Confinement : On a pris des nouvelles de Jean-Claude Gaudin, maire en télétravail 

Jean-Claude Gaudin se déplace à la mairie "un jour sur deux ou trois". / © Olivier Arandel/MAXPPP
Jean-Claude Gaudin se déplace à la mairie "un jour sur deux ou trois". / © Olivier Arandel/MAXPPP

Alors que son mandat joue les prolongations, Jean-Claude Gaudin a dû mettre de côté ses projets de retraite pour affronter une crise sans précédent. Comment le maire de 80 ans dirige la deuxième ville de France à l’heure du télétravail ? Par téléphone, il nous raconte.

Par Paul Geli

Je suis dans ma maison de Saint-Zacharie". Confiné dans le Var, le maire de Marseille a quitté sa demeure de Mazargues, pour une quarantaine plus agréable. Il l’assure : “la santé, ça va”. L'octogénaire a réalisé deux fois le test du Covid-19, deux fois négatif.  
 
Je me rends un jour sur deux, ou trois, à la mairie. Il y a beaucoup de réunions et de visioconférences que je dois faire à Marseille”. Le maire continue de se déplacer pour les impératifs, mais doit malgré lui adopter le télétravail : “Je me mets au portable. Je n’étais pas un fanatique avant, mais maintenant je suis obligé de m’en servir plus.” 
 
Quand il ne travaille pas, Jean-Claude Gaudin tue le temps comme tout Français confiné. “L'isolement, je le vis bien”, assure l’homme célibataire. “Je regarde 'N’oubliez pas les paroles' et le journal de France 3. Je suis un très bon téléspectateur”, s’amuse-t-il.  
 
Il reconnaît tout de même : “Je commence à me languir un peu”. En poste depuis 1995, il n’a pas l’habitude du vide. Il le confie volontiers, l’absence de déjeuners et autres interactions sociales se fait ressentir. Cette prolongation de mandat serait presque une aubaine pour lui : ”Je continue sur ma lancée après 25 ans, je ne suis pas fatigué. A l’inverse, quand ce sera fini, ça va me manquer”. 
 

"Nous avons fait un bon confinement"

 
A cette heure, le département compte 387 morts du Covid-19. Le maire de Marseille se dit très préoccupé. “Je téléphone un jour sur deux à Monsieur Jean-Olivier Arnaud, le directeur général de l’AP-HM, pour me tenir au courant de la situation”.
 
Jean-Claude Gaudin, qui est aussi président du conseil de surveillance de l’AP-HM, est un fervent soutien de l’IHU. “J’apprécie beaucoup Raoult,” confie-t-il. Selon le maire de Marseille, la chloroquine est "très efficace".

Il en croit l’expérience de son entourage : “Une dizaine d’élus ont été testé positifs. Ils sont restés deux, trois jours chez Didier Raoult, avant d’en sortir guéris.” L'édile pense à “rendre hommage aux 15 000 agents de l’AP-HM, qui ont toujours fait face”. 

Côté politique, il dit avoir vu sa charge de travail exploser. Sa “préoccupation première en ce moment” : la distribution de masques pour tous les Marseillais. "Nous avons passé des commandes auprès d'entreprises de textiles locales. Le financement est déjà engagé." 

"Les écoles prêtes pour le déconfinement"

Concernant la réouverture des écoles, il se veut rassurant : "Les écoles seront toutes désinfectées. Il y aura du savon dans les classes, du papier hygiénique et sûrement du gel. On mettra tout ce qu’il faut.
 
Il en fait même une affaire personnelle : "Je vais vérifier les toilettes, les lavabos, je vais m'assurer que les agents aient tous les moyens nécessaires pour se protéger et protéger les élèves.
 
A quelques jours du déconfinement, le Marseillais se félicite déjà du bilan local : “Nous avons fait un bon confinement, grâce à tous nos efforts et au civisme des Marseillais”. 


Un trou de 4 millions d'euros dans le budget de la ville

 
Autre problème d’envergure, le financement. “La ville de Marseille a abondé un fonds de 2 millions d’euros pour la métropole, via la chambre de commerce, afin d’accompagner les TPE et PME”, rappelle le maire. “Nous avons également abondé un fonds régional de 2 millions d’euros pour les plus défavorisés”.

Un trou de 4 millions d'euros imprévu dans le budget, qui embarrasse le maire : “Avant les municipales, nous avions préparé le budget de la ville de Marseille, soit presque 2 milliards d’euros, à charge pour nos successeurs de le modifier.” 

Jean-Claude Gaudin compte bien maintenir ces prévisions budgétaires, qui seront votées le 31 juillet. Il aurait déjà entamé des négociations avec l’État : “Lors de notre concertation avec le Président, nous avons insisté pour que toutes ces dépenses, qui sont des sommes considérables, puissent être enregistrées dans le chapitre des investissements plutôt que dans celui du fonctionnement.”

Enfin, le maire regrette l'annulation des événements culturels estivaux déjà payés par la ville, comme le festival Jazz des 5 continents ou le Festival de Marseille. Il assure faire son possible pour les structures culturelles : "J'ai demandé au ministère de la culture une avance pour les entreprises comme nos théâtres, afin qu’on commence à les alimenter financièrement.

Au téléphone, Jean-Claude Gaudin semble plutôt serein face à la crise : “Mon ancienneté fait que j’ai l’habitude des choses qui fonctionnent et de celles qui ne fonctionnent pas”.

Malgré la tempête, il assure qu’il se cramponne à la barre, comme à son mandat : “Tous mes collaborateurs directs et moi-même étions sur le départ, nous avions prévu de partir. Et pourtant, on est là”. 

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