"Je n’ai jamais vu ça" : pour les législatives 2024, "plan procu" devient tendance pour les jeunes sur les réseaux sociaux

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Après l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale, de nouvelles élections législatives sont organisées les 30 juin et 7 juillet prochains. Face à l'urgence, un réseau d'entraide pour donner ou prendre des procurations s'est constitué sur les réseaux sociaux. On vous explique.

"Je n'ai jamais vu autant passer de messages sur les procurations". Depuis l'annonce des résultats aux élections Européennes donnant une large victoire de Rassemblement national, et l'annonce, dans la foulée, de dissolution de l'Assemblée nationale, Macha, 25 ans, explique avoir vu ses réseaux sociaux tourner en boucle sur un même sujet : le vote aux législatives, les 30 juin et 7 juillet prochains. "J'ai de nombreux amis qui mettent des messages pour proposer de prendre une procuration, certains font de la pédagogie pour expliquer comment ça fonctionne, pourquoi c'est important d'aller voter". La jeune Marseillaise évoque "des dizaines et des dizaines" de stories sur Instagram, surtout les deux premiers jours après l'annonce de la dissolution.

"Une sensation d'urgence"

"J'ai rarement vu ça. Ce n'était pas du tout pareil à l'élection présidentielle, ni aux européennes. J'ai l'impression que les gens de mon âge que je suis sur les réseaux ont une sensation d'urgence, de panique un peu, qu'il n'y a plus le choix. Tout le monde propose de donner, de prendre des procurations, avec l'impression qu'il n'y a pas d'autres solutions que d'aller tous voter".

On a le sentiment que chacun se sent investi d'une mission, d'une responsabilité pour essayer d'en parler le plus possible autour de soi, de convaincre les gens, d'avoir un rôle. 

Macha, 25 ans

à France 3 Provence-Alpes

"Les gens réalisent quand dans leurs followers sur Instagram, certains ne sont pas politisés, ou très peu, analyse la jeune femme. Certains décident de communiquer sur le sujet, alors que pour certains, ils n'ont pas l'habitude de parler de politique sur les réseaux".

 

Toucher les moins politisés

C'est le cas de Thibaut, 26 ans, journaliste à Paris. "Je n'exprime jamais mon opinion politique sur mes réseaux. Sauf pour ces élections. J'ai fait une story pour demander si des gens avaient besoin de moi pour aller voter". Thibaut a rapidement trouvé une personne intéressée. Échange de bon procédé, il se trouve que cette même personne prendra sa procuration le 7 juillet. 

"J'ai grandi dans un milieu beaucoup moins politisé que celui dans lequel je suis à présent, témoigne Thibaut. Poster ce message, c'est ma façon de dire à des potes moins politisés que là, c'était important, et que si ça leur cassait les pieds d'aller voter, j'étais prêt à prendre le relais".

Le jeune passionné de médias raconte également avoir appris à beaucoup d'amis ce qu'était "Plan Procu", s'ils ne pouvaient pas aller voter. Un site sur lequel il est possible de trouver quelqu'un à côté de chez soi pour prendre une procuration, ou se porter volontaire pour le faire.

"Plan Procu", le Tinder du vote

Pensé comme un site de "rencontres démocratiques", la plateforme "Plan Procu" a été lancée par l'association "A voté", qui lutte contre l'abstention. Le site utilise les codes des applications de rencontres pour mettre en relation les électeurs afin de faciliter les démarches pour les procurations.

Concrètement, lors de l'inscription, la personne renseigne des données personnelles sur le site afin de préremplir le Cerfa, document officiel à déposer au commissariat. Des données supprimées au lendemain du scrutin.

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Une publication partagée par A Voté (@avote_ong)

Le site avait été lancé pour les élections européennes du 9 juin dernier. L'équipe de bénévoles a rapidement dû le rouvrir après l'annonce de la dissolution et des élections législatives. "On est sur un délai extrêmement court, des personnes n'ont pas pu s'inscrire sur les listes électorales", explique Caroline Span, membre du conseil d'administration de l'association A Voté. 

"Le message principal que nous voulons faire passer, c'est qu'il faut se déplacer le jour de l'élection et ne pas choisir que la solution de facilité. Mais quand ce n'est pas possible, plusieurs alternatives existent : Plan Procu, demander dans l'entourage si quelqu'un peut porter son vote, ou demander dans le parti de son choix".

"Explosion" des demandes de procuration

Depuis la réactivation du site, les demandes "arrivent par milliers", détaille la bénévole. "Nous avons eu plus de 80 000 connexions sur le site le premier jour, énormément d'inscriptions. Cela démontre un élan de solidarité massif".  

Pour les élections européennes, le site avait déjà bien fonctionné. "On avait matché des milliers de personnes, développe Caroline Span. On avait déjà vu cet élan, surtout sur une élection qui mobilise très peu. Mais c'est sans commune mesure avec les prochaines élections. Les demandes ont explosé."

Une procuration basée sur la confiance

Le site est basé sur la confiance. Les personnes qui s'inscrivent sur Plan Procu s'engagent à "transmettre fidèlement" la volonté d'autrui. Il est toutefois impossible de vérifier que la personne a bien respecté la consigne de vote, mais chaque inscription est validée manuellement par l'équipe. "On se place comme un tiers de confiance, détaille la bénévole. On matche des gens qui ont des besoins avec ceux qui peuvent aller pour eux. Il y a une connexion, un vrai lien social qui se fait. Pour nous, la démocratie repose sur cela."

L'association tient également à mettre en avant "quelque chose de joyeux". "On est content d'aller voter pour quelqu'un d'autre, découvrir potentiellement un autre quartier dans sa ville. On sent un élan positif qui se crée autour de cette procuration".

Pour le moment, une majorité de jeunes est inscrit sur le site de "rencontres démocratiques". L'algorithme de la plateforme classe les demandes en fonction de la proximité géographique. "Beaucoup de gens de Marseille, de Paris, Lyon, Nantes, Toulouse…" Mais pas que. L'association reçoit des demandes dans des tout petits villages, et même à l'étranger. "C'est fabuleux, par exemple, on a réussi à matcher en Colombie, à Montréal".

Sortir du microcosme ?

Si beaucoup de jeunes parlent et partagent des bons plans pour les procurations sur les réseaux sociaux, si les demandes sur Plan Procu explosent, cela arrive-t-il à tourner en dehors des cercles privilégiés, cultivés, concernés par la politique ? "On vit dans un microcosme, relativise Thibaut. Plein d'autres jeunes ne sont pas du tout dans ce truc-là et ont l'air de passer à côté."

Même son de cloche du côté de Macha. "Tous ces messages vus sur mes réseaux, ce sont mes cercles d'amis, ma bulle, des gens politisés rencontrés dans mes études en sciences sociales." La jeune femme garde pourtant espoir : "À force de partager, repartager, en parler autour de soi, cela peut faire boule de neige. Mais on n'a que deux semaines".

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