Pénurie de médecins dans les Alpes-Maritimes : "la situation est préoccupante" pour les 10 années à venir

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Écrit par Jonathan Trullard
Avec la fin récente du numerus clausus en faculté de médecine, la pénurie de médecins devrait être résolue dans une dizaine d'années.
Avec la fin récente du numerus clausus en faculté de médecine, la pénurie de médecins devrait être résolue dans une dizaine d'années. © Laurent Martinat / MAXPPP

Avec 5.500 médecins libéraux et salariés dans le département, les Alpes-Maritimes manqueraient de 20 % de docteurs. Un manque qui s'ajoute au vieillissement de la population et à ses besoins croissants. Cette pénurie de plus en plus forte se constate à présent aussi dans les villes.

"Je suis obligée de me soigner moi-même, que voulez-vous...", Christiane Pfalzgraf râle en racontant sa difficulté à trouver un médecin. Il n'y en a plus aucun autour de chez elle, à Marina Baie des Anges sur la commune de Villeneuve-Loubet dans les Alpes-Maritimes. Entre ceux qui affichent complet et les retraités non remplacés, elle est amère.

"C’est devenu un désert médical, il n'y a pas d'autres mots"

Le constat est le même à Nice. Sylvie Martin n'en revient pas d'avoir autant de difficultés pour se faire soigner dans la cinquième de France. Elle a pris conscience du problème lorsqu'elle a eu le Covid, et bien compris que les médecins ne se déplacent plus à domicile. Elle aussi a dû se débrouiller toute seule. "Ils doivent être noyés sous la paperasse..."

Un millier de médecins manqueraient dans les Alpes-Maritimes

Avec 5.500 médecins libéraux et salariés, le département manquerait de 20% de docteurs pour répondre au besoin de sa population vieillissante.

Un bon millier en somme. Et le problème est le même dans tout le pays : le nombre total de généralistes a chuté de 9% depuis 2010. Et le problème est aussi grave du côté des spécialistes.

Différentes raisons expliquent cette pénurie. Outre le vieillissement de la population, il y a aussi la recherche de journées plus conciliantes avec la vie privée par les nouveaux médecins. Les jeunes docteurs préféreraient en effet se regrouper dans des structures pluridisciplinaires pour de meilleures horaires, et délaissent ainsi les cabinets personnels. 

Et Sylvie Martin avait raison sur un point : la paperasse a sa part de responsabilité.

Car 30% du temps d'une consultation serait à présent consacré aux papiers, ce qui réduit forcément le flux de patients. Pour le docteur Renaud Ferrier, responsable de l'Union Régionale des professionnels de Santé médecins libéraux :

Les médecins jouent un rôle de secrétaires de l'Assurance Maladie. Ce n'est pas très ergonomique d'employer un BAC+10 pour remplir des papiers... il faudrait transférer cela à d'autres personnes.

L'espoir du numerus apertus 

Mais un changement majeur donne de l'espoir : la fin toute récente du numerus clausus en faculté de médecine (qui limitait le nombre d'étudiants pouvant accéder à la deuxième année) et sa mutation en numerus apertus (c'est-à-dire un nombre minimal de places défini à l'échelle nationale et variant selon les régions en fonction des besoins du territoire).

Ainsi, en comptant un délai d'une dizaine d'années d'études, le problème de pénurie de médecins devrait se résoudre au début des années 2030.

"On a une dizaine d'années devant nous assez préoccupantes en attendant", tempère en toute logique le docteur Jacqueline Rossant, présidente de l'Ordre des médecins des Alpes-Maritimes.

Dans la décennie à venir, ça risque d'être difficile pour les patients de trouver un médecin, et pour les médecins de faire face à cet afflux de patients. 

L'évolution inévitable des pratiques 

"Il faut faire avec ce que l'on a en attendant", explique le Dr. Ferrier. "Et d'un côté se regrouper dans le lien numérique pour moins perdre moins de temps, avec des CPTS (Communautés professionnelles territoriales de santé) qui se chargent de trouver les médecins aux patients. Ce qui va dans ce sens avec la loi Ma santé 2022..." Cette loi, votée en 2019, est présentée par le gouvernement comme proposant "des réponses globales aux défis auxquels est confronté le système de santé français".  

"Mais il faut aussi que les exigences des patients diffèrent", tient à rajouter Renaud Ferrier. 

"Car ils vont trop souvent voir un médecin pour des choses qui ne sont pas nécessairement de leur ressort. Les médecins généralistes doivent pouvoir préparer les consultations de spécialistes pour être sûr que les patients ne les sur-utilisent pas". En somme, l'évolution des pratiques doit se faire de chaque côté du problème, côté médecins comme côté patients.

17.000 médecins sont en activité actuellement dans notre région. Ils sont 198.000 au niveau national, pour une moyenne d'âge de 50 ans.

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