Déconfinement des écoles le 11 mai : entre stupéfaction et interrogations des parents et enseignants en Paca

Les crèches, écoles, collèges et lycées rouvriront "progressivement" à partir du 11 mai. Une annonce qui étonne et qui inquiète, à la fois les personnels de l’Education nationale, ils sont environ 80.000 en Provence Alpes-Côte d’Azur et les parents des 950.000 enfants concernés.
Illustration. Les salles de classes vont-elles restées vides après le 11 mai et le déconfinement progressif voulu en France dans l'épidémie de Coronavirus.
Illustration. Les salles de classes vont-elles restées vides après le 11 mai et le déconfinement progressif voulu en France dans l'épidémie de Coronavirus. © JENS SCHLUETER / AFP
C’est en famille ce lundi soir que Laurent Tramoni, le secrétaire académique du SNES FSU, le syndicat majoritaire des enseignants en collèges et lycées, a regardé l’allocution d'Emmanuel Macron et son annonce : Les crèches, écoles, collèges et lycées rouvriront "progressivement" à partir du 11 mai.

Et très vite son téléphone a sonné… au bout du fil des collègues, la plupart sont dubitatifs.

"Ce qui ressort, c’est une grande inquiétude quant aux conditions sanitaires de la reprise", explique le secrétaire de l'Académie Aix-Marseille du SNES FSU.

Très clairement, pour Laurent Tramoni, la reprise ne pourra pas se faire comme si rien ne c’était passé. "Cette crise sanitaire, elle existe. Le 11 mai est-ce prématuré ? C’est la question qui revient dans tous les échanges que j’ai avec les enseignants. A cette date aurons-nous tout le matériel nécessaire à la protection des personnels ?"

Des masques, du gel et des gants pour tous ?

Le secrétaire académique du SNES FSU  se demande également si l’Education nationale équipera les enseignants de masques, de gels, et de gants. Se pose aussi la question des tests. Les professeurs seront-ils testés ?

Et les poignées de portes seront-elles nettoyées tous les soirs ? Qu’en est-il de la promiscuité des élèves dans les couloirs ? Car, dans un établissement scolaire, il y en a du monde : jusqu’à 2.000 élèves pour les lycées les plus importants.

Autant de questions, évidemment, dont Laurent Tramoni n’a pas les réponses.

Une reprise en plusieurs temps

Le syndicaliste souhaite, en revanche, que si reprise il y a, elle se fasse en plusieurs temps. Une sorte de "plan de reprise". Pas question pour lui de remettre à la fois les élèves et les profs au travail au même moment.

"Les enseignants ont besoin d’abord de se retrouver, de parler, une pré-rentrée, en quelque sorte, ensuite l’arrivée des élèves se ferait seulement dans un second temps".

Pour éviter trop d’enfants à la fois, le syndicat enseignant souhaiterait aussi des emplois du temps allégés avec, par exemple, cours pour certaines classes le matin et pour d’autres l’après-midi.

Selon Laurent Tramoni SNES-FSU, le chef de l'Etat est aussi à la manœuvre. "Le gouvernement a besoin de rouvrir les établissements pour renvoyer les gens au travail".

Pour l’élu SNES-FSU, le message envoyé par le président est clair : il faut se remettre au travail, et la seule possibilité d’y retourner c’est que les enfants soient à l’école. Mais un retour en classe le 11 mai pour tous les enfants est plus qu’improbable.

"On doute de la faisabilité de cette mesure, mais on aimerait croire que cela va s’arranger", indique Laurent Tramoni.

Pourtant, le temps presse en matière d’acquisition des compétences. Le télé-apprentissage montre ses limites : il creuse l’écart entre les enfants favorisés et les autres. Dans les zones d’éducation prioritaires, la moitié des élèves aurait déjà décrochée.

Entre interrogations et questionnements

Même son de cloche pour le syndicat SNUIPP FSU, le premier syndicat du primaire. Emmanuel Trigo est secrétaire départemental du Var mais aussi enseignant en classe de CE1, à Toulon. Son vrai métier comme il dit.

