"Ville amie des animaux" : peut-on se fier au label de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur ?

La Région Paca vient de décerner son label "Ville amie des animaux" à 33 nouvelles communes. Une patte, deux pattes, trois pattes... Quelle signification ? Peut-on se fier aux critères retenus ? Nous avons demandé leur avis à quelques associations qui agissent sur le terrain de la protection animale.

Des animaux et des hommes, présents pour la cérémonie de remise des prix à l'Hôtel de Région, à Marseille :

Sur le modèle de ce qui existe déjà en Région Ile-de-France, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur a créé en 2022 un label "Ville amie des animaux". Il distingue les communes pour "leurs actions en faveur d’une meilleure prise en compte de l’animal dans l’espace public et en faveur des citoyens, propriétaires d’animaux".

Menton fait partie des villes labellisées :

Menton, Nice, Toulon, La Ciotat, Mougins, Trets, ou encore Les Pennes Mirabeau,... Pour les années 2023 et 2024, ce label a été décerné à 33 communes supplémentaires en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

> En vert les villes labellisées en 2023 et 2024 - En jaune les 2024 et en violet les 2023 :

Bien-être des animaux et de leurs propriétaires

Trois pattes décernées aux communes dont les actions sont jugées "excellentes", deux pattes pour les candidatures "bonnes", une patte pour les cas "encourageants". Pour décerner ce label, différents critères ont été pris en compte, tels que :

  • Participation active à la stérilisation. Toutes les communes labellisées le font.
  • Mise en place d'espaces de bien-être pour les animaux de compagnie, tels que "caniparcs", espaces de promenade en liberté ou espaces de baignade réservés.
  • Mobilisation et formation de policiers municipaux. Dans certaines communes, ils peuvent intervenir sur signalement d'animaux en détresse. Cela peut aller jusqu'à la création d'une brigade animalière, ou même d'une direction sensible au bien-être animal au sein de la commune.
  • Organisation de journées dédiées aux animaux avec présence d'associations et de refuges, possibilité d'adoption ou campagnes de communication dédiées.
  • Création d'aménagements spécifiques pour la faune sauvage, comme des pigeonniers, des nichoirs à chauve-souris, des nids pour certaines espèces protégées d'oiseaux, ou la mise à disposition de terrains communaux pour les apiculteurs.

La Fondation Brigitte Bardot affiche son soutien à ce label en soulignant qu'il récompense des "actions concrètes" de la part des communes :

Priorité à la stérilisation

Sur le terrain, la petite association Les papattes villeneuvoises, à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) se félicite de la priorité donnée à l'action des communes en faveur de la stérilisation. C'est une opération dont elle s'acquitte systématiquement pour les animaux abandonnés qu'elle prend en charge, avant de les proposer à l'adoption. "La stérilisation est indispensable pour éviter qu'il y ait une prolifération d'animaux. Trop de chats, cela conduit à des abandons, des refuges pleins, des animaux à la rue", explique la secrétaire de l'association Marie Pelou.

Le président national de la Société Protectrice des Animaux confirme :

La première chose à faire pour les communes, c'est de participer à la stérilisation ! Savez-vous combien de descendants peut avoir un couple de chats en seulement quatre ans ? 20 000 !

Jacques-Charles Fombonne, président national de la SPA

"Chaque stérilisation coûte entre 50 et 80 euros Il est donc très important que les communes y participent financièrement, pour que le coût ne repose pas que sur les associations", complète-t-il.

Jacques-Charles Fombonne connait bien le mécanisme de la "Ville amie des animaux". Il a été membre du jury pour le label en Ile-de-France. À la lecture des critères en place en PACA, un regret : "Les animaux ne sont pas faits pour la ville, et inversement. Alors aménager des espaces de promenade, c'est très bien, mais je regrette de ne pas trouver dans les critères les actions des communes pour favoriser, aménager la possibilité de prendre les transports en commun avec son animal". 

Si l'esprit de ce label est louable, certains critères font effectivement défaut aux yeux d'associations engagées sur le terrain de la protection animale.

L'association "Au service des animaux 06" gère deux refuges à Grasse et à Mougins (Alpes-Maritimes), et est devenue un des principaux recours lorsque des cas de maltraitance animale sont détectés dans le département.

À la lecture du palmarès "Ville amie des animaux", sa présidente, Cécilia Fruleux, se dit tout d'abord "étonnée de ne pas y trouver les noms de communes qui (lui) viennent de suite à l'esprit, des communes très impliquées, mais qui ne le font pas forcément savoir."

Un exemple ? "Mandelieu-La Napoule. La commune est allée jusqu'à interdire la pêche sur la Siagne pour protéger les cygnes et les goélands trop souvent blessés par des hameçons. C'est une première !", souligne Cécilia Fruleux. "Ou encore Carros, qui a formé des policiers pour la prise en charge des animaux errants".

La question oubliée de la fourrière

Ce que regrette avant tout Cécilia Fruleux, c'est cet oubli : les conditions de prise en charge des animaux errants.

Ils ont oublié un sujet essentiel dans les critères : celui de la prise en charge des animaux trouvés sur la voie publique. Sans fourrière éthique, il n'y a pas de bien-être animal.

Cécilia Fruleux, présidente de l'association Au service des animaux 06

L'association Au service des animaux 06 est elle-même délégataire pour assurer le service de fourrière dans 28 communes des Alpes-Maritimes. "Lorsque les animaux que nous trouvons dans la rue ne sont pas récupérés par leur propriétaire, nous les prenons en charge dans nos refuges et nous les soignons. Ailleurs, où vont les animaux trouvés, et comment sont-ils pris en charge ? C'est une question préoccupante et essentielle."

Dans les faits, certaines communes peuvent en effet choisir de confier cette mission à des associations de protection des animaux.

D'autres ont choisi de mettre en place une fourrière en régie municipale. C'est le cas d'Aix-en-Provence qui possède une fourrière couplée à un refuge municipal. Mais ce cas est rare, car il faut une structure et du personnel.

Enfin, certaines communes confient cette délégation de service public à des sociétés privées. C'est par exemple le cas de Nice et Menton. Certaines de ces sociétés ont été récemment dénoncées par l'association militante One Voice, pour des conditions de prise en charge des animaux indignes dans certains de leurs sites en France. L'association, qui a mené l'enquête en infiltrant des militants dans un de ces centres animaliers, évoque de nombreux cas d'euthanasie d'animaux abandonnés. Et si environ un chien trouvé sur cinq est récupéré par son propriétaire, ce n'est malheureusement pas le cas pour la grande majorité des chats.

Enfin, précision importante quant à l'attribution du label "Ville amie des animaux", pour en bénéficier, il faut avoir candidaté auprès de la Région. Les communes que n'en font pas la démarche ne seront donc de toute façon pas distinguées.