Alzheimer : dépister plus tôt pour améliorer la prise en charge de la maladie

Une prise de sang, et la maladie d’Alzheimer peut être décelée. Ou écartée. Voici la promesse sortie sur le marché en novembre 2020. Ce 21 septembre est la journée mondiale de la maladie d'Alzheimer. L'occasion de découvrir ce test analysé dans un laboratoire de Marseille.

Habituellement, pour diagnostiquer cette maladie, le patient passe une IRM et fait un bilan neuropsychologique. Pour aller jusqu’au bout, une ponction lombaire est également possible.

Le résultat peut indiquer une démence "proche de la maladie d’Alzheimer". Le diagnostic scientifique est très compliqué, parfois peu précis. 

Une prise de sang et surtout son résultat apporte un diagnostic plus précoce et plus simple. C'est en tout ca la promesse de l'entreprise française Alzohis avec le chercheur Romain Verpillot.

"Trois molécules sont dosées : l’adrénaline, la dopamine et la noradrenaline", explique le biologiste médical Julien Dupouey, "en fonction du résultat, Alzheimer est suspecté ou pas."

Le malade devra quand même passer une IRM et un bilan neuropsychologique mais il aura gagné du temps. Un temps qui peut être précieux pour conserver son autonomie.

"Noratest (nom de ce test, ndlr) a été testé sur des échantillons humains de l’hôpital parisien de la Salpétrière", ajoute Julien Dupouey "Des centaines de personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer, par d’autres démences ou d'aucune de ces maladies, ont été testées".

Le test remporte peu de succés. Il est à la charge du patient et coûte actuellement 250 euros.

Dans toute la France, 400 laboratoires peuvent réaliser cette prise de sang. Elles sont toutes envoyées à Marseille pour y être analysées.

Sortie en période de confinement, la majorité des médecins ne connaissent pas cette nouveauté. Sa prescription est incontournable et le résultat est envoyé au médecin.

Le dossier de remboursement de cet acte est déposé. La Suisse et l’Allemagne seront le prochain marché. Là-bas, aucun traitement n’est remboursé, le patient a l’habitude de payer.

Un test, pourquoi faire ?

Il est commun d’entendre que la maladie d’Alzheimer est incurable. Ce qui est vrai. Mais elle peut être ralentie, ou alors mieux vécue par le malade. Un traitement médicamenteux existe, pour ralentir la progression. Le malade a besoin de stimulation intellectuelle (réalisé avec des séances d'orthophonie) et de lien social.

"Les neurologues ont parfois du mal à faire le diagnostic. Certains patients ont des hallucinations, d'autres piquent des colères, ou n'arrivent plus à parler," constate Anne Marie Catanzaro, vice-présidente de l'association France Alzheimer Bouches-du-Rhône

"Le diagnostic est long et complexe, de ce fait, la prise en charge est largement retardée," poursuit Anne-Marie Catanzaro, "le mot Alzheimer fait peur, les médecins évitent de l'écrire et préfèrent les termes de troubles cognitifs". Mais ils ne donnent pas droit aux mêmes prises en charge.

Cette représentante des malades et des aidants ne connaissait pas cette prise de sang mais la considère comme un progrès. Et il y en a d'autres. Un traitement prometteur est testé en France, y compris à la Timone, sur des malades "récents". Un autre examen détermine la probabilité de développer cette maladie en fonction de son hérédité. En attendant les progrès scientifiques, Anne-Marie Catanzaro soutient les malades.

"Le processus se fait à l'envers"

Le professeur Mathieu Ceccaldi est neurologue et responsable du centre mémoire de la région Paca-ouest. Il est chef de service à l'hôpital de la Timone. Lorsque nous lui demandons son avis sur ce test sanguin, il n'est pas convaincu par la démarche "Ce test n'est pas validé, il est extrêmement prématuré de l'utiliser". 

Cette prise de sang ne comporte évidemment aucun danger mais le processus n'est pas respecté "C'est comme si vous alliez chez un médecin avec une douleur au ventre et qu'il vous prescrivait une radio à 250 euros sans vous examiner, sans vous écouter." Faire les choses dans l'ordre, selon le professeur Ceccadi, consiste se rendre à une consultation mémoire, faire une IRM pour vérifier que le problème ne vient pas d'une tumeur, traiter le mal comme un ensemble.

Le neurologue connait la société Alzohis qui sort ce test et la qualifie de "sérieuse". "Je ne dis pas que ce test est bidon, je dis qu'il est en cours d'évaluation. Les dosages plasmatiques vont arriver, ils sont moins invasifs que les ponctions lombaires. Mais là, c'est prématuré."   

La stimulation cognitive 

Il n'existe pas une mémoire mais plusieurs. Certains malades oublient leur culture générale (qui est Christophe Collomb ?) d'autres voient leurs souvenirs d'enfance s'effacer, ou ceux de la quarantaine... Certains voient leur mémoire immédiate très affectée. 

L'orthophoniste intervient pour stimuler ces parties du cerveau endommagées. "Je m'appuie sur leur nature, s'il s'agit d'un matheux ou d'un littéraire, j'adapte les exercices, je travaille avec ce qu'il reste" décrit Isabelle Makowka, orthophoniste libérale, "Parfois nous sortons et je les incite à ouvrir tous leurs sens, parfois je les fais travailler tout en faisant un café, ou je leur demande de chanter". 

Rester concentré, trouver ses mots, rester cohérent, la séance de 45 minutes peut être fatigante pour le patient. C'est un effort en tout cas.

"Avant, c'était l'othophoniste qui faisait ce type diagnostic", explique Isabelle Makowka, "Je fais assez vite la différence entre un Alzheimer et un syndrôme frontal."

95% de ses patients n'ont pas reçu de diagnostic. Pour cette thérapeute, le nouveau test sous forme de prise de sang "a déjà le mérite d'être beaucoup moins agressif que la ponction lombaire."   

Avec des dizaines d'années de pratique et une spécialité en maladies neurodégénératives, Isabelle Malowka fait ce constat :"il est insupportable de ne rien faire face à une maladie".    

 

Les chiffres Alzheimer en France

- La maladie d’Alzheimer est la plus fréquente des maladies neurodégénératives

- En 2015, 900 000 personnes sont atteintes par la maladie en France et chaque année 225 000 nouveaux cas sont recensés

- En 2020, 3 millions de personnes seront concernées par la maladie d’Alzheimer (malades et proches aidants)

- La maladie frappe le plus souvent des personnes âgées (près de 15% des plus de 80 ans), elle peut aussi survenir beaucoup plus tôt. On estime aujourd’hui en France à 33 000 le nombre de patients de moins de 60 ans atteints de la maladie d’Alzheimer

Chiffres de la Fondation Recherche Alzheimer

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