Prégabaline : cinq questions sur ce médicament détourné "en drogue du pauvre" vendu illégalement à Marseille

C'est un médicament prescrit pour traiter l'épilepsie, les troubles anxieux généralisés et les douleurs neuropathiques. Depuis quelque temps, il est vendu sur un marché noir en pleine explosion.

Il est surnommé "la drogue du pauvre". Connu sous le nom de Lyrica ou de prégabaline, ce médicament est détourné et utilisé comme une drogue par certaines personnes. D'autres, à qui il avait été prescrit ont développé une dépendance. France 3 Provence-Alpes fait le point sur cette "drogue du pauvre" qui touche particulièrement la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

  • La prégabaline, qu'est-ce que c'est ?

La Prégabaline, c'est un médicament, connu sous le nom de Lyrica et qui est également vendu sous forme de génériques. Il est prescrit pour traiter l'épilepsie, les troubles anxieux généralisés et les douleurs neuropathiques, notamment des membres inférieurs. En France, son autorisation de mise sur le marché date de septembre 2004. Il est délivré sur prescription médicale.

  • Pourquoi ce médicament inquiète les autorités sanitaires ?

"Depuis 3 ou 4 ans, nous voyons la situation prendre une ampleur sans précédents", explique Joëlle Micallef, médecin pharmacologue, responsable du réseau français d'addictovigilance et cheffe de service à l'hôpital de la Timone à Marseille. "Des personnes à qui ce médicament a été prescrit présentent des troubles de l'usage, c'est-à-dire, une addiction. Ce qui nous interpelle, c'est que cela touche une typologie très variée. On pourrait penser que cela ne concerne que les toxicomanes mais cela n'est absolument pas le cas."

"On peut développer une addiction avec une prescription classique, en respectant les doses proposées par un médecin, même si ce n'est pas systématique"

Joëlle Micallef

Directrice du CEIP-Addictovigilance PACA Corse

Parmi les personnes dépendantes à la prégabaldine, on trouve aussi des usagers de drogue. Car le médicament se vend facilement au marché noir. Dans un reportage filmé par France 2 à la sortie du métro Gèze à Marseille, des journalistes en caméra cachée montrent que l'on peut acheter un cachet pour 2 euros seulement.

  • Quels sont les risques ?

"Le problème, c'est l'extrême difficulté qui existe pour arrêter le produit, même dans le cadre d'une prise en charge. Il n'y a pas de méthode de sevrage éprouvée", détaille Joëlle Micallef.

Les personnes dépendantes au médicament peuvent présenter de l'agressivité ou des troubles psychiatriques ou suicidaires.

"Si on parle beaucoup de l'addiction à la Prégabaline, c'est notamment parce que l'agressivité qu'elle engendre a des retombées sociétales, au sein des familles, dans les immeubles, auprès des soignants", précise la spécialiste d'addictovigilance. Associés à la prise d'opioïdes, la Prégabaline augmente par trois le risque de mourir d'overdose.

  • Quels sont les effets de la Prégabaline ?

"Les usagers la recherchent ses effets euphorisants, sédatifs, "de défonce", qui peut soit survenir d'emblée, soit parce qu'ils augmentent les doses", analyse Joëlle Micallef. "Pour les patients, les effets sont un peu similaires aux benzodiazépines, comme le Roypnol, le Temesta, ou le Xanax".

Dans le reportage de France 2, un usager en sevrage témoigne : "Je prenais deux ou trois comprimés par jour. Quand tu en prends un es toujours speed. C'est dangereux."

  • Pourquoi la vente s'est tant développée en France ?

"Lorsqu'il a été mis sur le marché, ce médicament a été présenté comme dénué de risques, ce qui est faux quand on regarde les résultats des études cliniques. On a mis en avant son efficacité, qui était très modeste. Le premier effet indésirable présenté, ce sont les troubles moteurs et le deuxième, l'euphorie. Nous pharmacologues, cela nous alertait, se rappelle Joëlle Micallef. Le médicament a été utilisé à très grande échelle. Les professionnels de santé n'ont pas suffisamment été informés sur la prégabaline, présentée comme la panacée. Lorsque certaines demandes de prescriptions de la part des patients ont commencé à devenir très agressives, c'est là qu'ils ont compris. L'association des centres d'addictovigilance a alerté sur le sujet dès 2019. Mais plus vous laissez une situation s'installer, plus elle devient difficile à juguler une fois qu'elle a pris de l'ampleur"

"Les prescriptions médicale sont encore à un niveau très élevés, poursuit la pharmacologue. Tous les patients ne vont pas développer des troubles de l'usage. Mais plus vous avez de personnes exposées, plus le risque de dépendance va concerner un nombre de patients important. On ne peut pas en connaître le pourcentage précis."

Tous les patients ne vont pas développer des troubles de l'usage. Mais plus vous avez de personnes exposées, plus le risque de dépendance va concerner un nombre de patients important.

Joëlle Micallef

Directrice du CEIP-Addictovigilance PACA Corse

En 2022, 500 cas d'usages détournés du médicament ont été répertoriés en France. Les autorités sanitaires estiment ne connaître qu'1% des cas. "Ce qui nous intéresse, c'est davantage de voir la dynamique. Par exemple, la prégabaline apparaît dans le top 3 des ordonnances falsifiées que nous remontent les pharmaciens."

En 2021, pour enrayer le détournement d'usage, l'Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) a conditionné la prégabaline à une ordonnance sécurisée. "Il y a des patients pour qui le médicament est utile, d'autres qui présentent des troubles de l'usage et pour qui l'arrêt ne peut pas se faire brutalement. Le problème ce n'est pas le médicament en lui-même mais le mésusage. Il faut le repérer et le surveiller car il a des effets délétères."

 

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