“Ça rend cette maladie très concrète” : tristesse après la mort de Pape Diouf emporté par le coronavirus

L'ex-président de l'Olympique de Marseille Pape Diouf (ici en 2005), est mort du coronavirus au Sénégal le 31 mars 2020. / © AFP
L'ex-président de l'Olympique de Marseille Pape Diouf (ici en 2005), est mort du coronavirus au Sénégal le 31 mars 2020. / © AFP

Ancien président de l'OM de 2005 à 2009, Pape Diouf, est mort mardi 31 mars, à l'âge de 68 ans. Il a succombé à la pandémie de Covid-19, à Dakar, au Sénégal. Depuis hier soir, de nombreuses personnalités rendent hommage à un homme, hors du commun, engagé et fidèle en amitié.

Par LM avec AFP

Pape Diouf est mort, mardi 30 mars, à Dakar, victime du coronavirus. "Ça rend cette maladie très concrète, ce n’est plus des chiffres. Là, c’est quelqu’un qu’on a connu, qu’on a aimé", indique Nathalie Paoli, qui fut sa directrice de la communication à l’OM et dans tous ses projets depuis 2010.

Depuis l’annonce de son décès, hier soir, les hommages se succèdent sur les réseaux sociaux et dans les médias. Tous évoquent un grand homme, par la taille c’est sûr, mais aussi par ses valeurs, de fidélité, de conviction, d’engagement, un homme "qui avait le sens de la parole donnée".

Sa personnalité, sa force de caractère "a su gagner le coeur des marseillais", comme l'a répété Didier Deschamps et aujourd’hui, les supporters de l’Olympique de Marseille, le monde sportif et politique, témoignent de leur profonde tristesse, jusqu'au coeur de la ville.
Le groupe de supporters MTP a rendu hommage ce matin à Pape Diouf, Cours Lieutaud, à Marseille / © Paul Géli
Le groupe de supporters MTP a rendu hommage ce matin à Pape Diouf, Cours Lieutaud, à Marseille / © Paul Géli

Un homme de valeurs

Pape Diouf était un homme de valeurs. "Je suis un homme de couleur, mais j’aime la France", déclarait-il en 2014, lorsqu’il s’adressait à la population des 13e et 14e arrondissements de Marseille, lors des élections municipales.

Un homme aux valeurs humaines. Président de l’Olympique de Marseille (2005 à 2009), "lorsque des gens le mettaient en garde contre quelqu’un, il répondait : il ne m’a rien fait. Tant qu’il n’avait pas fait l’expérience personnelle, il faisait confiance. Il donnait sa chance à tout le monde", se souvient Nathalie Paoli.

C’est aussi pour ses valeurs, qu’en 2010, lorsque Pape Diouf quitte l’OM, Franck Papazian, président de MediaSchool, demande à Pape Diouf et à Jean-Pierre Foucault de l’aider à créer une école de journalisme à Marseille.

"C’est un vrai choc pour nous tous, il va manquer à beaucoup de monde", a réagit Franck Papazian. "Je ne le connaissais pas et pourtant il m’a invité chez lui, on a longuement échangé, il a été séduit par le projet d’école de journalisme, un projet pédagogique pour la jeunesse".

Pape Diouf a débuté sa carrière professionnelle comme journaliste à la Marseillaise, avant de poursuivre dans le milieu sportif (journaliste sportif, agent de joueurs).

"Il voyait la passion dans nos yeux".

Le président de Mediashool indique que la personnalité de Pape Diouf a donné une résonance particulière à cette école pendant dix ans. "Il a apporté le symbole qu’il représente pour Marseille, un Marseille qui gagne".
Rudy Dahan est sorti diplômé de la première promotion de l’école de journalisme en 2011, il est aujourd’hui rédacteur en chef au service des sports à Infosport+. Il se souvient d’un homme simple, humble, abordable, avec qui il a eu, comme les autres élèves, des moments privilégiés.

"Il a toujours été très honnête avec nous, il disait que tout le monde ne réussirait pas, mais que si on s’accrochait, on réussirait, raconte Rudy Dahan. Il voyait la passion dans nos yeux".

"Changer la donne"

Ce sont enfin ses valeurs qui l’ont conduit en politique. En 2014, pour les élections municipales à Marseille, il prend la tête de liste du mouvement divers gauche Changer la donne, une liste "d'ouverture et de rassemblement", composée notamment de personnalités issues de la société civile.

Il voulait redonner un vrai sens au mot Politique. "Il allait au contact du public, qui avait une défiance envers les hommes politiques, il arrivait à les convaincre, mais la plupart ne votait pas", se souvient Nathalie Paoli. "Il a eu rapidement des désillusions, mais il a continué, pour aller jusqu’au bout de son engagement".

Sa liste a obtenu 8,10 % au premier tour. "On lui a beaucoup reproché de ne pas avoir donné de consignes de vote, notamment en faveur de Patrick Mennucci (PS), pour le deuxième tour. C’est normal, il a été au bout de ses valeurs", insiste Nathalie Paoli.

En 2020, Pape Diouf avait soutenu Michèle Rubirola et la liste du "Printemps Marseillais".

 

Pape Diouf, le jour du vote du premier tour des élections municipales en 2014 / © VREL Valérie / MaxPPP
Pape Diouf, le jour du vote du premier tour des élections municipales en 2014 / © VREL Valérie / MaxPPP

Un homme d’engagement

L’engagement est sans aucun doute l’une de ses plus grandes valeurs. Son engagement politique, mais avant cela, il y a eu son engagement pour l’Olympique de Marseille.

Sa personnalité a fait de lui un des plus grands présidents de l’OM. "Les gens avaient confiance en lui. Sa façon d’aller au combat, quitte à y laisser des plumes. Il disait: J’y vais, c’est mon rôle", se rappelle Nathalie Paoli. 

