Un spectacle en hommage à Gilbert Bécaud en répétition à Nice : une histoire de rencontre

Publié le Mis à jour le
Écrit par Hélène France .

"Et maintenant", sera prêt dans quelques mois pour partir en tournée mondiale. Créé à l’occasion des 20 ans de la disparition de Monsieur 100.000 volts, retardé par la pandémie, l’hommage à Gilbert Bécaud promet d’être un immense succès. Sa fille, Emily Bécaud est venue assister aux répétitions en cours à Nice.

Sur la scène, une voix s’élève… "Toi qui es seul et qui réclames, un peu d’amour et d’amitié, un peu de chaleur pour ton âme, pour toi seul, je veux chanter."

Il y a quelques spectateurs, des journalistes, des amis d'artistes, invités chanceux, dont les corps balancent dès les premières notes, vite reconnues. 

 "T’as un problème insurmontable -Tiens, pose-le là, sur la table - Laisse passer, laisse passer - Et le temps, et le temps, et le temps te le règlera "   

Bon sang, Gilbert Bécaud n’a pas pris une ride. Les paroles font mouche. La musique imprègne. La magie fonctionne.  

Extrait des répétitions à Nice: 

Mais qui est ce grand type qui remplit la scène et dont la voix sonne intensément ?

Jules Grison n’en est pas à son 1er essai. Il a, à son actif, un nombre incalculable de spectacles, qui ont tous un point commun : les plus Grands de la chanson française. Piaf, Brel, Aznavour, Bécaud.

38 ans à peine et tombé dans le chaudron tout petit.

J’ai commencé le piano à 8 ans. J’étais dans Chopin et Brahms mais on écoutait Brel, Piaf, Jo Dassin, Julien Clerc, Aznavour, Bruel et bien sûr, Gilbert Bécaud à la maison.

Jules Grison.

Jules Grison c’est 1 m 92 d’énergie pure lorsqu’il est sur scène.

"Pourquoi j’aime autant Gilbert Bécaud ? "

Sa réponse : "peut-être parce que c’est un vrai pianiste à la base. Il a fait le Conservatoire à Nice. Le fait que ce soit un musicien et qu’il écrive des textes qu’il arrivait à mettre si parfaitement sur ses musiques en fait un artiste à part. Tout ce qu’a créé Gilbert Bécaud,  je le comprends et ça me parle. Je suis hyper rattaché à son univers Il y a des chansons que je ne " fais " pas quand je travaille ses titres car je suis incapable de les jouer comme il le faisait. L’exemple absolu c’est Le pianiste de Varsovie. Quand il a fait l’Olympia, en 1983, il était à son apogée. Sa voix, son jeu, tout était parfait. Je me base beaucoup sur cette période."

Le spectacle « Et maintenant », actuellement en répétition, Jules Grison le porte seul sur scène, accompagné de quatre musiciens. Tout n’est pas encore finalisé, scénographie et lumières seront au point pour le démarrage de la tournée mondiale en novembre. En attendant, le spectacle sera rodé dans la région et les dates affichent déjà complet. 

Emily, la fille de Gilbert Bécaud et Kitty, a fait le trajet depuis le Poitou où elle vit, pour assister, aux premières ébauches du spectacle.   

 

"Ça fait 10 ou 12 ans qu’on se connaît avec Jules", explique-t-elle.

Il avait créé, à Paris, Le Fantôme de l’Olympia et, c’était la 1re fois que je voyais des jeunes qui s’intéressaient à Papa. On est resté en lien, de loin en loin, jusqu’au jour où il a commencé à parler de Papa avec Maman. Tout doucement, lentement, il a exprimé son désir de faire un spectacle. Moi, je savais qu’il était capable de le faire. Je l’ai vu sur scène avant qu’il ne soit connu. J’adore le voir, car il est à fond dans ce qu’il interprète. Ça sort de tout son corps, de tout son être. Ce spectacle qu’il est en train de travailler, il est bienveillant, plein de bonnes idées de scénographies. D’ailleurs le début du show avec la musique piano de "Une vie comme un roman", l’album de Papa sorti en 1993, c’est génial. Je vais la lui piquer !" 

Emily Bécaud, ne tarie pas d’éloges lorsqu’elle parle de Jules Grison interprétant les chansons de son père : "Jules a une manière d’être sur scène qui le rend très touchant. C’est un gentil géant et ça se ressent. Ça fait du bien et quand tu le vois en spectacle. Tu es heureux ! ".  

Sa carrière fit de lui la 1re rock star, déchainant le public de l’Olympia où il se produisit 33 fois durant son exceptionnel parcours.

Alors pourquoi Gilbert Bécaud est-il le grand oublié des radios et autres médias ?

Incompréhensible pour les fans de l’artiste qui multiplia les surnoms survitaminés : Monsieur Dynamite ou La Bombe atomique.

