Elle a géré la tempête Alex. Quand je lui ai expliqué la situation dans laquelle j’étais, elle m’a rassuré sur ce que j’avais bien fait et sur ce que je devais faire plus tard". 

 

En discutant, on a trouvé des possibilités. Dans la Roya, on a vu que ça partait dans tous les sens, or il faut se rapprocher des autorités compétentes pour se mettre à disposition.

Marie Garcin - directrice de l'Office du tourisme de Menton

Elle a simplement aidé à son "petit niveau" comme elle dit. "Parfois, on est amené à sortir de notre cadre d’office du tourisme classique. En 20 ans, j’ai souvent vécu des situations similaires, des catastrophes naturelles, mais pas de cette ampleur-là. Je l'ai aidé surtout à la mise en place de l’appel aux dons." Elle finit par mettre le Niçois en relation avec une ONG spécialisée dans la prise en charge de catastrophes naturelles. 

" En discutant, on a trouvé des possibilités. Dans la Roya, on a vu que ça partait dans tous les sens, or il faut se rapprocher des autorités compétentes pour se mettre à disposition et que ce ne soit pas une action isolée mais quelque chose de collectif."

 

Gaz, cendres et tremblements de terre rendent l'accès à l'hôtel impossible

 

En quelques jours, Sébastien Boué et son équipe vident les frigos et confectionnent des repas qu'ils distribuent à différentes ONG, lancent un appel aux dons, mettent en place un numéro vert d'aide psychologique. Il part vivre sur l'île de Tenerife et fait des allers-retours en ferry. Avec plus de 1000 logements détruits, les places sur l'île sont rares. "Se loger là-bas c’est créer un problème de plus". 

Aujourd'hui, cela fait un mois que le Cumbre Vieja est en éruption. Sébastien Boué et ses équipes ne peuvent plus accéder à l'établissement. Il se situe à 1 km de la coulée de lave, dans la zone d'exclusion. L'hôtel n'est pas touché, mais les gaz, les cendres et les tremblements de terre rendent l'accès impossible. "Depuis le début, j’ai peur que la lave n'atteigne l’hôtel. Les signes ne montrent pas que la lave va changer de direction. Mais la science a ses limites, on ne sait jamais ce qui arrivera. Il suffit d’une nouvelle bouche qui s’ouvre, d'un éboulement."

C’est une île très belle et naturelle qu’il faut préserver

  Sébastien Boué - Directeur de l'hôtel Sol La Palma

Il faudra attendre encore un peu pour aller récupérer les affaires laissées en catastrophe par les touristes. Il faudra aussi recréer des routes, des logements. Repenser l'île. 

Lui y songe déjà. "C’est une île très belle et naturelle qu’il faut préserver. Mais si cette catastrophe peut nous apporter quelque chose, qu’elle amène une reconstruction en économie verte, et crée une vraie biosphère. Un vrai parti pris d’une reconstruction basée sur le développement durable."

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