Bouches-du-Rhône : Claudia, victime d’agression sexuelle, l’histoire d’une vie sous emprise

Claudia accuse Anthony Pontet, ex-élu à la mairie de Gardanne, jugé ce vendredi pour agression sexuelle sur mineures de moins de 15 ans. Elle avait 12 ans quand tout a débuté, et six ans plus tard, elle a fini par l'épouser. Une affaire bouleversante qui pose la question de l’emprise.

L'histoire de Claudia montre comme une victime peut se retrouver sous l'emprise de son agresseur (Photo d'illustration)
L'histoire de Claudia montre comme une victime peut se retrouver sous l'emprise de son agresseur (Photo d'illustration) © SALESSE Florian/MaxPPP

Il aura fallu du temps, beaucoup de temps à Claudia pour mettre des mots sur ce qu’elle avait vécu. Une enfance volée, brisée.

Elle n’a que 12 ans lorsqu’elle subit les premières attaques de son agresseur.  Des attaques dissimulées derrière des promesses et les sourires de son professeur de chant. Des outrages désormais entre les mains de la justice.

Anthony Pontet, ex-adjoint à la réussite éducative à la mairie de Gardanne, a comparu ce vendredi devant le tribunal correctionnel à Aix-en-Provence. Il est poursuivi pour agression sexuelle sur deux mineures de moins de 15 ans : Claudia et Manuella, respectivement âgée de 12 et 14 ans au moment des faits.

Certains faits sont couverts par la prescription

Ils s’étalent sur une dizaine d’années, mais avec les prescriptions, seuls les actes commis entre 2003 et 2006 seront jugés.

En 2003, Anthony Pontet a 21 ans. C’est un jeune homme plein d’énergie et d’ambition. Avant d’entrer à la mairie de sa ville natale, il s’investit dans plusieurs associations locales de lutte contre le cancer, de soutien scolaire et de musique où il intervient comme professeur de chant.

C’est là que ses deux victimes sont approchées. Pour Claudia, ça commence le 23 septembre 2003. Son professeur la complimente sur sa voix exceptionnelle. Il lui propose d’écrire pour elle.

Il l’invite ensuite à venir enregistrer chez lui, et surtout il lui fait miroiter une candidature à la Star Académie, émission alors très populaire chez les jeunes. Suffisant pour convaincre la jeune fille qui rêve de devenir chanteuse. C’est le début de l’emprise.

Un professeur de chant très tactile

Les deux victimes parlent d’un homme "très tactile", "de baisers suivis de caresses et de relations sexuelles". Des faits que l’ex-adjoint de Gardanne ne nie pas, mais lors de ses auditions, il évoque des "relations sexuelles consenties".

L’homme est décrit comme un "manipulateur" selon les premières expertises psychologiques, souligne l’avocate de Claudia, maître Isabelle Laurent-Joseph. Il sait se faire apprécier de la famille et vient d'ailleurs régulièrement manger à la maison.

C’est une période où la fillette vit des moments difficiles, ses parents sont en plein divorce. Pour l’avocate, "c’est une véritable emprise qu’il exercera sur sa cliente pendant des années". Il ira même jusqu’à devenir surveillant dans son collège, puis dans son lycée. Il ne manque pas une occasion de raccompagner chaque soir la jeune fille chez elle.

Les mots d’agressions sexuelles ne sont jamais prononcés. Mais, déjà les prémices d’un mal-être apparaissent. Depuis ses 15 ans, Claudia dérobe régulièrement des antidépresseurs à sa mère.

Un mariage et deux enfants

L’emprise psychologique est telle que la victime finira par épouser son agresseur à 18 ans. Elle aura même deux enfants avec lui.

"Le déclic arrivera quelques années plus tard, en 2008", explique Isabelle Laurent-Joseph, lors d’une soirée de cinéma avec la projection de la bande-annonce du film "Les Chatouilles" d’Andréa Bescond et d’Eric Metayer.

C'est l’histoire d’une petite fille violée, pendant des années, par un ami de la famille. "C’est là que Claudia réalise", ajoute l’avocate.

Sa mémoire se réactive, cette histoire est aussi la sienne.

Me Laurent-Joseph, avocate de Claudia

Comme dans ce film, les chatouilles ont joué un rôle essentiel pour Claudia aussi. Elles ont été le moyen utilisé pour approcher et toucher son corps.

"En 2018, lorsqu’elle déboule dans mon cabinet d’avocate, c’est une gamine fragile de 15 ans que je crois voir, alors qu’elle en a 10 de plus", se souvient l’avocate. Un premier entretien où sont évoquées les difficultés de ce dossier. Il faut réfléchir... il y a les enfants, et c’est alors la seule plainte.  

Un an plus tard, Claudia revient. Elle est prête à affronter son passé. "Elle était métamorphosée, comme libérée d’un poids", note Me Laurent-Joseph.

Faire reconnaître son statut de victime

Dans un premier temps, Anthony Pontet est mis en examen pour viol, agression sexuelle et atteinte sexuelle sur mineures de moins de 15 ans. Plusieurs autres jeunes femmes seront entendues dans le cadre de cette enquête, mais seule l’une d’entre elles, Manuella, porte plainte comme Claudia.

Au procès, seul le chef d'agression sexuelle a été retenu. Aux côtés de Manuella, Claudia affronte ses démons. Elle veut enfin être entendue pour faire reconnaître son statut de victime et qu’on admette aussi que son enfance a été volée, abîmée.

Des excuses, elle en a déjà eues. Anthony Pontet a fini par écrire une lettre après avoir vu les deux plaignantes en pleurs lors d’une confrontation.

"Il s’agit d’aller plus loin" pour l'avocate de Claudia. Sa cliente souhaite que cela ne se reproduise plus, pour enfin tourner cette page sombre de son histoire.

Pour agression sexuelle, Anthony Pontet, aujourd’hui âgé de 39 ans, encourt 10 ans de réclusion criminelle. C’est libre qu’il a comparu devant la justice. Après 10 mois de détention provisoire, il a été assigné à résidence avec un bracelet électronique.  

Une nouvelle loi sur la protection des mineurs

Cette affaire a une résonnance particulière, sur fond de vague #Metoo, et surtout quelques jours après le vote à l’Assemblée, d’une loi renforçant la protection des mineurs contre les violences sexuelles. 

Désormais, tout acte sexuel avec un enfant de moins de 15 ans est considéré comme non consenti et donc comme un viol. La peine est alors de 20 ans de réclusion criminelle. Une loi qui n’est pas rétroactive. L’affaire Anthony Pontet n’entre pas dans ce cadre, mais il est possible que la justice ne soit pas insensible à l’évolution de la société.

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