Arles : les abeilles victimes d'un cocktail météo catastrophique mais pas seulement

L'année 2019 est probablement l'une des pires années pour les récoltes de miel. A Arles, la production s'effondre de 60 à 70 %. Un hiver chaud, un printemps froid, un été caniculaire ajouté aux pesticides et aux frelons asiatiques, le cocktail est catastrophique pour les abeilles.

À Arles, Jean-Claude Cot est apiculteur. Il est aussi président de l'association l'Abeille arlésienne. Lorsqu'il regarde ses ruches, il est désespéré. Elles sont pratiquement vides, les abeilles ont presque disparu, "Elles ont juste laissé de quoi remplir le cadre pour leur survie", explique-t-il.

Ici, la production a chuté de 60 à 70% par rapport à l'année dernière. Pourtant, Jean-Claude Cot avait anticipé les fortes chaleurs de l'été. Il avait déplacé ses ruches près d'un cours d'eau. "Le Rhône est à 100 mètres de là, ça apporte de l'humidité, ce qui favorise le développement des pucerons".

Les pucerons et autres insectes suceur excrètent le miellat, une substance épaisse et visqueuse, composée essentiellement de sucre et d'acides aminés.

Les abeilles s'en nourrissent, en complément ou en remplacement du nectar des fleurs. Dans la ruche, le miellat se distingue du miel de nectar par sa couleur plus sombre.

Hiver trop chaud, printemps trop froid, été caniculaire

Cette année 2019 a été la pire au niveau des conditions climatiques pour les abeilles. En principe, l'abeille "reine" commence à pondre ses ouvrières au printemps, dès que le miel arrive dans la ruche, mais cette année, la météo a tout chamboulé.

L'hiver 2018-2019 a été chaud, particulièrement à partir de mi-février. Les reines se sont crues au printemps et ont commencé à pondre leurs ouvrières. La gestation dure un mois.

Sauf que passé cet hiver doux, le printemps a été très froid. Les ouvrières, en grand nombre, sont restées dans les ruches et n'ont pas butiné, faute de pouvoir trouver du pollen.

Elles ont commencé à mourir de faim. Pire, "j'en ai vu s'entre-dévorer", raconte l'apiculteur. Et dans la foulée, confrontées à ce mauvais printemps, les reines ont arrêté de pondre.
Enfin, lorsque les beaux-jours sont arrivés, les jardins, les champs ont commencé à fleurir, mais il n'y avait pas d'abeille pour butiner. Cet été caniculaire et le manque d'eau ont asséché les plantes, privé les ouvrières de pollen et fini de décimer les ruches.

"Dans la région, la sécheresse est venue s'ajouter aux pesticides et aux attaques de frelons asiatiques", ajoute Jean-Claude Cot, qui s'inquiète de l'accélération de la disparition des abeilles.

Quelles conséquences en 2020 ?

Selon l'Unaf (Union national de l'apiculture française), 30% des abeilles sont mortes l'hiver dernier, mais l'hiver prochain pourrait être pire. "Les cohortes d’abeilles mal nourries, cet été, auront bien plus de mal à survivre cet hiver."

Le manque d'abeilles aura aussi des conséquences sur l'agriculture. Le travail de pollinisation des ouvrières permet notamment, d'augmenter de 30%, le rendement des champs de colza et de tournesol.

Selon l'ONGI Greenpeace, l'action pollinisatrice des abeilles contribue à 75% de la production alimentaire mondiale. Les conséquences de sa disparition pourraient être catastrophiques.
En 2019, la production de miel français sera en dessous de 10.000 tonnes, bien inférieur aux 15.000 tonnes en temps normal.

S'il n’y a pas d'impact sur la qualité du miel, le prix en revanche devrait se ressentir, en particulier sur les miels de thym et d'acacia, produit dans le sud de la France.