"C’est étrange. On ne comprend pas", dit Emily Bécaud. "Le 18 novembre de l’année dernière, on a sorti un double album. C'était pour les 20 ans de sa disparition. "Je reviens te chercher ", a bien marché, en France, aux Pays-Bas, au Canada notamment. Ça me fait sourire, ajoute-t-elle rêveuse. Il y a un piano orange sur la pochette et son visage est davantage celui de Papa que celui de Monsieur Bécaud. Dedans, il y a ce que j’appelle les poids lourds de Papa, ses gros tubes. Dans le 2e CD, il y a beaucoup d’inédits, des duos, des chansons qui appartiennent aux radios, que je ne connaissais pas et que Warner a pu récupérer. Il y a aussi un duo que j’interprète avec Papa : My Emotions. C’est une drôle d’histoire, ce titre. Je l’ai trouvé, pendant le confinement, en rangeant des placards à la maison, comme tout le monde à ce moment-là. C’était une cassette et j’ai cru que c’était pour Demis Roussos parce que c’était ce qui était indiqué dessus. Du coup, je ne l’ai pas écouté immédiatement, mais, heureusement, j’écoute toujours tout ce que je trouve dans les affaires de Papa. Parce que là, surprise ! C'était une chanson complète, paroles et musique, qu’il avait enregistrée. Comme je n’arrêtais pas de la fredonner, Maman m’a demandé : pourquoi tu ne l’interprètes pas en duo virtuel ? C’est comme ça que My emotions se retrouve sur l’album."    

L’anecdote fait sourire Jules Grison.  

La femme de Gilbert, Kitty, et leur fille Emily, sont extraordinaires. Je me sens très entouré pour ce spectacle. C’est une famille spéciale, un peu comme si c’était l’extension de la mienne

Jules Grison

Une ombre passe sur son visage lorsqu’il évoque la déshérence de la grande chanson française sur les ondes :



"Pour moi, c’est presque un devoir. Ces chansons, c’est autant de messages d’amour, de paix, d’amitié. La culture est un peu en perdition aujourd’hui. En France, c’est compliqué. Il y a un côté ringard avec ces immenses chanteurs français, alors qu’à l’étranger, ils ont encore cette culture de notre patrimoine musical."



Il se souvient du 1er spectacle sur Gilbert Bécaud, il y a 10 ans. "On a fait beaucoup de medleys. On a donc travaillé sur 250 chansons avant d’en retenir 90 pour la scène. C’était Le fantôme de l’Olympia. On a tourné le show entre 2008 et 2010 et on a terminé à Bobino. On était 5 chanteurs et chanteuses sur scène, mais je savais déjà que je voulais faire un spectacle Gilbert Bécaud, tout seul.

Et puis, fin novembre début décembre 2021, il y a eu cette tournée, en Pologne avec "Formidable Aznavour, l'histoire d'une légende" :

"Quand je suis rentré en janvier, je suis allé voir les productions Gil Marsalla, parce que, en Pologne, il s’est passé un truc de dingue. A chaque spectacle, on terminait comme toujours,  par 20 minutes pendant lesquelles le public choisit les titres qu’il a envie d’entendre. Et là, tous les soirs, dans toutes les villes, ce que le public polonais demandait c’était Nathalie de Bécaud ! Cette chanson les rendait fous."

Pour le producteur Gil Marsalla, c’est le déclic. 2021, ce sont les 20 ans de la disparition de Bécaud. Pendant 1 semaine, des documentaires sur la carrière de Gilbert se succèdent sur FranceTélévisions. " Comme j’étais à l’étranger, je n’ai pas réalisé, cela raconte Jules Grison. Début janvier, après les fêtes, Gil Marsalla a dit ok, on y va ! J’ai demandé à ce que l’on aille rencontrer à Paris, femme de Gilbert et son éditeur Laurent Balandras. Ils avaient écrit à 4 mains, en 2011, un très beau livre remplis de documents personnels, inédits et rares : Bécaud la 1re idole. A partir de leur feu vert, Gil Marsalla et moi, on a cherché les musiciens et on a commencé à travailler."

Gil Marsalla, est spécialisé dans la sauvegarde du patrimoine musical français.  

C’est en voyageant, lorsqu’il était jeune, que l’ancien musicien pas encore devenu producteur, s’aperçoit que partout dans le monde, Brel, Piaf, Aznavour et Gilbert Bécaud sont tous très connus et très appréciés.

