Un député des Alpes-Maritimes veut interdire une chasse méconnue, celle de la marmotte

Le 1er septembre, quelques jours avant l'ouverture de la période de chasse à la marmotte, le député Loïc Dombreval a demandé au préfet d'interdire cette pratique. Celle-ci reste pourtant "très marginale", estime Jean-Pierre Caujolle, président de la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes.
Une marmotte alpine. Un député veut interdire la chasse à la marmotte, qui tue une vingtaine de rongeurs par an.
Une marmotte alpine. Un député veut interdire la chasse à la marmotte, qui tue une vingtaine de rongeurs par an. © Vincent Isore IP3 PRESS/MAXPPP

C'est un choc pour les équipes de France 3, dont la marmotte est l'égérie depuis six ans. Trève de plaisanterie.

Ce mercredi 1er septembre, la France a (re)découvert que, oui, on chassait ces rongeurs. C'est le député LREM des Alpes-Maritimes, Loïc Dombreval, qui l'a rappelé à nous, dans un communiqué publié sur Twitter, à quelques jours de l'ouverture de la campagne de chasse.

Condamnant cette pratique qui "suscite stupeur voire colère chez de nombreux défenseurs de la cause animale, dont [lui]-même", il demande au préfet du département d'interdire la chasse à la marmotte, pratiquée dans les Alpes-Maritimes, mais aussi les autres départements de montagne française. 

Pour le député, cette interdiction se justifie notamment par le nombre très réduit de marmottes tuées chaque année.

Cette chasse "est un épiphénomène", confirme Jean-Pierre Caujolle, président de la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes."Je n'en ai d'ailleurs jamais tiré de ma vie""Une pratique marginale", une vieille tradition datant de l'époque où la vie montagnarde était plus rude qu'aujourd'hui – une tradition plus que millénaire même, des fouilles archéogiques ont d'ailleurs attestée que la marmotte était chassée à l'arc dans les Alpes occidentales dès 10 000 ans avant Jésus-Christ. 

En près de 25 ans, le nombre de rongeurs chassés a été divisé par quatre, passant de 80 en 1998 à 20 en 2019, selon les chiffres publiés sur le site internet de la fédération. Aujourd'hui, sur les 3 000 chasseurs de montagne que comptent des Alpes-Maritimes, il n'y a plus que "les vieux" qui traquent les rongeurs, fusil ou carabine en main, en se postant parfois des heures devant les terriers pour repartir bredouille. 

Deux marmottes par jour et par chasseur

Et qui en cuisinent des civets de temps en temps. La consommation de viande de marmotte est d'ailleurs l'un des points soulevés par Loïc Dombreval, qui motivent sa demande au préfet : "Comme l’immense majorité des Français, j’ignorais que la marmotte était un mets répandu et populaire dans notre pays"

Le député conclut dans un mail envoyé à la presse (où il a joint son communiqué) :

Entre pratique culinaire marginale et cible d'entraînement, les raisons qui pourraient justifier l'ouverture de la chasse à la marmotte ne sont pas acceptables.

Jean-Pierre Caujolle souffle. "Les marmottes ne sont pas des cibles d'entraînement", rétorque-t-il. "Elles vivent dans les montagnes, où tout se voit et se sait. Si quelqu'un tire un coup de fusil, il se fera immédiatement observer à la jumelle par les gardes-chasses. On n'est pas dans une forêt où l'on peut faire n'importe quoi".

"Si je vois un chasseur qui s'amuse à tirer sur les marmottes pour s'entraîner, je lui enlève moi-même son permis".

Jean-Pierre Caujolle, président de la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes

Car la chasse à la marmotte est très encadrée. Déjà, la période de chasse à la marmotte dure un mois.

Cette année 2021, c'est du 12 septembre au 10 octobre, uniquement les samedis, dimanches et mercredis (soit 13 jours au total), rappelle l'arrêté préfectoral du 6 mai 2021.

Elle est interdite sur 25 communes des Alpes-Maritimes, où les effectifs de marmotte sont faibles. 

De plus, pour chasser la marmotte, il est obligatoire de noter ses prises dans un carnet de prélèvement, au même titre que pour les espèces de petit gibier de montagne (trétras-lyres, perdrix, et lièvre). Il est interdit de chasser plus de deux marmottes par chasseur et par jour de chasse, indique la fédération de chasse des Alpes-Maritimes dans son schéma départemental de gestion cynégétique

Si un chasseur ne respecte pas ces règles, il s'expose à une contravention de 5e catégorie et le retrait de son permis de chasse. 

Jean-Pierre Caujolle ne comprend donc pas les arguments de Loïc Dombreval. Il affirme néanmoins qu'il l'accepterait si le député avançait l'argument de la disparition des marmottes.

Si, un jour, le Parc national du Mercantour me disait que les effectifs des marmottes baisse, je demanderais moi-même à ce que la chasse soit interdite, 

Jean-Pierre Caujolle.

Actuellement, la population de marmottes ne fait pas l'objet d'une surveillance particulière dans les Alpes-Maritimes. "L’espèce est très commune en montagne aux altitudes qui lui sont favorables. De plus, l’étendue de son habitat a été historiquement augmentée par le déboisement et les pratiques pastorales", expliquent les équipes du Parc national du Mercantour sur leur site internet

Marmotte au soleil couchant
Marmotte au soleil couchant © pizano13 / Pixabay / CC

Le changement climatique, prédateur principal 

Cela ne signifie pas pour autant que la marmotte n'est pas menacée. Jean-Pierre Caujolle reconnaît lui-même qu'il croise de moins en moins de ces rongeurs dans les Alpes. Pour lui, ce n'est pas la chasse qui est responsable, mais d'abord les patous. Ces chiens de protection des troupeaux, "toujours plus nombreux en alpage" selon le parc du Mercantour, chassent les marmottes "qui sont des proies faciles"

Le tourisme montagnard est aussi pointé du doigt par Jean-Pierre Caujolle et le parc du Mercantour. Quand ils ne courent pas derrière les marmottes, certains randonneurs les nourrissentavec des sucreries ou des chips, ce qui leur provoque de grave maladies. 

Le plus grand prédateur des marmottes reste le changement climatique.

Tout l'été, la marmotte fait des réserves de graisse, avant de se retirer dans son terrier pour hiberner d'octobre à mars. Le rongeur dépend fortement de l'épaisseur de la neige, qui lui garantit une isolation optimale. Pourtant, depuis une dizaine d'années, les chutes de neige s'amoindrissent sur le massif alpin. Or, moins il y a de neige, plus les hivers au fond du terrier sont rudes.

Plus il fait froid, plus la marmotte doit puiser dans ses réserves de graisse. 

"Face à ces modifications climatiques, les femelles sortent donc d’hibernation avec un poids de plus en plus faible et produisent en conséquence des portées de plus en plus petites au printemps", déplorent les scientifiques du Projet Marmotte Alpine sur leur site internet.

A terme, la population de marmotte pourrait fortement diminuer. D'autant plus que l’enneigement des Alpes pourrait encore chuter de 20 à 40 % d’ici 2050.

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