"Avec le président de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, il y avait un jeu. Ils s’envoyaient des "scuds" médiatiques, mais il y avait du respect. Pape Diouf aimait les oppositions franches".

L’OM n’est pas juste un club de foot et Pape Diouf a incarné ce club. "Il n’a pas eu besoin d’un titre pour marquer l’histoire du club", précise son ancienne collaboratrice.

Un homme fidèle

Pape Diouf était un homme fidèle. Fidèle à ses valeurs, à ses engagements, mais il était aussi fidèle en amitié.

Certains de ses amis, comme Jean-Pierre Foucault, se sentent aujourd’hui incapable de réagir publiquement au décès de Pape Diouf. Basile Boli explique qu’il a du mal à parler, "ce n'est pas un ami, c'était un grand frère pour moi", a-t-il confié à nos confrères de La Provence. 

Sur Instagram, il a ajouté : "Pape a été mon ange gardien pendant toute ma carrière".Cette pudeur les honore et témoigne de la force des liens qu’il pouvait avoir avec ses amis.

Sa fidélité, son amour pour Marseille et pour son club ont fait de lui un homme au-dessus des communautés, célébré par toutes les générations.

Sa force de caractère n’a pas eu raison du coronavirus. Il est décédé mardi soir, à l'âge de 68 ans, après avoir été admis au centre hospitalier de Fann, où il avait été placé sous assistance respiratoire, depuis samedi dernier.

Les hommages du monde sportif

Sa fine connaissance du football et des footballeurs avait contribué à ramener l'Olympique de Marseille sur la voie du succès. 

Président de l'Olympique de Marseille de 2005 à 2009, Pape Diouf n'a pas obtenu de titre sportif durant cette période, mais ses choix stratégiques, ses recrutements, notamment celui de Didier Deschamps comme entraîneur, ont permis de renouer avec la victoire en 2010.

Champion de France 2010, vainqueur de la Coupe de la Ligue et du trophée des champions. L'OM n'avait pas reçu de titre depuis 1993, 17 ans.
"Très triste", Jacques-Henri Eyraud, l'actuel président de l'OM, a salué le "parcours exceptionnel" d'un "gamin passé par le Sénégal avant d'arriver à 18 ans à Marseille" et d'y gravir les échelons.

"Signe d'une grande volonté", Diouf "est arrivé à un poste difficile, où on ne trouve pas beaucoup d'hommes issus de la diversité", poursuit Eyraud.

Diouf "a réussi à tenir son rang et défendre son club bec et ongles, et a gagné les coeurs de milliers de supporters", poursuit le président du club phocéen.

"Je suis le seul président noir d'un club en Europe. C'est un constat pénible", regrettait Pape Diouf dans un interview à Jeune Afrique en 2008, mais, estimait-il, "à l'image de la société européenne et, surtout, française, qui exclut les minorités ethniques".

"Un grand président" 

C'était surtout un dirigeant avisé. Son grand rival d'alors, le numéro un lyonnais Jean-Michel Aulas, avec qui les joutes verbales furent aiguisées, lui a d'ailleurs aussi rendu hommage.

"Pape a été un grand président", a écrit le dirigeant lyonnais sur Twitter, "très performant, j'avais un profond respect pour lui, je m'associe à la peine de toute sa famille et de tous ses amis".

Il a dirigé le club de 2005 à 2009, construisant patiemment l'équipe qui allait finir championne de France en 2010.

Lui avait été mis à l'écart un an plus tôt pour des conflits internes, mais c'est bien lui qui avait lancé le processus, recrutant notamment le "gagneur" Didier Deschamps comme entraîneur.

"C'était un grand président, mais ce sont des mots pompeux, tout ça, c'était surtout un homme, un vrai, un homme bien", a indiqué Louis Acariès, conseiller du propriétaire de l'époque, Robert Louis-Dreyfus, qui avait choisi Pape Diouf pour diriger l'OM en 2005.

"Il connaissait le football, les médias, les agents et les joueurs", résume l'ancien promoteur de boxe.

Pape Diouf connaissait et comprenait bien aussi les supporters, qui lui ont rendu hommage par milliers sur les réseaux sociaux.

"Le meilleur d'entre nous"

"Pape restera à jamais dans le coeur des Marseillais et l'un des grands artisans de l'histoire de ce club", écrit l'OM dans un communiqué, annonçant un hommage à venir sur ses médias.

De nombreux joueurs lui ont également adressé un ultime coup de chapeau.
"Il laissera un souvenir unique à Marseille", a écrit sur Twitter une des stars de l'OM d'aujourd'hui, Florian Thauvin, "très triste d'apprendre la disparition de Pape Diouf".

"Tu étais le meilleur d'entre nous et un modèle pour moi", a tweeté Mamadou Niang, buteur du dernier OM champion de France. "Sache que tu resteras à jamais dans mon coeur Pape. Je t'aime."

Diouf savait communiquer sa passion pour le foot, dans lequel il a baigné une grande partie de sa vie. Arrivé à 18 ans à Marseille, il était censé embrasser une carrière militaire, comme son père, mais a vite bifurqué.

Après Sciences Po, il travaille à La Poste puis devient journaliste, à La Marseillaise, et suit assez vite l'OM.

Sa connaissance du milieu du ballon rond s'affine, il devient agent de joueurs, notamment de Didier Drogba, qui enflamme le Vélodrome en une saison (2003-2004), et enfin manager puis président de ce club qu'il aimait tant, et qui reste inconsolable.

Avec la disparition jeudi de Michel Hidalgo, directeur sportif des années Tapie, "ça commence à faire beaucoup, s'attriste Eyraud. L'OM est en deuil".
 

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