Coronavirus : en plein confinement, un ramadan particulier pour les musulmans de Marseille

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Écrit par Sidonie Canetto .

Toutes les communautés religieuses ont dû s'adapter pour les fêtes ayant lieu pendant le confinement. Les musulmans vont débuter le ramadan ce vendredi et devront s'organiser pour continuer ce rituel tout en restant confinés. Une rupture du jeûne moins festive et moins partagée que d'habitude.

A Marseille, la communauté musulmane compte environ 300.000 membres selon Abderrahaman Ghoul vice-président du conseil régional du culte musulman (CRCM) de Paca. 



"80% des musulmans pratiquent le ramadan, c'est le moment de spiritualité le plus fort de notre année religieuse", estime Abderrahaman Ghoul. Et pourtant, pour l'essentiel de la communauté, il aura une saveur particulière cette année. 



C'est la première fois de ma vie que je vais le faire seule

Ce mercredi matin, Maya Burgat est allée faire ses courses. Elle est allée chercher les ingrédients nécessaires à ses recettes pour les repas de rupture de jeûne.



" Je vais préparer la Chorba, la soupe à base de viande, de pois chiches et de tomates, c'est la soupe traditionnelle.  Il y aura aussi les bureks, ces chaussons à la viande, sans oublier les pâtisseries traditionnelles", détaille la jeune femme.  



Des repas préparés en plus petite quantité cette année. Elle ne sera pas avec sa famille, juste avec son mari et sa fille qui eux ne le font pas. "C'est la première fois de ma vie que je vais le faire seule", raconte Maya.



"L'avantage cette année c'est que tous les restaurants et bars de la ville sont fermés, donc il n'y aura aucune tentation en journée, on sera chez nous", s'amuse Maya.



Traditionnellement la rupture du jeûne doit se pratiquer en famille ou entre amis, c'est un moment de partage, de générosité.



"Comme ce sera la première fois que je vais le faire seule, je vais utiliser la technologie pour partager ce moment avec ma famille en visio par skype par exemple", explique Maya.
Pour Redouane Cherfa, c'est aussi l'occasion de s'adapter. Ce père de famille habite dans le 11ème arrondissement de Marseille.



"Nous allons déposer des pâtisseries bien emballées devant chez nos amis et membres de la famille", explique-t-il.



"On s'adapte, on ne se verra pas, mais on gardera le lien de cette façon. Et puis nous allons nous appeler plus souvent, prendre plus de nouvelles".

Aucune boutique ouverte après 20h

Habituellement, les boulangeries, les épiceries et les pâtisseries specialisées en produits orientaux s'adaptent aux horaires du ramadan. Cette année, il faudra s'adapter aussi aux règles sanitaires et de distanciations sociales. Aucune boutique ne pourra être ouverte au-delà de 20h. 

"Nous avons réouvert cette semaine spécialement pour le ramadan. Nous prenons les commandes par télephone, les gens viennent chercher leurs pâtisseries, ou nous les livrons dans tout Marseille", explique Salim Gombra, gérant d'une pâtisserie dans le 1er arrondissement de Marseille.



"C'est important que les gens puissent avoir les pâtisseries pour le ramadan. Cela fait partie de la tradition", détaille Salim.

Le jeûne permet au corps de se régénerer (...) c'est d'autant plus important en cette période de pandémie.

Farid Amri, Imam de la mosquée de la Busserine dans le 14e arrondissement de Marseille, insiste sur la dimension spirituelle de ce mois de ramadan.



"Le jeûne doit nous aider à nous élever spirituellement et doit aussi nous aider à nous décrocher de l'aspect matériel", explique l'imam.



"Il faut également réfléchir aux vertues du jeûne. C'est un retour à la santé, le jeûne permet au corps de se régénerer et de reconstruire ses immunités, c'est d'autant plus important en cette période de pandémie", explique Farid Amri.



"Donc le soir venu, il ne faut pas trop manger, sinon on perd l'objectif initial. Il faut éviter le gaspillage et les tables trop remplies", 
conseille encore l'imam.

 

Un ramadan qui restera dans l'histoire de notre histoire.

Les mosquées comme tous les lieux de cultes sont fermées jusqu'à nouvel ordre, impossible de participer aux grandes prières communes, à moins d'être connecté et de la suivre sur internet.



La grande Mosquée de Paris a indiqué que les fidèles pourraient suivre une émission religieuse créée spécialement pour le mois de ramadan chaque soir avant la rupture du jeûne sur YouTube. Mais aussi sur Radio Orient pour ceux qui n'ont pas internet. A Marseille, des imams proposent durant toute la période du ramadan des prières à suivre sur radio Gazelle, de 21h30 à 23h30.



"Les prières seront proposées par plusieurs imams depuis différentes mosquées de Marseille. Elles restent fermées au public, mais les prières seront prononcées depuis ces lieux sacrés", précise Abderrahaman Ghoul. 



"Un des grands principes de notre religion est la protection de la vie humaine, donc en cette période de confinement la protection des personnes pour leur santé nous importe plus que tout, c'est pourquoi nous recommandons à toutes et tous de rester chez soi."



Mais certains imams rappellent que la foi est propre à chacun et peut être pratiquée en confinement, en intimité ou en famille.



"Les fidèles ne sont pas obligés de suivre un prêche d'imam à la télevision, sur internet ou à la radio. Chacun est libre de faire ses prières chez lui seul, ou en famille. C'est une question de choix personnel. Il n'y a aucune obligation", indique Azzedine Aïnouche, Imam de la grande mosquée de la Madrague-ville dans le 15e arrondissement de Marseille.



"Le maître-mot c'est restez chez vous, c'est le plus important", ajoute-t-il.

Le ramadan, partage et générosité

"Les plus démunis ne sont pas oubliés, car le ramadan c'est aussi le moment de penser aux autres". Djamila Haouache est bénévole pour l'association "Il fait bon vivre dans ma cité", à Air Bel dans le 12e arrondissement de Marseille.



Chaque année avec des bénévoles, elle prépare 150 repas pour les plus démunis de Marseille. 



"Cette année, il a fallu s'adapter, nous n'avons pas accès au centre social qui est fermé depuis cinq semaines, où nous préparions les repas", s'agace-t-elle.
"On va tout faire chez nous. On s'adapte, c'est pas grave. on sera présents. La rupture du jeûne ne se fera pas ensemble tous réunis, mais nous allons livrer les repas dans les différents quartiers de la ville".



Parmis les démunis, dont s'occupe le collectif, il y a tous les délogés de la rue d'Aubagne. Dans cette mission, Djamila sera épaulée par un autre collectif, celui du McDo de Saint-Barthélémy.



"Nous préparons la chorba, du ragout de poulet et des briques ainsi que des pâtisseries, avec le confinement on s'adapte, on n'a pas le choix", insiste Djamila.



En tout ce sont près de 47 quartiers de Marseille qui sont concernés par les livraisons des différentes associations marseillaises.
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