"Casser le mythe de l'argent facile à Marseille" : les ambitions de rentrée de la justice

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Écrit par Sidonie Canetto avec AFP

La procureure de la République de Marseille a annoncé ce vendredi sa volonté de vouloir "casser le mythe", de "l'argent facile" par les trafiquants de drogue attirant des gamins de toute la France.

"A Marseille, c'est un plan de carrière que proposent les narco-trafiquants", expliquait Karine Sabourin, magistrate en août 2021 dans un article que nous consacrions sur le trafic de drogue à Marseille.

Même constat pour la procureure Dominique Laurens à l'occasion d'une conférence de presse de rentrée ce vendredi dont l'AFP s'est fait l'écho.              

 "Une chose qui me paraît très inquiétante, c'est le maintien de l'attrait de cette ville dans ce volet de trafic de stupéfiants pour des jeunes mineurs en provenance d'autres régions de France", a déclaré Dominique Laurens.

"Il faudrait que nous arrivions collectivement à casser ce mythe, que véhiculent d'ailleurs d'une manière très décomplexée les trafiquants de stupéfiants, de +venez à Marseille, c'est facile, c'est simple, c'est sans danger et regardez je vous expose ma liasse de billets et tout ce que je peux avoir grâce au trafic de stupéfiants", a ajouté la magistrate.              

Cette "espèce de vision d'argent facile, entraîne des gamins à venir ici dans des réseaux de trafic de drogue particulièrement violents, qui les emploient comme guetteurs, vendeurs, etc.", a-t-elle ajouté.              

Mais ces jeunes se retrouvent ensuite "dans des situations absolument infernales", pouvant relever de la traite des êtres humains, a-t-elle alerté. 

Opérations Pilonnage

Pourtant depuis sa nomination, en novembre 2020, la préfète de police des Bouches-du-Rhône, Frédérique Camilleri place la lutte contre les trafics de stupéfiants en priorité absolue. Elle a mis en place la méthode dite du "pilonnage". 

En première ligne de loffensive la brigade anticriminalité des quartiers Nord de Marseille et la brigade spécialisée de terrain qui connaissent bien les lieux. Pendant que les policiers interviennent, un cordon de CRS encercle toute la cité pour une opération quasi militaire, pour assurer une plus grande visibilité pour le secteur. Personne ne sort, personne ne rentre non plus.

La police peut effectuer jusqu’à six opérations de ce type par jour. 

Nettoyage des lieux

C’est la force de frappe de cette méthode : assiéger la cité durant plusieurs heures et laisser la voie libre à des équipes de nettoyeurs.

Ils viennent retirer toutes les installations des trafiquants et recouvrir les tags présents sur tous les bâtiments. Ces tags guident les acheteurs vers les points de vente. Une signalétique ostentatoire recouverte en quelques heures.

Selon les agents d’entretien, une telle opération n’est possible que sous escorte policière.

"Le niveau d'armement reste extrêmement problématique" 

La procureure a par ailleurs souligné que "le niveau d'armement reste extrêmement problématique" sur les points de trafic de drogue.              

En 2021, le parquet de Marseille a recensé "36 homicides volontaires ou tentatives d'homicide volontaire" dans le cadre d'affaires de criminalité organisée et de trafic de stupéfiants.              

Entre janvier et début décembre 2021, 94 personnes ont été tuées dans des règlements de comptes dont plus d'un quart à Marseille, très touchée ces derniers mois, avec 17 morts, avait indiqué début décembre 2021 le chef de l'Office central de la lutte contre le crime organisé (OCLCO).             

Face au nombre d'affaires criminelles, qui traduisent l'importance du trafic de drogue à Marseille, mais aussi à la complexité des dossiers gérés par ce tribunal qui a des compétences interrégionales en matière de grande délinquance, de préjudice environnemental et dispose du plus grand pôle social en France, la procureure et le président du tribunal ont de nouveau appelé à une mise à niveau des moyens humains pour rendre justice.              

"Il faudrait que nous ayons 130 magistrats", contre 118 actuellement, a réitéré le président du tribunal Olivier Leurent, tout en notant des efforts du ministère.

La procureure a indiqué avoir sollicité 10 magistrats supplémentaires pour renforcer le parquet qui en compte un peu plus de 45.              

"Le nombre de greffiers est aussi insuffisant à Marseille", a avancé le responsable du greffe en appelant à la pérennisation des contrats temporaires "très utiles".

Le résultat d'un audit de l'Inspection judiciaire est attendu aux alentours de fin janvier et pourrait permettre le renforcement en personnel du troisième plus important tribunal de France après Paris et Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Un trafic en constante croissance

Selon les derniers chiffres policiers, Marseille compterait 156 "plans stups" (points de deal), dont certains accueilleraient jusqu'à 2.000 clients par jour, pour un chiffre d'affaires quotidien pouvant atteindre les 75.000 euros.

Selon les chiffres de l'Ofast (l'office de lutte contre la drogue, ndlr), les saisies de stupéfiants n'ont jamais été aussi importantes.

En 2020, 96 tonnes de cannabis ont été saisies, 13 tonnes de cocaïne, 1,1 tonne d'héroïne et 1,2 million de comprimés d'ecstasy.

82 millions d'avoirs criminels ont été saisis en 2020, contre 78 millions d'euros en 2019.