Aix-en-Provence : "Le Pillage", au cœur de la fondation Vasarely retour sur 30 ans d'histoires judiciaires et familiales

"Le pillage", livre co-écrit par la journaliste de la Provence Laëtitia Sariroglou et Pierre Vasarely revient sur les nombreux rebondissements autour de la succession des œuvres et de la fondation de l'artiste Victor Vasarely.

Pendant plus de 530 pages, les deux auteurs racontent les 30 ans de rebondissements qui ont jalonné l'histoire de la fondation Vasarely entre déchirements familiaux et décisions de justice.

Une fondation voulue et rêvée par le couple Claire et Victor Vasarely, ouverte en 1976, et qui après une période trouble, accueille de nouveau du public. Cette fondation a connu des années d'errements et les oeuvres ont failli être disséminées aux quatre coins du monde.

A présent, près de 100.000 visiteurs par an se rendent au musée d'Aix-en-Provence.

Origine du projet 

Comme des historiens, les deux auteurs ont recherché les preuves de chacun des faits relatés dans le livre. Et si les dialogues sont romancés, l'histoire, elle, est bien réelle.

C'est celle de Pierre Vasarely, petit-fils de l'artiste plasticien Victor Vasarely. Et celle de sa famille qui s'est déchirée autour de l'héritage de l'artiste.

"Il m'a semblé important, après ces nombreuses années de procédures, d'y mettre un terme à travers un récit qui raconte malgré tout une très belle histoire. C'est celle d'un couple, Claire et Victor Vasarely qui auront constitué tout au long de leur vie, une oeuvre considérable, à but non-lucratif, entouré de leurs de deux fils" explique le petit-fils de l'artiste, Pierre Vasarely, à la tête aujourd'hui de la fondation.

Pour ce livre, les deux auteurs se sont partagé les rôles.

De son côté, Pierre Vasarely regroupe des documents officiels de la fondation, comme des comptes rendus des conseils d'administration, des courriers personnels pour fournir de la matière à la journaliste de La Provence, Laëtitia Sariroglou. 

" Pierre relisait au fur et à mesure et il m'a laissé une liberté totale sur les personnages, y compris sur lui-même et parfois ce fût un peu douloureux. J'ai essayé d'avoir un regard honnête sur l'histoire et les uns et les autres".

En tant que spécialiste police/justice à Aix-en-Provence, la journaliste a suivi les derniers rebondissements de l'affaire pour ses articles.

De son côté Pierre Vasarely entendait souvent la même phrase autour de lui "mais raconte, ton histoire, celle de ta famille". Il n'était pas contre l'idée, mais il lui fallait trouver la personne capable de comprendre ce qui s'est passé et l'écrire.

"On se connait depuis longtemps, en tant que chroniqueuse judiciaire à Aix-en-Provence, je me suis intéressée aux derniers rebondissements. Il y a une galerie de personnages intéressante, et je lui ai dit que j'allai relever le défi", explique Laëtitia Sariroglou.

Et de fait, elle a côtoyé des protagonistes directement, dont Pierre Vasarely. "Il n'y a pas de révélations, car tout a été dit, mais une plongée inédite au cœur de la mécanique du pillage de l’oeuvre de l’artiste", prévient Laëtitia Sariroglou.

En deux ans, en plus de son travail de journaliste, l'auteure va éplucher des milliers de documents, les trier, les classer et reconstituer cette mécanique de pillage de l'oeuvre et de la fondation.  

"Dans les archives de la fondation, il y a plein de choses, tous les courriers, articles de presse, que j'ai classé par protagonistes, par date", précise l'auteure. 

" Je me suis rendue aux archives départementales pour consulter les dossiers, celui de Charles Debbasch par exemple contient 25 tomes. C'est ce travail de triage de tous les documents qui a été le plus long, plus que l'écriture en elle-même. Il a fallu trouver la façon de raconter et de rendre digeste toutes ces décisions de justice", explique la journaliste.

