"La souffrance est arrivée à son paroxysme" : la colère des surveillants de la prison d'Aix-Luynes, en manque d'effectif

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Écrit par Louise Beliaeff, Jean-François Giorgetti

Les surveillants de la prison de Luynes à Aix-en-Provence se sont mobilisés ce vendredi matin pour parler de leurs conditions de travail. Les syndicats dénoncent l'absence de considération de la part de l'administration pénitentiaire.

"Ce qu’on craint aujourd’hui, c’est qu’il y ait un drame dans cet établissement". Les surveillants de la prison de Luynes à Aix-en-Provence ont bloqué toutes les entrées et sorties de la prison dès la première heure, ce vendredi matin. Ils dénoncent l'immobilisme de l'administration face à leurs conditions de travail et au manque d'effectifs. 

En 2018, l'extension de la prison a permis un apport en personnels. "Insuffisant", pour Saïd El Khalifi, secrétaire local UFAP UNSA Justice. "L’organigramme n’a jamais été révisé".

Ce manque de personnel a une incidence sur les conditions de travail des agents et peut donc entraîner des problèmes de sécurité. "Les agents se retrouvent très souvent seuls alors qu’ils doivent gérer plusieurs tâches, précise le secrétaire local. La souffrance dure depuis un moment mais elle est arrivée à son paroxysme"

Effet direct du manque d'effectif : des pauses qui se raccourcissent quand elles ne sont pas supprimées. Certains agents faisant "des vacations de 12 heures d'amplitude horaire non-stop, parfois sans pouvoir se restaurer", peut-on lire dans un communiqué de presse du Syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS).

"Ce même agent qui a pour mission de gérer tous les mouvements, la surveillance des promenades et la gestion du bâtiment. Tout ceci est-il sécuritaire ?! (...) La crise sanitaire n'est pas une excuse pour tout!"

Une administration muette

Une réunion s'est tenue ce matin entre syndicats et direction. Selon les représentants du personnel, aucune solution concrète n'a été apportée. "L’administration n’entend pas l’écho des personnels, déclare Saïd El Khalifi. Aujourd’hui, on a eu une table de négociations qui semble ne pas aboutir puisque que malgré les souffrances déclarées depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années, l’administration n’a pas de réponse".

On arrive à un moment où on est face à un mur et on ne comprend pas pourquoi il n’y a pas de communication.

Cyril Huet Lambing, Secrétaire général national adjoint

Le syndicat UFAP UNSA Justice énumère les leviers "très simples" à mettre en place : "faire appel à des réservistes, des services particuliers, à des établissements mieux nourris en effectifs"

"C’est dramatique qu’il faille en arriver là pour demander quelque chose qu’on devrait avoir tout naturellement. On a l’impression de quémander des carambars.(...) Ça fait une semaine qu’ils sont au courant qu’il va y avoir un mouvement, aucune décision n’est prise, aucune réponse n’est apportée, ajoute Cyril Huet Lambing. On nous demande tout gentiment de reprendre le travail parce que sinon les agents vont être sanctionnés".

La police est intervenue vendredi en fin de matinée pour débloquer la prison de Luynes. Mais selon les syndicats, le mouvement devrait reprendre lundi. De son côté, la direction n'a pas répondu à nos sollicitations.

Des prisons sous tension dans la région Paca

Le 24 décembre dernier, deux surveillants ont été agressés par un détenu aux parloirs dans la prison de Luynes. La situation de cette prison face au manque d'effectifs et ses conséquences directes sur la sécurité serait "similaire à d'autres établissements", lâche Said El Khalifi. Ailleurs dans la région, plusieurs actes de violence ont émaillé les derniers mois.

En juillet 2021, des coups de feu ont été tirés sur la porte de la prison de Tarascon"Les agressions sont de plus en plus violentes, de plus en plus inquiétantes, à l'image de la société actuelle", avait alors constaté Mathieu Merlin, surveillant et secrétaire local FO Pénitentiaire "Un de nos collègues a été ébouillanté en août 2020, il n'a toujours pas repris le travail". 

Toujours à Tarascon, le 13 janvier dernier, un surveillant a reçu un coup-de-poing au visage de la part d'un détenu. "C'est bouillant, c'est une cocotte-minute prête à exploser" témoignait Sylvain Grellier, secrétaire national du syndicat Horizon Justice. La veille, deux autres surveillants ont été blessés par des détenus. Là aussi, le manque de personnels est en cause. ""Il manque clairement une dizaine d'agents pour les 600 détenus sur place"

À cela s'ajoute la situation sanitaire qui a causé la suppression des parloirs ou des dépôts de linge. Une trentaine de familles de détenus de la prison de Tarascon ont décidé d'alerter l'Observatoire International des prisons (OIP) sur les conditions de détention de leurs proches.