Covid-19: explosion du taux d'incidence dans les Bouches-du-Rhône sous la menace du variant Omicron

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Écrit par Laura Cadeau
Dépistage sur l'Ile de la Réunion, où le variant Omicron a été identifié.
Dépistage sur l'Ile de la Réunion, où le variant Omicron a été identifié. © FRANCK DUBRAY / OUEST FRANCE/ MAXPPP

Alors que les premiers cas suspects liés au variant Omicron sont détectés en France, le taux d'incidence du Covid explose dans les Bouches-du-Rhône. France 3 fait le point sur la circulation du virus.

Très préoccupante. Voilà comment l’agence régionale de santé (ARS) parle de la situation sanitaire actuelle. Le taux d’incidence dans les Bouches-du-Rhône grimpe en flèche : 423 pour 100.000 habitants, contre 284 la semaine passée. Un taux 8 fois supérieur au seuil d’alerte fixé par le gouvernement (50 pour 100.000).

Le ministère de la Santé a annoncé dimanche que huit cas "possibles" de porteurs du variant Omicron avaient été détectés en France. Selon La Provence, il y aurait plusieurs cas positifs suspectés d'être liés au variant Omicron dans les Bouches-du-Rhône.  

Pour l'heure, l'information n'est pas confirmée par l'ARS Paca qui doit publier son bilan hebdomadaire dans la journée. 

Identifier les suspicions du variant Omicron

Philippe Halphon, lui, est chef de pôle de médecine interne et infectiologie à l’Hôpital Européen de Marseille. Avec son équipe, ce virologue travaille actuellement sur de nouvelles techniques de screening des variants. Autrement dit, des tests de criblage d’échantillons réalisés au sein d’un laboratoire de biologie spécialisée.  

"Hier soir, nous avons eu une réunion avec de nouvelles recommandations quant à ces tests. On a appris qu’une délétion 69-70 commune avec le variant Alpha (ndlr : l'absence d’un fragment d’ADN) va nous permettre d’identifier les potentielles suspicions du variant Omicron," explique-t-il.

Si le test s’avère positif, il sera alors mis en séquençage avant un alignement avec des bases de données, venant ainsi infirmer ou confirmer la présence du variant.

Mais impossible de dire si le variant sud-africain sera plus contagieux ou agressif que ses précédents. 

"On sait juste qu’il y a énormément de mutations. Si Omicron prend le dessus sur le variant Delta, il y aura éventuellement un potentiel de transmissibilité plus important." 

Les prochains jours seront "décisifs"

Ces derniers jours, la cadence s’est donc accélérée dans son service.

On screene énormément de patients en ce moment, une centaine par jour. Nous connaîtrons les premiers résultats dans la journée

Dr Halfon, virologue infectiologue

Un screening très large non spécifié à des voyageurs arrivant d’un pays étranger. 

"Il y a fort à parier que nous allons découvrir de nombreux variants Omicron sur le territoire. Les techniques mises en place jusqu’alors ne permettaient pas de le détecter, donc les prochains jours vont être décisifs," poursuit le médecin, tout en précisant qu’il ne faut "pas céder à la panique".  

Il insiste sur ce point : "Cela ne signifie pas qu’il faut s’attendre à un échec vaccinal massif ou à une propagation de l’infection aux personnes vaccinées." 

L'efficacité des vaccins en question

Le virologue se montre d’ailleurs optimiste concernant la protection apportée par le vaccin Pfizer. Contrairement au Moderna qui, lui, avait annoncé une baisse significative de son efficacité.  

Face à la recrudescence des cas positifs dans la région, l’ARS Paca alerte. Inscrit en gras à la fin de son dernier communiqué de presse : "Plus que jamais, la vaccination reste le rempart essentiel face à la propagation de l’épidémie." 

De son côté, la Haute autorité de sante (HAS) recommande quant à elle ce mardi la vaccination anti-Covid 19 aux enfants de 5 à 11 ans présentant un risque de faire une forme grave de la maladie. 

"On sait que la 3ème dose, ça marche !," rebondit Lionel Velly, chef anesthésiste au service de réanimation à l'hôpital de La Timone, à Marseille.

"Le patient du jour a 38 ans. La moyenne d'âge des patients Covid-19 dans notre service réanimation frôle les 52 ans. C’est toute une tranche jeune de la population qui, se pensant à l’abri, ne s’est pas fait vacciner. Mais aujourd'hui, il faut arrêter de croire que le Covid est une maladie de vieux."  

Les chiffres de l'ARS, les hospitaliers, eux, ne les ressentent qu'après coup.

"Nous, actuellement, on est en pleine vague Delta. Celle d'Omicron est  attendue pour février-mars car nous sommes toujours en décalé à l’hôpital," s’inquiète le professeur Lionel Velly.  

Sur 109 lits d’hospitalisation, 37% sont occupés par des patients Covid-19 dans son service.

"On attend une montée de réanimation fin de semaine ou début de semaine prochaine. On a toujours la même séquence : augmentation du taux d’incidence, augmentation dans les services conventionnels, puis transfert en soin critique en réanimation."

Une montée exponentielle des admissions en réa

Plus que le seuil, c'est l'évolution de la courbe qui affole les médecins. Une montée exponentielle.

"Ça augmente très doucement puis ça explose d'un coup," précise Lionel Velly. Avant d'évoquer l'exemple de nos voisins européens."En Allemagne, les conséquences hospitalières sont considérables: +2000 en 4 semaines."

"Ici, on voit déjà l'effet de l’incidence sur l'hôpital. L’AP-HM répond en ouvrant de nouveaux lits. On n’a pas encore de déprogrammation, mais c’est une chose qui peut arriver d’ici la fin de l’année."

Le professeur ne peut cacher son inquiétude face à la période de Noël qui approche.

"Nous avons un risque de saturation. On peut doubler notre nombre de lits car le matériel, on l’a. Le problème, c’est que nos équipes ont déjà beaucoup œuvré cet été et qu’il va falloir les resolliciter. Or, cette vague amplifie le manque cruel de personnels."

Problème : aucun renfort ne répond à l’appel.

On cherche à embaucher des infirmiers dès demain.

Lionel Velly, chef de service réanimation

Un manque cruel de personnels qui n’a pas été le cas des autres vagues. La raison? "Le marché a été aspiré," selon Lionel Velly.

"Chaque fois, c’est un éternel recommencement : on embauche, on fait des contrats, on forme, puis il y a un creux de la vague, ils sont de moins en moins et à la fin, on ne trouve plus du tout."  

Mesures sanitaires prolongées

Pour freiner la circulation active du virus, un arrêté préfectoral prolonge donc le port du masque obligatoire jusqu’au lundi 3 janvier inclus sur l’ensemble des communes des Bouches-du-Rhône.

Une obligation pour tout événement public générant un rassemblement important de population tels que les cours de récréation, les marchés de Noël ou encore aux abords des centres commerciaux. La consommation d’alcool sur la voie publique est aussi à nouveau interdite. 

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