Action écologiste contre la cimenterie Lafarge : "réprimés comme des terroristes", retour en quatre actes sur le sabotage des activistes

Ce vendredi 5 avril, deux nouveaux militants écologistes sont convoqués devant le tribunal d'Aix-en-Provence en vue d'une mise en examen. L'affaire qui remonte à décembre 2022, s'était déroulée dans un climat de tension autour des activistes écologistes.

Le 10 décembre 2022, une cimenterie du groupe Lafarge à Bouc-Bel-Air entre Marseille et Aix-en-Provence était prise pour cible par un groupe de plusieurs dizaines de militants écologistes revendiquant une action contre "le pollueur". Après l'interpellation d'une trentaine de personnes dans le milieu écologiste, deux nouvelles personnes sont convoquées devant les juges ce vendredi 5 avril devant le tribunal d'Aix-en-Provence.

France 3 Provence-Alpes revient sur les temps forts de cette affaire qui a vu émerger la qualification d'écoterrorisme en France. 

Acte 1 : la mobilisation contre Lafarge monte en puissance 

La mobilisation contre le cimentier démarre avec l'affaire Lafarge-Hocim. Le groupe est soupçonné d'avoir versé, via sa filiale syrienne, plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes, dont l'organisation Etat islamique. À partir de 2020, des "blocages de chantiers"  ainsi que des occupations et sabotage de sites sont organisés en France et en Suisse pour dénoncer les "procédures antiterroristes" dont la multinationale fait l'objet, le groupe étant pointé comme "l'un des plus gros pollueurs et producteurs de CO2 du pays". 

Acte 2 : le sabotage de la cimenterie de Bouc-Bel-Air par des militants

Le samedi 10 décembre 2022, des activistes pénètrent par surprise sur le site de Lafarge de La Malle et revendiquent notamment, dans un communiqué, un "sabotage de l'incinérateur et des dispositifs électriques, des câbles sectionnés, des sacs de ciments éventrés, des murs repeints de tags". La vidéo de l'opération postée sur plusieurs sites militants montre des dizaines de personnes en combinaisons blanches à capuche sur un sentier. Un texte anonyme accompagnant cette vidéo salue cette action contre le "cimentier-pollueur", menée par "200 personnes".

Le directeur de la communication et des affaires publiques de Lafarge France Loïc Leuliette réagit sur France info : "L'attaque a été violente, brutale". Il fait état de personnes "armées de haches, de barre à mine qui ont systématiquement tout saccagé sur leur passage".

Le parquet d'Aix-en-Provence ouvre le jour même une enquête en flagrance, pour "destruction ou détérioration en bande organisée par moyen dangereux", "par des personnes dissimulant tout ou partie de leur visage", et pour "association de malfaiteurs". 

Acte 3 : l'enquête et les interpellations 

Les policiers de la Sous-direction antiterroriste (Sdat), en lien avec la section de recherches de la gendarmerie, procèdent quelques mois plus tard, dans différents départements,à une première vague d'arrestations le lundi 5 juin 2023 auprès d'une quinzaine de personnes. Une seconde intervient, le mardi 20 juin : 14 personnes soupçonnées d'avoir participé à cette action sont placées en garde à vue. 

Cette importante opération dans le milieu écologiste survient sur fond de polémique autour de la dissolution du mouvement Les Soulèvements de la Terre, dans la foulée de la manifestation interdite contre les "méga-bassines" à Sainte-Soline (Deux-Sèvres). 

Ces interpellations sont vivement critiquées par Jean-Luc Mélenchon. Les militants des Soulèvements de la Terre sont "réprimés comme des terroristes qu'ils ne sont pas" dénonçait alors sur X, le leader de La France insoumise.

Dans un communiqué, le comité régional Provence Alpes-Côte d'Azur de la Ligue des droits de l'homme évoque une "accumulation de procédures contre les militants écologistes", qui s'apparente pour lui à "une série d'intimidations".

Acte 4 : la mise en examen de militants 

Deux personnes, mises en examen le mardi 11 juillet après convocation devant les juges d'instruction, pour "dégradation et destruction en bande organisée" et "association de malfaiteurs", sont placées sous contrôle judiciaire.

Parmi elles figure un photojournaliste qui "ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés et conteste les motifs de la mise en examen", selon son avocat Colin Verguet. Même son de cloche du côté d'une militante qui se dit proche des idées des SLT : "Chaque élément me semble discutable et insuffisant pour une mise en examen", selon son avocat Guillaume Arnaud.

Deux autres personnes sont convoquées devant les juges ce vendredi 5 avril en vue d'une mise en examen. Le comité de soutien aux personnes mises en cause dans ce dossier dénoncent notamment les "méthodes d'intimidation" au cœur de l'enquête,  "épluchage des comptes bancaires, écoutes téléphoniques, filatures, balises et introduction d'un logiciel espion dans le téléphone d'une journaliste".