Il explique : "Le film oscarisé sur Piaf m’a donné l’idée de lancer un récital, piano voix, en Europe de l’Est et aux Etats-Unis. Dans la foulée en 2013, j’ai monté un grand spectacle pour les 50 ans de sa mort. Est-ce que vous savez que La vie en rose a été chantée par Sophie Marceau en Chine, à l’occasion du nouvel an, en direct, devant 750 millions de téléspectateurs ? Elle l’a chanté avec une star de la musique pop chinoise, sur un rythme jazzy. C'était en 2014 et c'est cette année-là, à Paris, que j’ai produit un spectacle qui raconte une histoire d’amour avec les plus grandes chansons françaises. Paris, le spectacle, on l’a joué jusqu’à Broadway et il continue de tourner à l’international. D’ailleurs, ajoute-t-il, avec une pointe de fierté légitime, il y en avait 7 qui tournaient dans le monde entier, avant pandémie."  

Sa rencontre avec Jules Grison date de cette période.  

Il raconte : " Durant le casting de Paris le spectacle, je vois débarquer un jeune homme qui fait une grande impression. Jules, c’est le dernier des Mohicans, il connaît tout par cœur dans le grand répertoire français. Il m’a fait découvrir La vente aux enchères que Bécaud a écrite en allant au Canada . Là-bas, au Québec, il a trouvé un violoniste, Monsieur Pointu. Cette chanson est extraordinaire, vraiment." 

Avec Jules Grison, Gil Marsalla créé un binôme

Les deux hommes rencontrent Charles Aznavour au Madison Square Garden, lors de sa dernière tournée.

Avec son accord, ils montent Formidable Aznavour, en 2017. « Mais Jules, c’est Bécaud qu’il adore. C’est sa passion. Il m’a mis une pression pas croyable. Au final, j’ai dit banco !  Sans la pandémie, Et maintenant, hommage à Gilbert Bécaud aurait été présenté en 2019."  

A force de côtoyer Jules Grison, Gil Marsalla est devenu incollable sur Gilbert Bécaud. "C’est l’artiste français qui a le plus écrit et composé pour d’autres artistes à l’international, celui, aussi, qui a le plus tourné au Canada et au Québec.  

Je t’appartiens composé et interprété par Bécaud, Let it be me en anglais, est un standard dans le monde entier. Les versions par Elvis Presley, Nina Simone, et Bob Dylan, l’ont popularisé au point que les américains pensent que cette chanson vient de chez eux ! Sony and Cher, Tom Jones, James Brown, Neil Diamond, Cliff Richard et Olivia Newton-John, Rod Stewart, ils l’ont tous reprise ! Quant à, Et maintenant, c’est What now my love en anglais. C’est l’un des plus gros tubes de Franck Sinatra.

Au-delà du spectacle, le producteur parle d’une mission que lui et Jules se sont donnés. 

"Le patrimoine musical est adoré dans le monde, des USA jusqu’en Asie. Nous, on veut le préserver et on est les seuls. D’ailleurs, on est le plus gros succès francophone depuis 2015. On a ouvert une voie et on préserve en même temps. En France, c’est ringardisé, alors nous, on exporte à 90 %. Mais, quand le public français qui vient voir nos spectacles entend ces grands standards, il va sur Deezer et Spotify et il remet Brel, Piaf, Aznavour et Bécaud dans les playlist perso."  

Gil Marsalla a véritablement ouvert un marché pour le patrimoine musical français.

Il y a du potentiel et le producteur ne s’en cache pas : « Pour moi, dit, il y a trois critères fondamentaux pour produire une tournée. Il faut trouver l’artiste qui interprète. Je veux rendre hommage, ne pas imiter. Et enfin, il faut pouvoir exporter le spectacle. Avec Et maintenant hommage à Gilbert Bécaud, la boucle est bouclée. Les 1eres dates de rodage en France sont toutes complètes et l’on démarre au Canada début novembre 2022. » 

Ça tombe bien. Sur scène, Jules Grison n’imite pas. Il interprète. 

« Parfois, je me rapproche, dit-il, parfois, je m’éloigne, mais je ne transforme pas la chanson. Quand on lui demande s'il a le trac, il répond sans forfanterie : je suis serein, confiant pour pouvoir donner l’essentiel. Il y a beaucoup de dates déjà bouclés pour l’Europe, l’Europe de l’Est, les Etats-Unis… Mais, si je pouvais remettre les pieds en France avec ces titres-là, ce serait bien...

Emily Bécaud s’est installée au 1er rang pour regarder les répétitions : « Ça me ferait super plaisir de rejoindre le démarrage de la tournée au Canada en Novembre, dit-elle en souriant. Je ne sais pas encore si je serai disponible. J’ai mes propres dates de concert mais je suis prête à partir. Elle avoue en baissant la voix : « je n’ai pas osé le lui dire, mais si Jules m’invite à chanter une chanson, sur scène avec lui, j’adorerai … Même si je sais qu’avec ses bras immenses je me sentirai toute petite, et que peut-être je fermerai les yeux...

Plus d’une fois, ses yeux sont devenus encore plus brillants.       

          

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