Interdiction de l'écriture inclusive : "Ça me donne envie de l'employer encore plus", s'indigne un linguiste de l'université d'Aix-Marseille

Le Sénat a adopté une proposition de loi contre "les dérives de l'écriture dite inclusive", lundi 30 octobre. Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste à la faculté d'Aix-en-Provence, dénonce un "harcèlement" contre les universitaires et l'écriture inclusive.

Chères Françaises, chers Français, l'écriture inclusive va être bannie : c'est presque l'oxymore qu'a placée Emmanuel Macron dans son discours à l'inauguration de la Cité internationale de la langue française, lundi 30 octobre. Nommer ainsi les femmes et les hommes qui composent la nation s'inscrit dans une démarche inclusive, mais le président semble partir en croisade contre cette évolution de la langue : "le masculin fait le neutre" a-t-il tranché.

Il n'est pas le seul à le penser. Au Sénat ce même 30 octobre, une proposition de loi "visant à protéger la langue française des dérives de l'écriture dite inclusive" a été adoptée. Elle prévoit l'interdiction dans tout texte officiel de termes comme "iel" (contraction de elle et il) et "celleux" (contraction de celles et ceux), ou proscrit le point médian. Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste à l'université d'Aix-Marseille conteste cette interdiction, celle d'un "homme aux super pouvoirs qui veut façonner seul la langue".

Le masculin ne fait pas toujours le neutre

Selon le linguiste de la faculté d'Aix-en-Provence, le président de la république se trompe : "Emmanuel Macron formule une règle grammaticale qui repose sur un cliché qu'on répète souvent, du masculin qui l'emporte sur le féminin. Ce fonctionnement linguistique est en partie vrai, on accorde au masculin très souvent quand on dit qu'il fait beau ou qu'il va pleuvoir, mais le contraire existe aussi. Quand on fait un accord de proximité, on dit que 'certaines régions et départements sont touchées par la tempête' par exemple".

Médéric Gasquet-Cyrus rappelle par ailleurs que "aucun organisme ne régule les mots", qu'il soit gouvernemental ou académique.

"Une forme de harcèlement professionnel et moral"

En 2021 déjà, une circulaire a proscrit "le recours à l'écriture dite inclusive" dans les actes administratifs du ministère de l'Éducation nationale. Deux ans plus tard, le Sénat et le président s'attaquent de nouveau à cette évolution de la langue. "On a déjà souffert sous ce gouvernement d'une accusation d'islamo-gauchisme, souffle le linguiste. Cette loi est d'abord un projet politique qui vise les universités, c'est une forme de harcèlement professionnel et moral. On est pointés du doigt comme des dangereux extrémistes."

Dans le détail, la proposition de loi évoque une université où "toutes les composantes de l’écriture dite inclusive progressent, y compris ses formes les plus extrêmes et ce, non seulement dans les correspondances internes à ces institutions, mais aussi dans l’enseignement".

Dans les murs de la faculté, Médéric Gasquet-Cyrus confie que "personne n'oblige l'inclusif pour les devoirs universitaires. Parfois on utilise des formes inclusives quand on dit 'toutes et tous', mais c'est fait de la même manière qu'Emmanuel Macron dans ses discours", en plaisante-t-il.

Inclure la majorité des étudiants

Malgré la faible présence de cette nouvelle écriture à l'Université d'Aix-Marseille, Médéric Gasquet-Cyrus confie l'utiliser à certaines occasions : "Si sur les 80 étudiants de mon amphithéâtre, 75 sont des femmes, je vais peut-être utiliser la forme féminine quand je m'adresse au groupe. Cette démarche vise à inclure la majorité des étudiants, avec une meilleure prise en compte des femmes". Le linguiste en profite pour évoquer le fondement même d'une université publique, "elle se veut ouverte à tous, insiste-t-il. Ça passe parfois par de l'écriture inclusive, mais rien qui ne soit une forme illisible ou excessive".

Pour l'heure, Médéric Gasquet-Cyrus et ses collègues ne sont pas inquiets par cette proposition de loi, comme lorsque le député marseillais Guy Teissier (LR) évoquait une peine de prison pour l'emploi de l'inclusif. "Ça me donne envie de l'employer encore plus pour emmerder les sénateurs et les réactionnaires et tant pis si ces gens sont excités par leur domination masculine, clame l'universitaire. Mais toujours dans le respect de la majorité des étudiants. Si certains ne le comprennent pas, alors on discute pour trouver un consensus".

La proposition de loi des Républicains au Sénat "visant à protéger la langue française des dérives de l'écriture dite inclusive" doit désormais se diriger vers l'Assemblée Nationale, à majorité présidentielle relative. 

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