Covid 19 : la solitude, l'autre épidémie ?

La 4e édition de la Journée des Solitudes, ce samedi, a une résonance particulière en cette année de pandémie. Selon une enquête IFOP pour l'association Astrée, le sentiment de solitude dans la population s’est fortement aggravé avec la crise du Covid, avec de sérieuses conséquences.

Près d’un Français sur cinq s'est senti toujours ou souvent confronté à la solitude en 2020.
Près d’un Français sur cinq s'est senti toujours ou souvent confronté à la solitude en 2020. © SALESSE Florian/MaxPPP

Confinement, couvre-feu, fermeture des bars et restaurants, des salles de sport, des lieux de spectacle... l’épidémie du Covid-19 a porté un coup d’arrêt à la vie sociale de millions de Français qui souffrent durement de cet isolement.

Cette situation est d’autant plus difficile à vivre que l’issue de la crise est incertaine. Pire, la menace d’un troisième confinement plane sur nos têtes.

Un Français sur cinq se sent seul

Le baromètre "Les Français et la solitude" réalisé en décembre 2020 par l’IFOP pour l’association Astrée montre que ce sentiment de solitude s’est fortement aggravé au cours de cette année. Les personnes les plus touchées sont les jeunes, les célibataires et les publics les plus fragilisés économiquement.

D’après cette enquête, près d'un Français sur cinq souffre de solitude, et parmi eux, 2/3 indiquent que le plus dur, c’est le manque de la compagnie des autres.

Guylène, 65 ans, divorcée, est une retraitée active. Sans famille auprès d'elle, elle se sent très seule depuis qu’elle a dû stopper net toutes ses activités. Plus de gym, plus d’aquabike, plus de randonnée, ni de sorties culturelles ou de resto avec les copines...

Une souffrance confinée

"Je tourne en rond, je me morfonds, se plaint-elle, je n’ai plus envie de rien, je me lève de plus en plus tard, je ne sais pas quoi faire de mes journées, à part regarder la télé".

Ses journées se ressemblent toutes dans son 2 pièces de  39 m2. Avec pour toute compagnie, Moka son chat. "Ce qui me manque le plus, c'est de voir des gens, dit-elle, je ne vois plus personne, je croise parfois quelqu’un quand je descends les poubelles.  

Je le vis très mal, je ne vois pas le bout du tunnel…

Guylène, retraitée

Bien qu’elle souffre de cet isolement, la sexagénaire se dit prête à se reconfiner s’il le faut pour échapper au variant anglais "qui fait encore plus peur".  Depuis que le voisin du dessus est décédé du Covid, elle limite encore plus les contacts. "Je n’ai pas envie d’aller à l’hôpital. J’évite les magasins, je fais mes courses tous les quinze jours."

Pour combattre sa solitude, Guylène tente de maintenir un lien avec ses copines de la gym. "On communique par texto et Whatsapp de temps en temps, ça me fait plaisir, mais il y’en a des plus à plaindre que moi, ajoute-t-elle, je pense aux jeunes et aux restaurateurs… ils souffrent plus que moi".

Jeunes et vulnérables

"La crise agit comme un catalyseur, elle fait exploser le problème, leur ressenti est multiplié par deux, note Mireille Desevré bénévole permanente de la délégation d'Astrée à Marseille, je ne peux pas dire que le nombre de personnes à augmenter, mais peut-être le nombre de personnes qui l’expriment."

Depuis la crise, ceux qui le crient de plus en plus fort, ce sont les étudiants. Ils sont les plus largement touchés d’après le baromètre IFOP : 27% des 18-24 ans se sentent toujours ou souvent seuls.  "Nous travaillons avec les fédérations d’étudiants, pour leur dire qu’il y a une solution. On prend contact avec eux en distribuant des flyers dans les paniers-repas distribués par les associations caritatives", précise Mireille Desevré.

"C’est particulièrement dur pour les premières années qui ne connaissent personne, qui sont dans un environnement complètement nouveau", note la bénévole d’Astrée. Un professeur de l’université lui a ainsi raconté qu’après ses cours en visioconférence, des étudiants viennent se confier en tchat parce qu’il est "leur seul contact, leur seul moyen d’exister en face de quelqu’un".

Privés de travail et d’espace de socialisation, d’autres, plus âgés, perdent également  pied. "Nous avons des gens qui ont 30-40 ans, qui sont au chômage, qui sont seuls après un deuil… et petit à petit ils s’enfoncent dans cette solitude. Quelqu’un m’a dit : ça me fait peur, j’ai cette angoisse de me sentir de plus en plus solitaire de ne pas pouvoir en sortir."

Parler pour rompre l'isolement

Plus seules, plus malheureuses, ces personnes cherchent souvent à soulager leur souffrance avec des psychotropes. 43% en ont pris au cours de l’année, selon l’étude de l’IFOP.

"La plupart d’entre elles prennent des médicaments, c’est un fait, confirme Mireille Desevré, il y en a aussi beaucoup qui sont en demande de soins psychiatriques."

C’est une telle angoisse de se sentir glisser dans la solitude, que les gens cherchent par tous les moyens à y échapper.

Mireille Desevré, bénévole Astrée

"Le message qu’on essaie de faire passer, c’est que la solitude n’est pas une fatalité", ajoute-t-elle.

Restrictions sanitaires, l’association propose un soutien par téléphone (07.49.77.58.38). Depuis l’année dernière, à Marseille comme à Aix-en-Provence, Astrée a doublé le nombre de ses bénévoles, ils sont désormais 60, tous formés à l’écoute active.

"C’est l’effet de cette crise, il y a des gens qui s’enfoncent, mais il y en a aussi qui veulent tendre la main", conclut Mireille Desevré.

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