Et pour lui : bien sûr il faut prendre en compte les plus défavorisés, la reprise presse, mais comment respecter les mesures barrières ?

"Vous imaginez des enfants de quatre ans, en maternelle, éternuer dans leurs coudes et respecter les distanciations sociales, moi pas".

Pour lui, on ne peut pas reprendre comme si rien ne c’était passé. La preuve avec ce petit énoncé digne d’une épreuve du brevet :

Sachant que dans une classe de 25 mètres carrés il y a 22 enfants et un professeur, comment faire pour respecter les mesures d’espacement d’au moins un mètre ? C’est tout simplement impossible pour Emmanuel Trigo.

Toutes les classes ne sont pas logées à la même enseigne, certaines par exemple ont de très petits effectifs : les classes de deux niveaux ou les classes dites ULIS (élèves en situation de handicap). Pour elles, pourquoi pas une rentrée le 11 mai.
Une affiche à l'entrée d'une école annonçait la fermeture des classes pour une première quinzaine.
Une affiche à l'entrée d'une école annonçait la fermeture des classes pour une première quinzaine. © Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP
"On ne peut pas repartir comme en 14 !", s'exclame Emmanuel Trigo Pour le SNUIPP et son représentant varois cette date du 11 mai soulève beaucoup d’interrogations. Les enseignants devront-ils porter des masques ? Et des enfants ? Les cantines seront-elles ouvertes ? Comment faire rentrer les petits tous en même temps dans une école ?

L’instituteur a déjà un certain nombre de réponses : on peut multiplier les portails d’entrées, faire des rentrées échelonnées au niveau des horaires. Tout cela est déjà prévu dans le plan Vigipirate.

Pour le déjeuner, les enfants peuvent aussi manger dans la cour, avec leurs propres repas, éloignés les uns des autres. Mais pour Emmanuel Trigo, "il manque des wagons au train de la reprise".

Son adjoint  au sein du SNUIPP FSU, Cédric Turco renchérit : "On privilégie l’économie à l’humain. Les cinémas sont fermés et on ouvre à nouveau les écoles ! C’est incompréhensible".

Pour lui : le gouvernement se précipite. Certes la continuité pédagogique est compliquée, il n’a aucune nouvelle depuis le début du confinement de certains de ses élèves de CM2, mais il faut penser aux enfants qui iront voir leurs grands-parents, l’épidémie va continuer.

Cette rentrée n’est pas raisonnable. Et Cédric Turco de rappeler : "Il nous faut un service public de qualité pour tous et partout".

Le 11 mai : une lueur d’éclaircie pour les parents de la PEEP

Du côté de la PEEP, la fédération de parents d’élèves de l’enseignement, la deuxième association de parents d’élèves en France, malgré tous ces questionnements on ne cache pas une sorte de  soulagement.

Isabelle Fery, présidente de l’union académique Aix-Marseille, a passé la soirée sur le groupe Whatsapp des parents de son association.

"Cela n’arrêtait pas de sonner. On commentait les annonces au fur et à mesure".

Pour elle, cette date du 11 mai apaise les parents. Comme une sorte de lueur au bout d’un tunnel… interminable. Comme un espoir qu’un jour, il y aura une fin.

"Cela donne une perspective, ça rassure un peu les parents. Mais évidemment ce qui nous manque ce sont les modalités, par exemple, pour nous pas question que tous les enfants reprennent en même temps".
Devant l'école primaire de Saint Barnabé dans le 12ème arrondissement de Marseille, où la directrice a installé un panneau "école fermée".
Devant l'école primaire de Saint Barnabé dans le 12ème arrondissement de Marseille, où la directrice a installé un panneau "école fermée". © Nicolas VALLAURI / MaxPPP

Du savon dans les toilettes !