C'est un ouvrage qui parle de faits réels mais romancés sous certains aspects.

"Pour avancer dans le récit, il fallait créer des scènes pour que ce ne soit pas trop aride pour le lecteur", confie Laëtitia Sariroglou.

"J'ai interrogé d'autres personnes aussi, en off, pas tant sur les faits mais sur l'attitude des personnages". 

Le pillage

De son vivant, l'architecte, plasticien, mu par un désir d'offrir au plus grand nombre l'accès à ses oeuvres et à la culture, va fonder avec son épouse Claire Vasarely, la fondation éponyme.

Une façon aussi de mettre ses oeuvres à l'abri de l'appétit des marchands d'art et autres convoitises.

Malheureusement, c'est l'inverse qui va se produire à la mort du couple.

"On va dire que c'est d'abord le problème des fondations en France, lorsque le fondateur décède. C'est un problème classique de succession, un problème d'héritage. Claire et Victor avaient tout prévu pour éviter ces problèmes de successions, or il y avait des failles dans le dispositif juridique et des personnes malintentionnées se sont engouffrées dans la brèche", explique le petit-fils.

Cela concerne près de 400 oeuvres qui se trouvaient à Gordes au sein de la fondation. 

"Cela prend des proportions beaucoup plus importantes lorsque l'on parle de succession artistique. Mais le principe de la fondation devait protéger les oeuvres qui avaient été données par Claire et Victor Vasarely à cette institution. Des oeuvres majeures, celles de toute une vie. Mais ce n'est qu'un vulgaire problème de succession", insiste Pierre Vasarely.

A la mort de leurs parents, les deux frères, oncle et père de Pierre Vasarely, mal conseillés par leurs notaires et avocats ont commencés à être en désaccord sur l'héritage. Une situation qui va déboucher sur la récupération des oeuvres de leurs parents.

"Les problèmes sont arrivés car des avocats et notaires malintentionnés se sont penchés sur la fondation et ont cherché les failles juridiques leur permettant de récupérer les oeuvres. Elles étaient jusque là incessibles et destinées à être vues par le plus grand nombre".

C'est un arbitrage juridique qui va autoriser la récuperation des oeuvres par la famille qui se déchire.

"20 plus tard, cet arbitrage sera cassé et de ce fait les oeuvres devront revenir dans le giron de la fondation", précise le président actuel de la fondation et petit-fils de Victor Vasarely, Pierre.

Démarre alors un long processus de retour des oeuvres...qui n'est pas encore achevé.

Fondation en péril

Si la fondation Vasarely est à présent sauvée, elle a longtemps été dépossédée de ses oeuvres et de sa fonction.

"Depuis 12 ans, un grand nombre d'actions ont été engagées, en 2013 la fondation a été classée monument historique, et depuis 2020 elle a reçu l'appellation "musée de France", deux titres qui assurent un avenir radieux pour la fondation", détaille Pierre Vasarely.

Des financements de collectivités territoriales sont venus au secours aussi de la fondation, pour que ce patrimoine conserve son rôle d'intérêt public. 

"Il y a un vrai programme, un énorme travail, et nous n'attendons aucune autre compensation si ce n'est participer au redéveloppement d'un travail considérable fait par l'artiste de son vivant qui a investi toute sa fortune personnelle pour un objet d'intérêt public", insiste Pierre Vasarely.

Toutes les oeuvres n'ont pas été rapatriées, l'histoire n'est pas finie non plus sur le plan pénal.

"Si l'arbitrage est définitivement annulé au civil, il reste une procédure au pénal toujours en cours pour abus de confiance. D'ailleurs une information judiciaire est ouverte, plusieurs mises en examen sont d’ores et déjà intervenues", précise la spécialiste justice de La Provence.

"Ce travail d'écriture réalisé grâce à Laëtitia vient remettre les pendules à l'heure", conclut Pierre Vasarely.

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