Coronavirus à Marseille : un McDo "réquisitionné" par les associations pour nourrir les démunis

Des pâtes et des légumes à la place des hamburgers : avec la crise du coronavirus, le "McDo" marseillais de Saint-Barthélémy, épicentre d'un long conflit social et définitivement fermé depuis, a été "réquisitionné" pour centraliser l'aide alimentaire à destination des plus démunis.
 
"Cette prolongation du confinement, pour nous c’est une catastrophe, parce que cela signifie que la détresse des gens va s’intensifier et perdurer pendant un mois",  s’alarme Salim Grabsi militant associatif. 
 
D'anciens employés, dont Kamel Guemari, le syndicaliste à la base du combat largement médiatisé des "McDo de Saint-Barth", ont eu l'idée de reconvertir momentanément le site pour aider "ceux qui meurent de faim".
 
"Notre souhait ce serait que les pouvoirs publics ne fassent plus d’annonces mais une action réelle auprès du terrain, vers les familles nécessiteuses",  implore Salim.
 
Responsable de laboratoire au lycée Diderot et habitant de ce quartier populaire du nord de la ville, il avait suivi la lutte des salariés de ce restaurant pour sauver leurs emplois. Jusqu'à la liquidation judiciaire, le 12 décembre.
 

On est parti de quatre quartiers et là on en a plus de 20. Cela concerne près de 10.000 personnes.

Tenir un mois a déjà été très dur pour tous les bénévoles de tous les quartiers. Ils ont été sollicités de toute part pour répondre au mieux à la situation de très grande pauvreté qui sévit dans les quartiers Nord et ceux du 3e arrondissement de Marseille.  Là où se concentrent les familles les plus fragiles. 54 % de la population y vit sous le seuil de pauvreté.
 
"Nous ne pouvons pallier à l’absence totale des pouvoirs publics dans ces quartiers-là, parce que c’est un véritable travail, cela nécessite une forme de professionnalisation que nous n’avons pas. Nous nous débrouillons comme on peut. Ce qui nous fait peur c’est qu‘on est parti de quatre quartiers et là on en a plus de 20. Cela concerne près de 10.000 personnes, s’inquiète Salim.

Ce confinement rajoute de la misère à la misère. Et c’est pourquoi on lance l’appel aux dons.

A présent, dans les cuisines ou dans les chambres froides du restaurant, il n’y a plus les salariés de l’enseigne américaine, mais Salim, Charlotte et Naïma. Ils sont représentants d’associations et viennent constituer des paniers quotidiens pour les habitants les plus démunis. 
 
"Moi je prépare les colis et je vais les livrer. Ce confinement rajoute de la misère à la misère. Et c’est pourquoi on lance l’appel aux dons. Il y a toujours plus de demandes et d’appels à l’aide",  explique Naïma Néhari, qui gère les paniers pour une trentaine de familles du quartier la Paternelle.
 
Le but des référents de terrain est de recenser les familles et de n’oublier personne pour que tous puisse survivre à cette crise sanitaire et sociale.
 
"Je travaille en  lien avec une association  qui s’appelle La maraude du coeur, on nous donne des denrées alimentaires pour que nous puissions les distribuer aux plus démunis", précise Naïma tout en continuant de préparer les paniers.

Avec le Covid, cette misère saute désormais aux yeux

Par un mail, le 3 avril, il a officiellement demandé aux dirigeants de McDonald's France l'autorisation d'utiliser ce restaurant, "pour une opération humanitaire à caractère urgente". Sans résultat. "Pourtant même le liquidateur était d'accord", témoigne Me Blindauer, l'avocat des salariés.
 
"D'où cette réquisition", revendique Salim Grabsi. "Avec le Covid, cette misère saute désormais aux yeux. Les petits boulots ont disparu, et pour eux il n'y a pas de chômage partiel", explique le militant. 
Les dons arrivent au compte-goutte et les livraisons des produits ne sont pas quotidiennes, contrairement aux paniers des familles qui le sont.
 
"Le plus difficile est de faire des paniers équitables, sachant que je n’ai pas assez de toutes les denrées. Par exemple, j’ai neuf bouteilles de lait et j’ai 30 colis à faire", explique Charlotte Juin, bénévole.
 
"C’est compliqué de ne pas créer des rivalités aussi, ou alors je ne les mets pas et j’attends d’en avoir plus pour les colis suivants."
 