Pour Isabelle Fery, le préalable à une reprise c’est aussi un nettoyage de fond en comble des établissements. Un effort particulier doit être fait, également, sur l’approvisionnement en savon et l’hygiène au niveau des toilettes, point noir depuis des années. Sans cet effort sanitaire beaucoup de parents ne remettront pas leurs enfants à l’école.

Et puis est-il obligatoire de reprendre le programme scolaire de l’année en cours, doit-on le terminer comme si de rien n’était ?

Des questions qui pour l’instant n’ont pas de réponse et qui laissent planer un doute : "Est-ce juste reprendre pour reprendre ?"

Pour l’élue de la Peep, deux mois sans cours auront eu un aspect positif : celui de pointer du doigt la difficulté d’être pédagogue.

"Je tire mon chapeau aux enseignants", reconnaît Isabelle Fery. Et d'ajouter : "La pédagogie ce n’est pas innée, c’est même très compliqué. Beaucoup de parents sont venus vers nous, épuisés, ils se sont rendus compte de beaucoup de choses".

"Au départ, bien sûr, pour les enfants c’était un peu comme des vacances. Mais très vite on a compris combien le métier d’enseignant était difficile. Cette crise nous aura permis, au moins, de créer une bonne alchimie avec les enseignants. On a pu voir toute leur bienveillance".

L’élue de la Peep termine en disant que de toute manière chacun fera comme il voudra… ou comme il pourra.

"Cette annonce est prématurée face à la pandémie"

Pour la FCPE, la principale association de parents d’élèves en nombre d’adhérents, le discours est un peu plus angoissé.

Christophe Merlino, président de la FCPE 13, a lui-même trois enfants, un en maternelle, un au collège et le plus grand au lycée. Dans les conditions actuelles, il ne les remettra pas dans leurs établissements respectifs.

"Cette annonce est prématurée face à la pandémie. Comment, par exemple, expliquer que l’on laisse les restaurants fermés et que l’on puisse accueillir les enfants dans d’immenses réfectoires ? Je ne comprends pas".

Les enfants en première ligne, stupéfaction

Christophe Merlino est même stupéfait que l’on envisage de faire prendre de tels risques, à la fois aux enfants et aux parents.

Pour lui, cela fait des années que son association, comme d’autres, se bat sur les règles élémentaires d’hygiène : du savon pour se laver les mains et des toilettes propres. Des règles qui sont rarement respectées.

Alors comment le gouvernement va-t-il réussir à régler des problèmes qui perdurent depuis si longtemps ? Les parents qu’il a pu joindre par téléphone sont comme lui, ils n’ont pas confiance.Bien sur l’argument principal, celui du décrochage scolaire, le fait réfléchir. Mais comment le retard accumulé pourrait-il, de toute manière, être rattrapé ? Sans dispositif spécifique cela ne sera, pour lui, pas possible. Alors autant attendre.

La plus grande garderie gratuite de France

Pour Eric Mathieu administrateur de la FCPE dans le Var, il est dangereux de prévoir une rentrée le 11 mai. L'école se prépare même, pour lui à être "la plus grande garderie gratuite de France".

"On a l'impression que nos enfants vont être pris en otages pour que les parents puissent repartir travailler. Dans les classes il n'y a souvent pas la place pour mettre une AVS (auxiliaire de vie scolaire, ndlr) et là, d'un coup il faudrait respecter les distanciations sociales. C'est non, on ne veut pas mettre nos enfants en danger !"

Beaucoup de questions, pas de réponses

D’autres questions se posent encore. Qu’en est-il des enseignants à risques ? Le personnel pourra-t-il exercer son droit de retrait ? Les parents seront-ils obligés de remettre leurs enfants à l’école ?

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education l’a de toute manière déjà annoncé : toutes les écoles ne rouvriront pas le 11 mai. Il recevra toutes les organisations syndicales pour envisager avec eux les différentes options.

Quant aux universités et aux grandes écoles, Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur devrait très vite apporter des précisions.
 
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