Face au changement climatique, les pompiers se préparent aux méga-feux

Cet été, plusieurs milliers d'hectares de forêt ont été ravagés en seulement quelques jours dans le Massif des Maures, et avec lui l'un des joyaux de la biodiversité méditerranéenne. Des méga-feux, phénomènes qui pourraient se multiplier en raison du réchauffement climatique.

De l'Algérie à la Grèce, en passant par la Sibérie ou encore la Macédoine, des méga-feux ont fait des ravages cet été. Un été meurtrier qui n'a pas non plus épargné le sud de la France marqué par le violent incendie du Massif des Maures dans le Var au mois d'août dernier.

Et un bilan lourd : 2 morts, 10.000 personnes évacuées, une trentaine d'habitations détruites et 8.000 hectares de végétation décimée en l'espace de quelques jours.

Laissant les pompiers bien souvent impuissants face à l'ampleur des flammes, ces méga-feux font des ravages, entraînant des dommages catastrophiques aussi bien pour les populations que pour l'environnement.

Publié en 2010, un rapport ministériel prévoit qu'en 2050,  "plus de la moitié des forêts françaises pourrait être classée à risque élevé d'incendie contre un tiers aujourd'hui", avec des feux plus réguliers et plus violents en raison des sécheresses et de la hausse des températures.

"Dans la zone méditerranéenne, le changement climatique entraîne une intensification et une augmentation de la fréquence des phénomènes extrêmes, observe Rémi Savazzi, expert à l'Office National des forêts. Mais il y a aussi une extension géographique du risque incendie".

Depuis la Méditerranée, les flammes remontent le long de la façade ouest jusqu'à la Loire mais aussi vers le Jura.

Selon une étude de Météo-France, l'indice incendie de la Région Centre-Val de Loire en 2040 sera celui du département du Gard aujourd'hui, 600 km plus au sud.

Des méga-feux aussi en Normandie 

"Ces phénomènes-là, on les a eu surtout en plaine, sur des cultures, du blé notamment, poussés par des vents à 50km/h avec du 35 à 40°C. Cela a entraîné des dégâts considérables. Ces feux sont entrés en forêt jusqu'à décimer des essences qui n'ont pas l'habitude de brûler comme des hêtres ou des chênes", explique Kristina Pluchet, sénatrice de l'Eure. 

"Les pompiers n'étaient ni formés ni équipés pour ça. Si les agriculteurs n'étaient pas passés avec des déchômeurs pour retourner la terre et faire des barrages coupe-feu, des communes auraient pu prendre feu. Faute de formation et d'équipements, les pompiers étaient désemparés face à des phénomènes que l'on n'a pas l'habitude de voir dans le Nord de la FranceCe sont des phénomènes extrêmement violents, qui deviennent récurrents depuis ces cinq dernières années", détaille Kristina Pluchet.

Cette démultiplication des risques naturels - en tout lieu et à toute période l'année - est au coeur du 127e Congrès national des pompiers qui s'est ouvert ce mercredi à Marseille. 

"La surface de forêts brûlées va doubler ou tripler"

Point désormais indéniable pour les experts, le dérèglement climatique serait responsable de la hausse des incendies dans le monde. 

Dévoilé début août, le rapport préliminaire du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) à l'ONU affirme que ces événements extrêmes vont se multiplier.

Au plus proche des côtes méditerranéennes, "la surface de forêts brûlées va doubler ou tripler, en fonction des efforts faits pour réduire les émissions de gaz à effet de serre", prévient le Giec.

Lorsqu'il s'agit d'incendies criminels, les feux peuvent prendre plus d'ampleur en raison de températures de plus en plus extrêmes.

Par ailleurs, la culture des forêts devient curieusement moins protectrice pour celles-ci. Plusieurs arbres disparaissent alors qu'ils jouaient le rôle de retardateur de feu, comme le cyprès ainsi que certains types de pins.

"Il faut aussi que l'on ait un travail de planifaction"

"Pour répondre à la problématique des mégas feux, il faut une approche globale. La réponse n'est pas uniquement "pompiers", précise le Lieutenant-colonel Nicolas Faure des Bouches-du-Rhône. Ce spécialiste était à la tête du commando Génie Feux de Forêt déployé cet été lors du méga feu en Grèce.

"Quand on arrive à plus de 1.000 pompiers engagés et plusieurs services publics, il faut arriver à les coordonner. Il faut qu'on ait la même culture, le même vocabulaire. Il faut aussi que l'on ait un travail de planifaction très précis où chacun sait ce qu'il doit faire. Une planification qui soit un peu plus lourde que ce que l'on a l'habitude de faire", indique Nicolas Faure.

En France, nous sommes très réactifs, très agiles et cela nous permet de tuer dans l'oeuf la plupart des départs de feux. Mais nous devons nous perfectionner sur des situations qui vont déraper parce que la végétation sera tellement sèche, les conditions météo seront tellement défavorables que le feu va prendre de l'ampleur".

L'aménagement forestier, clé de la lutte

Le fait que les gens entretiennent leur terrain, cela évite aussi la propagation des feux. "En Grèce, j'ai vu énormément de propagation et de maisons menacées parce que les sites n'étaient pas entretenus, il n'y avait pas de débroussaillement. Des dégâts auraient pu être limités s'il y avait eu un entretien un peu plus important", assure le Lieutenant-colonel Nicolas Faure.

Il faut alors débroussailler, interdire les massifs en cas de risques, améliorer les chemins d'accès pour les pompiers, recourir au "brûlage dirigé" en hiver pour limiter la casse l'été et travailler plus que jamais sur la prévention auprès du public. Une culture de l'incendie que le grand public doit aussi appréhender. 

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