Cette extrême pauvreté qui existait avant le covid-19 a été exacerbée par le confinement et l’impossibilité des familles à s’approvisionner comme d’habitude avec leurs bons plans et "la débrouille". Ils sont à présent dépendants des associations.
 
"Je n’ai jamais fait cela de ma vie, c’est la première fois que je gère une plateforme d’aide alimentaires, donc j’essaye de réfléchir un peu tous les jours sur comment faire au mieux. En gardant en tête que nous sommes de l’aide d’urgence, donc que ce ne sera pas parfait", se rassure la jeune femme.

Busserine, Font Vert, Rosiers, ces cités déshéritées

A l'extérieur, des camionnettes déchargent les dons : Emmaüs apporte une cargaison de la banque alimentaire, l'association la Caillasse livre les invendus récupérés au Marché d'intérêt national de Marseille. A l'opposé, au guichet du "drive", d'autres chargent cette marchandise pour l'amener dans les cités.
 
Busserine, Font Vert, Rosiers, Micocouliers : sur une affiche scotchée au mur, les noms de ces ensembles déshérités de Marseille.
 
A côté, les prénoms des référents chargés de centraliser les besoins : Djamila, Farouk, Florence, Isabelle ou Kevin. Sur la 3e colonne : le nombre de colis nécessaires.
 
"On se débrouille par nos propres moyens", sourit l'un d'eux, Djamal, venu avec la camionnette du football club de la Busserine pour récupérer pâtes, lait ou tomates cerises. Mais aussi des oeufs en chocolat pour les enfants, week-end de Pâques oblige.

On veut que ces personnes puissent vivre dignement au-delà de l’aspect survie, et puissent protéger les leurs tranquillement.

Plus la solidarité s’organise et plus les demandes augmentent. "On est déjà à 800 colis et on va devoir monter au moins jusqu’à 1.000, donc c’est un peu effrayant en chiffres. J’ai pris peur en faisant les comptes, mais on va y arriver", explique Charlotte.
 
Les produits de première nécessité sont les plus demandés et ils viennent à manquer malgré les dons.
 
"Les gens sont dans une urgence sanitaire mais surtout alimentaire. On stigmatise les gens des quartiers populaires en disant que le confinement n’est pas respecté, mais à juste titre, parce qu’ils sont à la recherche de nourriture pour leurs enfants", précise Salim.
 
"On veut que ces personnes puissent vivre dignement au-delà de l’aspect survie, et puissent protéger les leurs tranquillement. La souffrance psychologique sera encore plus forte dans ces quartiers-là, quand les enfants voient que leur parents n’arrivent pas à les nourrir", déplore Salim.
Du côté de la ville de Marseille, le maire LR Jean-Claude Gaudin a ainsi attendu la fin de la troisième semaine de confinement, pour prendre la parole, dans un discours diffusé sur les réseaux sociaux, et annoncer notamment la création d'un Comité d'action face à l'urgence, qui s'est réuni pour la première fois le 9 avril.
 
Depuis ce jour, la municipalité a multiplié les communiqués pour expliquer son action en termes de solidarité, avec 1.500 à 2.000 repas servis chaque jour dans des restaurants sociaux, grâce aux stocks des écoles, et 500 à 600 repas quotidiens délivrés par le Samu social.
 
De même, une mesure d'aide financière a été annoncée pour les quelque 2.000 enfants qui bénéficiaient de la gratuité de la cantine scolaire.
 
Entre temps, sur internet, les cagnottes se sont multipliées, portées spontanément par des enseignants, soucieux pour leurs élèves, où "la cantine, gratuite pour les familles les plus pauvres, était parfois le seul vrai repas de la journée.
 
Cela a aussi sonné le réveil de la métropole Aix-Marseille-Provence, dirigée par Martine Vassal, la candidate LR à la succession de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille. Des mesures d'urgence pour les personnes en en grande précarité  ont également été annoncées le 10 avril.
 
5.300 paniers de fruits et légumes locaux ont ainsi été distribués dans la journée au sein des quartiers prioritaires des 16 villes du territoire.
 
En plus de cette opération, qui sera renouvelée chaque semaine, la métropole va distribuer 50.000 euros de bons alimentaires chaque semaine, jusqu'à la fin du confinement.
 
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