Déconfinement : très forte reprise de l'immobilier en Paca après deux mois d'arrêt

Les ventes immobilières ont décollé avec le déconfinement. L'urgence de finaliser les transactions est là, avec une certitude : les banques vont se montrer plus prudentes que jamais dans l'octroi des prêts.

Les acquéreurs, bloqués pendant deux mois, pressés d'acheter
Les acquéreurs, bloqués pendant deux mois, pressés d'acheter © Aurélie LADET/MAXPPP
"On a été littéralement débordés de coups de fil pour des visites."

Bertrand Mathieu, responsable d'une agence immobilière à La Ciotat l'a observé, tout comme la grande majorité des professionnels du secteur dans les Bouches-du-Rhône : l'attente était très forte, et la détermination des clients aussi.

La ruée des candidats à l'achat

Dès l'annonce du déconfinement, les candidats à l'achat se sont précipités afin de faire enfin avancer leurs projets, suspendus durant deux longs mois de crise :

"Ceux qui avaient déjà commencé leurs recherches ont eu le temps de mûrir leur choix ! Nombreux aussi sont les acheteurs qui se sont retrouvés pressés par le temps. L'urgence est grande en effet pour ceux qui souhaitent pouvoir déménager avant la rentrée scolaire, d'autant plus avec l'ordonnance du 16 avril dernier stipulant que les délais de préemption légaux, de deux mois, ne démarrent qu'à la date de fin de l'état d'urgence sanitaire, fixée au 24 mai.

En clair, les ventes signées depuis le confinement devront attendre au minimum le 24 juillet pour être conclues. 

Un taux de ventes "impressionnant"

Le printemps est traditionnellement une saison durant laquelle de nombreuses transations ont lieu. La crise sanitaire n'a visiblement pas bloqué les projets, même si les craintes étaient grandes.

Pour Christophe Campuzan, responsable du réseau MyMarseille : "On a beaucoup spéculé sur les différents scénarii durant le confinement. Mais la crise n'a pas freiné les acheteurs."

Quoiqu'il arrive, l'investissement dans la pierre reste une valeur sûre.

L'empressement s'est fait ressentir sur l'ensemble du secteur où l'on a relevé un taux de ventes "impressionnant" par rapport au nombre de visites.

"Avec 18 ventes en une semaine, nous avons doublé par rapport à une semaine normale", estime Didier Garçon, gérant d'Agences du Sud, installée sur huit communes des Bouches-du-Rhône, entre Aubagne et La Destrousse.

La campagne attire les acheteurs

Bertand Mathieu a enregistré quatre ventes à La Ciotat en une semaine : "Deux appartements et deux maisons, contre une à deux signatures maximum habituellement : la prise de décision a été plus rapide".  

Certaines agences ont même enregistré un engouement particulier pour la campagne ou les jardins.

"A Sainte-Marthe, nous avons eu sept offres sur une maison, une autre au Rove s'est vendue en une semaine, et les demandes de visites se multiplient, dès qu'il s'agit de biens dans les villages ou dans les quartiers au calme", explique Nathalie Santene de l'agence Côte et Ville à Marseille. 

"En revanche, les propriétaires d'appartement pensent à la vente : nous avons beaucoup de demandes d'estimation sur ce type de biens", précise-t-elle. Une tendance à se mettre au vert, encore à confirmer.

Un feu de paille ?

"Les acheteurs actifs sont présents, ils vont se dépêcher jusqu'en juin et ensuite ça va arriver au compte-gouttes", prévoit Bertrand Mathieu.

"On risque d'avoir un peu moins de solvalibilité ensuite", estime Christophe Campuzan.

"Le tourisme, la restauration, l'aviation pourraient être très impactés, avec un frein pour la clientèle issue de ces secteurs, estime-t-il.

"Un pilote de Ryanair a vu son dossier de financement refusé par les banques alors que rien ne laissait présager de tel avant le confinement", précise-t-il.

Pour Bertrand Mathieu, le marché de l'immobilier dépend de quatre facteurs : "l’économie, l’emploi, les taux d’intérêt et le moral. Et on se doute qu’en septembre, ça va être compliqué au moins sur trois d'entre-eux : la reprise, le marché de l'emploi et la confiance."

Alors pour le moment, chacun reste prudent. L'embellie pourrait être de courte durée. D'autant plus que "du côté des banques, la prudence est de mise, et les conditions d'accès à l'emprunt de plus en plus strictes", explique le responsable d'agence, ainsi que l'ensemble des professionnels du secteur. 

Les banques serrent la vis

Les taux d'intérêt restent encore bas, malgré les craintes. Mais la sélection va être plus rude.

"Désormais, impossible de faire passer un dossier en dessous du taux d'endettement règlementaire de 33%, même pour les revenus aisés", explique-t-on chez les professionnels du secteur. Un durcissement observé depuis janvier dernier, qui va se confirmer. "Les durées de prêt diminuent par rapport aux 25-30 ans qu'on a pu connaître. Maintenant un dossier de prêt sur 25 ans devient rare", estime Didier Garçon.

La prudence des banques est de mise, dans un contexte particulièrement incertain. 

Quoiqu'il en soit, cette semaine d'intense activité immobilière a fait du bien. "Ce marché actif, c'est une bonne nouvelle. Mais l'heure de vérité, ce sera en septembre", conclut Bertrand Mathieu.
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